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Cop21: les urgences africaines

Or, de croissance, il n’y en a point. Sans contrepartie productive, créer des tsunamis de liquidités, c’est faire de la cavalerie. Nous vivons une époque exceptionnelle de « japonisation » de la quasi-totalité des pays développés. Le Japon fait en effet marcher la planche à billets depuis 1990, sans aucun résultat. La déflation a pris racine. Le niveau d’endettement public et privé, dans les pays développés comme dans les émergents, est aujourd’hui tel que les Banques centrales ne savent plus comment relever les taux d’intérêt. Un relèvement de 100 points de base suffirait par exemple à faire du remboursement de la dette, le premier poste du budget français. Dépassant l’éducation nationale. Les pays avancés sont aujourd’hui scotchés, dopés à la planche à billets. Financièrement, ils ne sont plus riches que de leurs turpitudes. 

De la même manière que l’épargne internationale (l’aide ou la dette) a été incapable de développer l’Afrique, aucune pseudo-épargne internationale fabriquée dans les caves de la FED ou de la BCE ne permettra à l’Afrique de faire face au défi du climat. Étant le dernier espace à s’industrialiser sur la planète, l’Afrique ne peut lever l’hypothèque du financement qu’en créant sa propre monnaie. Courir les places financières, comme le fait la BAD, équivaut à transformer l’Afrique en victime expiatoire des fourberies des autres. En effet, la BAD offre des rendements positifs aux tsunamis de liquidités que la FED rémunère à taux zéro, et la BCE à taux négatif, lorsqu’ils sont instantanément redéposés dans leurs comptes. Faute d’opportunités d’investissements rentables. À travers ses véhicules d’investissement, la BAD fait payer aux Africains les mauvais comportements de Madame Yellen ou de Monsieur Draghi.

Jouer collectif 

L’agonie sans fin du système monétaire international issu de Bretton Woods, entamé en 1971, s’achève aujourd’hui dans l’impuissance des Banques centrales mondiales. L’histoire nous apprend comment l’on sort de ce type de configuration. Soit par la guerre, soit les pays qui assument le leadership mondial coopèrent pour de nouvelles règles. Les Banques centrales émettrices des monnaies de réserve internationales se mettent autour d’une table pour une nouvelle réforme du système monétaire international. L’Afrique sera absente de cette table pour le motif qu’aucune monnaie africaine ne sert de réserve internationale. Il est urgentissime pour l’Afrique de créer et d’asseoir sa propre promesse monétaire. La question du climat, et la facilité climatique que nous voulons y rattacher, sont deux opportunités historiques. 

Tout en invoquant le principe des marchés et de la concurrence, les gouvernements européens ont défini des objectifs visant à la diminution de l’intensité carbone. Une décision des instances européennes prise en 2009, impose à tous les pays membres de l’Union européenne la règle des « 3 x 20 pour 2020 ». Il s’agit « d’améliorer de 20 % l’efficacité énergétique, porter la part des énergies renouvelables à 20 % du bilan énergétique et réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau atteint en 1990 ». Il existe ainsi une vision européenne de l’énergie, réaffirmée en 2014-2015 par la fixation d’un nouvel objectif de réduction de 40 % à l’horizon 2030. 

À ce jour, les micro-pays africains entrent dans la transition énergétique en ordre dispersé. Le Gabon est fier d’être le premier pays à avoir transmis ses objectifs aux Nations unies. Les pays africains demeurent incapables d’agir de concert en quelque domaine que ce soit. Compte tenu de l’hétérogénéité des niveaux de développement, il est sûr que chaque pays aura sa propre trajectoire vers l’objectif panafricain. Mais celui-ci doit être fixé au préalable de manière unitaire. Sur un continent où l’accès à l’électricité est très loin d’être achevé, la définition d’un mix énergétique en phase avec l’objectif global de la COP 21 n’est pas hors de portée. Là où le reste du monde doit démanteler des usines (centrales, raffineries, terminaux), des tuyaux, des fils, ou contraindre l’industrie automobile à abandonner le diesel par exemple, l’Afrique doit simplement faire des choix sans destruction de capital. Correction d’une trajectoire de production énergétique intensive en carbone pour l’Europe, la Chine, les USA. Choix ex ante d’une trajectoire moins intense en carbone pour l’Afrique. Une trajectoire qui évite de reproduire les erreurs des autres. L’Afrique devrait donc aller à la COP 21 comme un seul pays. Ses engagements, plus faciles à agréger, devraient directement être à l’échelle continentale. 

La vertu de cette démarche tient dans le fait qu’elle induira une réflexion sur l’architecture institutionnelle panafricaine à mettre en place, face au réchauffement climatique. Sans compter la vertu pédagogique qu’aura la déclinaison de l’objectif panafricain dans chaque pays. Les mines, l’exploitation de pétrole, de gaz naturel, etc., sont les principales contributrices aux budgets de nombreux États africains. S’industrialiser sans reproduire les erreurs du monde développé constitue un challenge. Les pays africains ne peuvent le relever que collectivement. Il y faudra des planifications transnationales, des transferts intra-africains de compétences, de technologies, de ressources financières, etc. 

Au total, les urgences africaines dans le domaine du climat sont claires. D’abord, refuser collectivement d’émarger au Fonds vert. Ce n’est pas parce que l’Afrique n’a aucune responsabilité dans la pollution de la planète que la réparation financière deviendrait ipso facto souhaitable, sinon obligatoire. Accepter les subsides de ce fonds, c’est reproduire, pour les siècles qui viennent, la position statutaire de l’Afrique dans le monde. La position de vassal. Ensuite, l’Afrique doit modifier son profil socio-économique pour devenir une véritable économie de partage. Libérant enfin ses potentialités à travers le choix éthique du refus des inégalités extrêmes. Enfin, l’Afrique doit se donner les moyens de ses ambitions à travers « la facilité climatique africaine » qui n’est rien d’autre que la première pierre d’une monnaie commune africaine. Il fera vraiment bon de vivre dans cette Afrique-là !

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