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De la finance pour tous

L’économiste Désiré Mandilou revient sur quelques idées reçues en matière de finance formelle et finance spontanée, d’exclusion financière. Rappelant l’exemple des subprimes, il salue les initiatives en matière de microfinance, encore à peaufiner.

Le 23 mars 2015, le département Afrique du FMI et la Beac (Banque des États d’Afrique centrale-BEAC) ont conjointement organisé à Brazzaville une conférence régionale sur l’inclusion financière. Réunissant les banquiers centraux, autant que les praticiens de la banque et du microcrédit de toute l’Afrique médiane, cette conférence avait pour objet de promouvoir l’accès des populations pauvres aux services financiers. Malheureusement, quand des banquiers parlent aux banquiers, il est difficile de sortir du ronronnement institutionnel.

Première incongruité, l’exclusion financière, définie comme l’impossibilité d’accéder aux services financiers pour une fraction de la population, est non documentée. Ni le FMI, ni la BEAC ne disposent de séries statistiques longues évaluant la répartition des populations entre insiders et outsiders de la finance, dans les pays concernés. Sachant que ces pays ne sont indépendants que depuis les années 1960, des séries « longues » signifient en l’occurrence à peine une soixantaine d’années. À ce jour, il n’existe aucune étude retraçant l’évolution du nombre d’« exclus financiers » à travers le temps, autorisant les comparaisons entre pays, par exemple. Ceci, alors que les technologies de l’information et de la communication, devenues l’écosystème naturel de la recherche, rendent ce travail aisé.

Quand des banquiers analysent une réalité économique sans chiffres, évaluent l’exclusion financière « à la louche », les mesures préconisées pour favoriser l’inclusion se rapprochent dangereusement de la cartomancie ! En ignorant de facto le monde universitaire, comme les laboratoires d’idées, la conférence Finance pour tous se condamnait à la stérilité.

Les universitaires savent par exemple que la notion d’exclusion financière est pour le moins discutable. Quel que soit leur niveau de revenu, les Africains accèdent toujours à des services financiers. Simplement, la grille de lecture du mainstream économique classe les uns dans la finance formelle, et les autres dans la finance informelle. Cette partition de la finance en deux sphères distinctes est loin de signifier cependant parfaite étanchéité entre les deux mondes.

À ce jour, il n’existe aucune étude retraçant l’évolution du nombre d’« exclus financiers » à travers le temps, autorisant les comparaisons entre pays, par exemple.

En effet, dans un environnement où le secteur bancaire formel prête à des taux d’intérêt compris entre 14 % et 17 %, la césure avec la finance informelle qui prête dans une fourchette un peu plus large (10 % à 22 %) devient peu signifiante. Dans les deux sphères, la proximité, la continuité des relations dans le temps, stabilise souvent les taux aux environs de 16 %. Certes, le coût de l’argent dans la sphère informelle crève quelquefois son plafond pour atteindre 30 % au maximum. Mais cette situation est exceptionnelle. Elle correspond à une situation où le bailleur de fonds et l’emprunteur sont de parfaits inconnus, ce qui est rare dans la finance dite informelle où le relationnel prime sur tout. L’on peut donc considérer le surcoût exceptionnel comme une prime de risque.

Contrairement aux apparences, le régime normal de la finance informelle situe souvent les taux des services financiers bien en deçà des taux de la finance formelle. Quand le garde monnaie par exemple, un des acteurs de la finance dite informelle, reçoit en dépôt journalier 1 000 F CFA pendant 30 jours, il ne restitue à la fin du mois que 29 000 F.CFA. La rémunération du service bancaire n’est donc que d’un trentième du montant du dépôt. Si les dépôts durent un an, le déposant ne paiera que 0,03 x 12, soit 0,4 % à l’année. Le secteur informel fait mieux que le secteur bancaire formel dont les frais de gestion de compte sont largement au-delà de 0,4 % sur une année. Ainsi, l’exclusion et son double l’inclusion financière sont des réalités pour le moins complexes. Elles exigent des investigations autrement plus élaborées, qui rehausseraient les conclaves officiels ; et qui mettrait l’analyse à la place de l’enfilade de généralités.

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