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Cop21: les urgences africaines

… (1,6 %) ont été effectivement décaissés dans le Fonds. » Cinq ans après sa création, le fameux Fonds vert est presque mort-né. C’est avec raison que Jean Tirole, prix Nobel d’économie, se demande si la COP 21 ne sera pas aussi un échec. Poursuivant ainsi une descente aux enfers entamée à Kyoto, Copenhague, et aujourd’hui Paris. À notre sens, il en sera de ce Fonds vert ce qu’il est advenu de l’engagement des pays riches d’élever leur aide au développement à hauteur de 7 % de leurs PIB respectifs. Trente ou cinquante ans plus tard, on en est encore à 2,7 % ! 

Il est temps que les Africains comprennent que l’argent se crée. Il ne se donne pas. La monnaie est rigoureusement définie. Elle est une dette bancaire représentative d’un droit de prélèvement sur le produit réel. Sur le plan macroéconomique, l’exportation de capitaux, même temporairement consignés dans un fonds vert, n’est pas un transfert de revenu d’un pays riche à un pays pauvre. Elle correspond, stricto sensu, à l’ouverture d’une ligne de crédit du pays riche au pays pauvre. Le revenu du pays riche en ses deux formes, réelle et monétaire, reste intact. Il n’y aura transfert de revenu que lorsque le pays pauvre fera un « tirage », c’est-à-dire acquisition d’un bien ou d’un service en provenance des pays riches. Or cette opération définit très précisément une exportation réelle. Une destruction du revenu des pays riches au bénéfice des pays pauvres. Accepter le Fonds vert équivaut donc pour les pays africains, à structurer pour les siècles qui viennent une position subordonnée, une dépendance sans fin. Ceci, sans aucune raison objective, car les travailleurs en Afrique sont payés en cédi, rands, ou F.CFA, non en devises. À quoi vont bien servir les devises du Fonds vert sinon à importer des compétences et technologies venues du monde développé. C’est comme si pour lutter contre le réchauffement climatique, l’Afrique acceptait de devenir encore plus vassale qu’elle ne l’est aujourd’hui. On peut légitimement se demander s’il n’existe pas un gène de la servilité dans l’ADN des Africains… 

Dans un article publié par African Business (numéro 35, octobre-novembre 2014), nous présentions les diverses étapes de la création d’une « facilité climatique africaine » qui donnera au continent les moyens de ses ambitions dans le champ du climat. Cette facilité applique à la question du financement de l’adaptation au changement climatique, les résultats de la recherche théorique sur le modèle de la monnaie commune africaine. La solution de la facilité climatique africaine, qui se construit autour d’un système africain de Banques centrales, donnerait au continent les ressources nécessaires pour relever tant le défi technologique que le défi organisationnel d’une croissance bas carbone. La monnaie commune africaine n’est plus un objet ésotérique, une lubie de chercheurs. Son schéma de création est aujourd’hui achevé au plan conceptuel. Il ne reste aux institutions panafricaines qu’à la matérialiser. 

On constate que la BAD (Banque africaine de développement) continue de créer des véhicules d’investissement, drainant vers l’Afrique des ressources d’emprunts pour financer l’adaptation au changement climatique. Faisant ainsi le choix de fermer les yeux sur le régime monétaire international actuellement en vigueur. Aujourd’hui, Il est clair que les pays développés n’ont plus un fifrelin à donner à qui que ce soit. Sauf peut-être à céder à l’Afrique une fraction des tombereaux de liquidités créées depuis 2008 sous le patronyme de quantitative easing. C’est-à-dire de la fausse monnaie, qui ne coûte que l’encre et le papier pour l’imprimer. Un revenu purement nominal, sans aucun pouvoir d’achat. Toute la zone euro, soit 17 pays développés, les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, la Suède, etc., sont sous le régime monétaire de la planche à billets. Mais créer de la monnaie, ce n’est pas créer de la valeur. Car la valeur ou monnaie à pouvoir d’achat positif, est une création conjointe du système bancaire et du système productif.

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