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De la finance pour tous

La présence aux réunions hebdomadaires est obligatoire. Toute absence entraîne une sanction financière de 5 000 F.CFA. Tout retard est également sanctionné et coûte 500 F.CFA. En élargissant la force de frappe financière de HOPE, l’épargne obligatoire des participants permet de relever le montant des crédits accordés aux emprunteurs ayant déjà achevé le premier cycle. On passe de 300 euros à 600, de 600 à 1 200 euros, etc. Au bout de trois cycles, soit 48 semaines, un emprunteur, hier totalement insolvable, peut emprunter plus de 1 500 euros soit 1 million de F.CFA. Au total, une mise de fonds infinitésimale, permet de sortir les citoyens de l’extrême pauvreté, leur confère une épargne, inculque une discipline de gestion aux populations pauvres, améliorant en conséquence leurs conditions d’existence.

Les défauts du modèle organisationnel de HOPE sautent cependant aux yeux. Au terme des 16 semaines, l’emprunteur rembourse 220 800 F.CFA. Soit un taux effectif global (TEG) de 10,4 %. Il est évident qu’un tel taux ne peut financer que des activités de négoce. Sont donc exclus du financement, les métiers de la transformation (petite industrie), de l’agriculture, ou des services. Soit toutes les activités qui font la croissance d’un pays. Il faudrait donc reformater ce modèle, pour le rendre efficient du point de vue de la croissance. Réduire le taux, tout en conservant la discipline de gestion, et surtout l’épargne obligatoire qui sert de garantie collective aux prêts.

Cette adaptation au terrain, n’est rien d’autre qu’une avancée vers un système bancaire hybride, dans lequel les riches et les super-pauvres trouveraient place. Une disposition a priori mineure comme l’épargne obligatoire peut ainsi modifier l’accès des plus pauvres aux services financiers formels. La bancarisation de la totalité de la population active congolaise, de 16 à 76 ans et plus, deviendrait aisée. Les populations à faible pouvoir d’achat, notamment en zone rurale n’ayant plus à pousser les portes des banques formelles, à parler en français, à signer des papiers, etc.

La finance spontanée, plus proche des petites gens, bancariserait ceux que l’on a coutume d’appeler « les exclus financiers ». Point n’est besoin d’essayer de réguler la finance spontanée car par définition elle survit par l’innovation, c’est-à-dire en dérogeant aux normes en vigueur. Dans la partie spontanée de la finance, la préoccupation du dynamisme l’emporte sur celle de l’ordre. En définitive, une inclusion réussie en Afrique peut ou doit signifier coexistence, complémentarité organisée entre la finance formelle et la finance spontanée.

À bien des égards, on trouve une telle configuration en Chine. Ce pays a laissé libre cours à une finance spontanée déchaînée (shadow banking), néanmoins adossée aux grandes banques formelles, en hors-bilan. En fait, le système bancaire hybride que nous préconisons pour l’Afrique existe déjà, mais en Chine. Il est certes particulièrement instable, prêt à sauter à tout moment, mais qui oserait parier sur la stabilité du système bancaire formel. Le grand historien Charles Kindleberger a démontré que la finance formelle est également faite d’emballements, que c’est en pleine croissance que se développe la fragilité financière, que cette dernière est toujours dissimulée aux marchés et aux autorités monétaires, etc.

En Afrique, l’inclusion financière se fera par l’hybridation du système bancaire. Ce qui signifie précisément une situation dans laquelle les acteurs de la fi nance spontanée trouveront auprès du système bancaire formel les moyens de conclure des deals de plusieurs millions de F.CFA. Ce système hybride est seul capable de faire cohabiter les insiders et les outsiders de la finance. Les engagements hors bilan des banques envers les prêteurs spontanés ne compromettront nullement la viabilité du système formel. Ils seront partiellement garantis ou couverts par le stock d’épargne obligatoire. Ce serait de facto une extension à la finance spontanée du système des dépôts fractionnaires à la base de toute création monétaire. Le rajout d’une disposition comme l’épargne obligatoire, qui a déjà fait ses preuves à Singapour, facilite ainsi la question de l’inclusion financière en Afrique, tout en ouvrant à la finance africaine dans son ensemble des perspectives insoupçonnées.

Derrière la question de l’inclusion financière se trouvent donc de formidables enjeux de développement. Un système bancaire hybride, où la finance spontanée s’adosserait à la finance formelle serait très souple. Il pourrait s’adapter aux diverses opportunités de production, quelle que soit la situation de solvabilité de l’emprunteur. Le système bancaire hybride ferait qu’en Afrique, comme en Chine, l’argent ne soit jamais un problème quand on veut investir. Il reste à convaincre les Banques centrales africaines qu’en matière monétaire, le monde est entré dans l’âge du non conventionnel. Ce dont témoigne le « quantitative easing » ou politique d’aisance monétaire déjà mise en oeuvre dans au moins 16 pays de l’OCDE.

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