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Crise de confiance au Maroc

Maroc. Depuis un an, le secteur touristique est plongé dans une crise de confiance. Le climat instable dans la région a des conséquences pour ce secteur censé être une locomotive de la croissance.

Un secteur stratégique pour l’économie marocaine bat de l’aile. Si opérateurs et représentants du ministère de tutelle tentent, dans leurs déclarations publiques, de rassurer quant à la situation, en coulisses, tout le monde reconnaît l’ampleur des dégâts. Que viennent confirmer les dernières statistiques de l’Observatoire marocain du tourisme. En mai, le nombre de nuitées avait subi une baisse de 6,4 % par rapport à mai 2014. Sur les cinq premiers mois de 2015, la baisse est encore plus significative : 8,4 % de nuitées en moins. 

Résultat : les recettes du tourisme ont fléchi, en un an, de près de 1,5 milliard de dirhams (140 millions d’euros). Et encore, si l’on en croit les professionnels du secteur, ce recul a été amorti par le développement du tourisme local : la clientèle marocaine est aujourd’hui le principal marché du secteur hôtelier au Maroc. « Elle constitue pour nous un matelas de sécurité qui nous assure la continuité de l’activité, en attendant de retrouver de bonnes performances sur les marchés de touristes étrangers », explique le gérant d’un parc touristique de Marrakech. Pourtant l’hémorragie continue : les chiffres à fin juin, puis à fin juillet devant inclure l’effet de l’attentat de Sousse, en Tunisie, sans compter la baisse de fréquentation due au mois de Ramadan. S’il n’y a pas eu d’importantes vagues d’annulation de réservation, les taux d’occupation ont chuté, en juin et juillet. 

Cela étant, les difficultés du tourisme ne sont pas purement conjoncturelles. « Après un 1er semestre prometteur en 2014, la situation s’est rapidement inversée lorsque le Maroc a été placé par la France dans la liste des pays à risques pour les voyageurs », déplore un hôtelier d’Agadir. Le Programme chérifien a beau avoir été retiré par la suite de cette liste, le mal était déjà fait, confirment les statistiques de l’Observatoire du tourisme. 

Sur tous ses marchés historiques, c’est sur le marché français où le pays a le plus perdu de touristes. En tout, ce sont 7 % de Français en moins qui ont visité le Maroc sur les cinq premiers mois de 2015, par rapport à la même période de 2014. Pour ce professionnel de l’hôtellerie, les craintes suscitées par l’inscription du Maroc sur cette liste des pays risqués ont été accentuées après l’attaque du Musée du Bardo, à Tunis : « Les touristes font souvent l’amalgame, jugeant le niveau sécuritaire des pays de la région semblable».

Intensifier les efforts de communication 

C’est cette image que les différents acteurs du secteur tentent de dissiper, à commencer par le ministre du Tourisme. Pour Lahcen Haddad, « la baisse des nuitées et des recettes touristiques n’est pas due au seul contexte de la région, mais plutôt à la crise économique en Europe ». Un argument qu’il a maintes fois répété. Il a néanmoins reconnu, lors d’un conseil du gouvernement tenu début juillet, que « son département s’est engagé dans un processus d’évaluation globale de l’impact des actes terroristes sur le secteur du tourisme, dans le but d’élaborer un programme d’urgence visant à faire face à leurs retombées négatives, notamment en matière de communication ». 

L’objectif de ce prochain effort de communication, selon Lahcen Haddad, est de promouvoir, à l’international, le Maroc comme « un pays multiculturel, ouvert, riche et hospitalier, ainsi qu’une destination sûre dans le bassin méditerranéen ». Cette volonté affichée du ministre croise celle des opérateurs, dont la représentation patronale vient de lister une dizaine de recommandations qu’elle appelle les pouvoirs publics à mettre en place, parmi lesquelles le renforcement de la promotion. En effet, la Confédération nationale du tourisme (CNT) considère que le budget de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) doit être significativement augmenté. Actuellement, l’Office dispose d’une enveloppe annuelle de 500 millions de dirhams (46 millions d’euros) pour mener les différentes actions de communication et de promotion. Les professionnels du tourisme appellent le gouvernement marocain à augmenter ce budget d’au moins 20 % pour rendre la promotion plus efficace.

Problématiques structurelles 

D’autres recommandations ont également été adressées par la CNT au ministère du Tourisme, significatives de problématiques plus structurelles. En effet, si le secteur subit actuellement les aléas de la conjoncture régionale, il souffre depuis des années déjà de difficultés qui empêchent le royaume d’atteindre les objectifs fixés dans le cadre de sa Vision 2020. Difficultés de financements, une formation souvent inadéquate avec les besoins du marché, un secteur aérien peu développé… la liste des problèmes que doit résoudre le secteur du tourisme est bien longue. Pour commencer, les professionnels

recommandent concrètement de mettre en place des modes de financements innovants, susceptibles d’encourager l’investissement touristique. Ce, de manière à privilégier les régions où le besoin en nouvelles capacités hôtelières se fait le plus sentir, et sortir de Marrakech déjà en surcapacité. 

Le repositionnement des stations balnéaires et leur promotion auprès de nouveaux marchés internationaux constituent une des pistes prioritaires aux yeux des professionnels marocains. D’autres actions liées à la formation du personnel hôtelier sont également mises en avant. Pour l’heure, bien qu’il multiplie ces dernières semaines les rencontres avec les professionnels, le gouvernement ne s’est pas encore prononcé sur la mise en pratique des recommandations de la confédération du tourisme. Il ne saurait tarder, vu l’ampleur des dégâts que subit ce secteur hautement stratégique pour l’économie du royaume.

 

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