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De l’éducation financière de PME

Les banques africaines, à l’image de leurs consoeurs françaises, prennent davantage conscience de leurs responsabilités – et de leurs possibilités – vis-à-vis des PME (Petites moyenne entreprise) et Très petites entreprises (TPE). Reste à rapprocher davantage les différents partenaires.

Dans le hall d’entrée de la Fédération bancaire française (FBF), rue La Fayette à Paris, les visiteurs sont impressionnés par la campagne d’affichage destinée au fi nancement des PME et TPE. La FBF, institution représentative de l’ensemble des banques françaises, fait du financement et de la relation avec les moyennes, les petites et très petites entreprises, l’une des principales cibles de l’année en produisant notamment des vidéos sur des thèmes qu’il est heureux de voir les banques traiter :

– Entreprises : que pouvez-vous attendre de votre banquier ?

– La réglementation a un impact sur le crédit

– Les banques partenaires des entreprises sur les marchés

– Le métier de la banque, c’est de prêter

C’est sur l’influence de la FBF que l’Union des banques francophones (UBF) qui regroupe une vingtaine d’associations professionnelles de banques pour la plupart africaines, orga-nisait, le 2 septembre 2015 à Bruxelles, son atelier annuel sur le thème évocateur : « Quelle éducation fi nancière pour les TPE/PME ? » Ce thème est particulièrement opportun pour renforcer les relations souvent tendues, parce que mal comprises, entre entreprises et banques. African Banker y consacrait d’ailleurs son numéro de juillet 2015 avec le titre en couverture Comment financer les PME ? Estelle Brack établit une énumération intéressante « des difficultés rencontrées par les banques et les PME» et parmi celles-ci, « le manque d’expertise financière des PME » et aussi, s’agissant cette fois des banques, « le manque de confiance des banques vis-à-vis des PME ».

Si les PME sont souvent mal informées sur les contraintes réglementaires trop restrictives en matière de crédits notamment destinés au fi nancement des investissements, il faut reconnaître que les banques souff rent de leur côté d’une insuffisance d’informations sur l’entreprise cliente, plus particulièrement sur sa situation et sur ses perspectives fi nancières. Dans son exposé introductif, Souleymane Diarrassouba, président de la Fédération des associations professionnelles des banques et établissements fi nanciers de l’Uemoa et de l’association ivoirienne, a insisté sur la nécessité pour les entreprises d’être plus proches de leur banque afi n de « mieux connaître et comprendre leurs obligations au regard d’une réglementation qui légitimement protège les épargnants».

Financer tout en respectant les ratios prudentiels

N’oublions pas que les banques prêtent avec l’argent de leurs déposants : elles travaillent avec l’argent des autres et, à ce titre, doivent à tout moment pouvoir satisfaire aux demandes de retraits de ceux-ci. Une banque qui ne pourrait pas le faire (et cette situation arrive : voir le cas des banques grecques au début de l’été) serait en situation de cessation de paiement, ce qui non seulement touche la banque concernée, mais aff ecte la confiance des déposants vis-à-vis de l’ensemble de la communauté financière. Ainsi pourrait se développer un risque systémique.

Par précaution, autant que pour satisfaire aux règles de la Banque centrale dont l’application est surveillée par les commissions bancaires, les banques doivent respecter un coefficient de trésorerie qui, compte tenu de l’importance de leurs ressources à vue et à court terme (moins de deux ans), pénalise les crédits de moyen et de longs termes pourtant indispensables pour financer la création et le développement des PME-TPE. « Les banques sont loin d’être libres dans l’octroi de leurs crédits », a expliqué avec insistance le président Diarrassouba. Il est d’ailleurs essentiel, dans l’intérêt des deux partenaires, que les entreprises renforcent leur culture managériale et la qualité de leur gestion financière. Pour créer et gérer une entreprise, il ne suffit pas d’être un bon technicien, mais il convient d’être tout autant un manager qui sait par exemple faire la différence entre le chiffre d’affaires et le bénéfice, ou capable pour une entreprise personnelle de limiter les prélèvements (ces deux pratiques sont trop courantes dans les petites entreprises).

Dans ce contexte, certains banquiers pourraient préférer voir leur client ne pas discuter des conditions du crédit qui lui est consenti. Un chef d’entreprise ivoirien est venu à Bruxelles interpeller ses banquiers présents dans la salle : « Vous me prêtez à 12 % avec des ressources que vous rémunérez à moins de 3% et pour financer la construction d’un immeuble industriel amortissable sur 20 ans la durée de votre crédit est de trois ans. Mon concurrent français pour un investissement identique obtient de sa banque française un crédit sur 12 ans à 3,5 % : comment voulez-vous que je m’en sorte ? » Cette réflexion pleine de bon sens est la preuve de la maturité et de la bonne information de ce chef d’entreprise.

Combien de ses confrères subissent le même sort et, par ignorance ou par crainte de son banquier, ne disent rien ? Il a été répondu que les financements longs qui correspondent à la nature des besoins de cette entreprise n’étaient pas le monopole des banques et pouvaient être sollicités ailleurs : fonds d’investissement, marché financier (la BRVM d’Abidjan s’ouvre aux PME), voire à des institutions internationales (Isabelle Bébéar, de Bpifrance, lui en a fait la proposition). Les banques elles-mêmes admettent que trop souvent elles connaissaient mal les obligations des entreprises et qu’il convenait de mieux former leurs collaborateurs pour y remédier.

C’est dans ce but que l’APBEF du Bénin a lancé avec un financement de l’Union européenne et de l’Agence française de développement un important programme de formation destiné aux attachés de clientèle des banques, formation confiée à un cabinet allemand. « Les banques ne peuvent pas tout faire » D’autre part, les banques doivent mieux adapter leurs produits et services et renforcer leur présence auprès des PME-TPE en formant des chargés de clientèle pluridisciplinaires et plus présents auprès de leurs clients chefs d’entreprise.

Par précaution, autant que pour satisfaire aux règles de la Banque centrale dont l’application est surveillée par les commissions bancaires, les banques doivent respecter un coefficient de trésorerie qui, compte tenu de l’importance de leurs ressources à vue et à court terme (moins de deux ans), pénalise les crédits de moyen et de longs termes pourtant indispensables pour financer la création et le développement des PME-TPE.

Aux fins d’analyser la qualité technique des projets d’investissement, elles devraient faire appel à des ingénieurs dans des secteurs comme le BTP, la chimie, l’agroalimentaire, etc. Si les banques régionales de développement le font, leurs consoeurs commerciales ne le font pas. Un partenariat entre PME et banques pourrait être facilité par l’organisation de conférences et tables rondes, par des sessions de formation et la création de centres d’incubation même s’il est vrai, explique le directeur général de Byblos Bank (Liban) que « les banques ne peuvent pas tout faire. Elles ne peuvent notamment pas se substituer aux universités, aux grandes écoles et aux centres de gestion. Par contre, il est de leur propre intérêt d’accompagner les écoles, les chambres de commerce et autres institutions ayant vocation à aider et à conseiller les entreprises ». Il est heureux de voir les banques prendre conscience de l’importance que représentent les PME pour le développement de l’Afrique.

Certes, les facteurs de risque demeurent et sont multiples : relations souvent difficiles avec la justice, transformation des ressources courtes en financements longs, importance parfois excessives des provisions exigées par les commissions bancaires, environnement politique, social et économique qui reste fragile, dépendance trop forte des autres continents, etc. Il n’en demeure pas moins vrai que le renforcement des liens entre entreprises et banques doit être encouragé. La FBF a pris un certain nombre d’initiatives dont pourraient s’inspirer ses homologues africaines de l’UBF :

– organisation régulière de rencontres à Paris et dans les régions, avec des responsables de PME,

– ouverture de deux sites dédiés aux PME (fbf. fr et aveclespme.fr),

– publication d’une collection de mini guides bancaires, Les clés de la banque,

– engagement des membres de la FBF (c’està- dire de toutes les banques françaises) de rendre sous 15 jours maximum leur décision en matière de demande de crédit par une PME-TPE,

– engagement des membres de la FBF à donner le motif d’un refus et à accepter une seconde présentation tenant compte de ce motif,

– engagement à stabiliser les chargés de clientèle des entreprises.

Le quotidien belge Le Soir, dans son édition du 3 septembre, titrait « L’éducation financière : une étape cruciale pour la réussite d’une petite entreprise ». Si tous les problèmes résultant du financement d’une PME sont loin d’être résolus (la banque n’est-elle pas « le métier du risque » ?) il reste à passer, comme l’a expliqué le représentant de l’OIF, « de la parole à l’action », mais il faut reconnaître qu’il était bien sympathique, au soir du 2 septembre, de voir chaque banquier quitter la salle avec sous le bras une pochette au nom évocateur et prometteur : Avec les PME.

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