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De nombreuses opportunités

Le marché des assurances en Algérie gagnerait à voir se développer le secteur de l’assistance et le marché financier. Il reste dominé par le poids du secteur public et l’importance des traditions, en dépit des ouvertures récentes.

À l’image de bien d’autres secteurs de l’économie, le marché algérien des assurances présente un potentiel considérable, mais il est encore peu développé. Selon des statistiques récentes, le taux de pénétration du marché des assurances en Algérie serait limité à 0,6 % contre 2,6 % en Tunisie et 3,2 % au Maroc. Une étude réalisée en 2012 par SwissRe, classe l’Algérie à la 64e place sur 147 pays par le montant des primes encaissées. Avec 1,25 milliard $ et une part du marché global de 0,03 %, l’Algérie ne pèse que 1,74 % du marché de l’assurance en Afrique. 

« Il faut toutefois relativiser ce classement », nuance Naouri Mokhtar, PDG des assurances Caarama (secteur public), qui analyse ces résultats à la lumière des indicateurs : le taux de pénétration des assurances, c’est-à-dire la part du chiffre d’affaires dans le PIB, et la densité des assurances, autrement dit la dépense moyenne par habitant en dollars. « Dans les deux cas, les chiffres nous desservent. D’abord parce que les résultats sont impactés à la baisse par nos taux d’intérêt, explique-t-il. Notre monnaie se dévalue depuis les années 1990, ce qui a pour conséquence de réduire notre chiffre d’affaires, calculé en dollars, comme peau de chagrin, pendant que le Maroc et la Tunisie ont des parités plus intéressantes. Ensuite parce que la part des hydrocarbures dans notre PIB étant très importante (+ de 30 % du PIB), ce dernier en ressort surdimensionné comparé à celui de nos voisins. En d’autres termes, la part des assurances restera forcément faible. » 

Pourtant, selon Hassen Khelifati, PDG d’Alliance Assurances et vice-président de l’Union algérienne des sociétés d’assurance et de réassurance, il existe bien « un gap énorme » avec la Tunisie et le Maroc : « Le marché algérien de l’assurance présente toutes les distorsions d’un marché, dont on ne peut pas dire qu’il est nationalisé, mais il n’a pas été complètement libéré. Du coup, nous n’avons pas encore les mécanismes qui nous permettent de profiter pleinement de son potentiel. » 

Pour comprendre, il faut regarder l’histoire du marché de l’assurance en Algérie, marqué par deux dates. La première, 1966 : alors que depuis l’indépendance, il est dominé par plus de 160 compagnies d’assurances étrangères, l’Algérie impose un monopole d’État sur les opérations d’assurance. Elle nationalise, mais aussi spécialise plusieurs entreprises : la Compagnie algérienne d’assurances et de réassurance s’occupe des risques transports et industriels pendant que la SAA, par exemple, prend en charge le risque automobiles, des assurances de personnes et risques simples.  

Deuxième date importante : 1995. Une ordonnance met fin au monopole d’État et permet la création de sociétés privées algériennes. Les intermédiaires d’assurances (agents généraux et courtiers), disparus avec l’institution du monopole public sur l’activité d’assurance, reviennent. Ce texte a été modifié par une loi, promulguée en 2006, qui permet davantage d’ouverture par la généralisation de l’assurance de groupe, l’autorisation de la bancassurance, le principe de la séparation des activés vie et non-vie et la création d’une Commission de supervision des assurances. Pourtant, le marché garde des traces de cette histoire. « Les différentes orientations qu’a connues le secteur des assurances ont coïncidé avec les étapes du processus d’évolution historique de notre pays, comme les nationalisations post-indépendance et économique, d’une économie dirigiste suivie par une transition vers l’économie de marché, analyse Kamel Zerrouki, enseignant chercheur et actuaire. Je pense que ce processus d’évolution n’est pas propre à l’Algérie, de nombreux secteurs d’activités économiques dans les pays en voie de développement en Afrique ont connu ce même processus. Et à mon avis les différentes réformes économiques mises en place dans les années 1990 ont définitivement arrimé le secteur des assurances à l’ouverture et à la modernité. » 

Mais les chiffres sont là : la fin du monopole de l’État et l’ouverture au secteur privé sont encore récentes, ce qui explique le poids encore prépondérant du secteur public qui représente les trois quarts du chiffre d’affaires de l’assurance. Et cette domination du secteur public impacte évidemment les mentalités. Au point qu’Hassen Khelifati a récemment annoncé qu’Alliance Assurances renonçait aux marchés publics. « En 2004, suite au scandale Khalifa, le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia avait décidé d’interdire les dépôts des entreprises dans les banques privées. En 2007, son successeur Abdelaziz Belkhadem abrogea ce texte, mais dans les mentalités, les choses n’ont pas vraiment changé. Aujourd’hui, nous sommes écartés de certains marchés simplement parce que nous sommes privés », regrette-t-il. 

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