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Cop21: les urgences africaines

Quelle place pour l’Afrique au sein de la prochaine Conférence pour le climat (COP21) de Paris, s’interroge Désiré Mandilou, économiste. Pour lui, le continent doit avoir une seule voix et, si possible, une seule monnaie et une seule politique…

Rajendra Pachauri, qui vient de quitter la présidence du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), considère que la prise de conscience des enjeux climatiques n’a pas empêché la teneur en dioxyde carbone (CO2) dans l’atmos-phère de s’élever encore plus vite depuis 2010, comparativement à toutes les décennies précédentes. Au-delà de la rhétorique, nous voyons là quelle est la difficulté à infléchir les émissions de carbone. Qui tient tant au « réchauffement climatique », en tant qu’objet scientifique, qu’aux instruments à privilégier pour en atténuer les conséquences, ou s’y adapter. La difficulté tient aussi à la dimension planétaire du sujet. En effet, avant que le sujet n’ait été bien circonscrit, les populations bien informées et mobilisées, le magistère occidental sur la production des idées a frappé. Le reste du monde a été mis devant la nécessité d’orga-niser un marché de « droits à polluer » et de donner un prix au carbone. L’on peut cependant, en toute légitimité, s’interroger sur le recours au marché pour produire un bien public plané-taire comme la qualité du climat ! Un sujet trop sérieux pour être confié aux « évangélistes du marché ». Comme il fallait s’y attendre, les Market Oriented Solutions (le Fonds vert, le mécanisme de développement propre) ont pour principal carac-téristique une répartition asymétrique de la charge de l’ajuste-ment climatique. Ajustement tant quantitatif (limiter la hausse à venir de la température à 2 °C) que qualitatif (la conception des produits, les modes de consommation, l’organisation sociale, etc.). On demande aux pays non développés d’être plus vertueux et intelligents que ne l’ont été les pays aujourd’hui développés. Moyennant un dédommagement financier évalué à 100 milliards $ par an à partir de 2020. Voilà pour la carotte. Le bâton reste pour l’heure dans les limbes. Au moins jusqu’à la COP 21. Dans ce contexte, l’Afrique ne peut se complaire dans un statut défini par les autres. Celui de récipiendaire des subsides du Fonds vert. L’Afrique doit considérer la lutte contre le réchauf-fement climatique comme une opportunité pour transformer radicalement ses structures. Une Afrique respectueuse de la nature dans sa marche vers le bien être social, sera nécessairement respectueuse des êtres humains et de leurs droits, c’est-à-dire une Afrique véritablement démocratique. Il est donc essentiel de s’interroger sur la manière dont l’Afrique doit s’insérer dans la problématique du climat. Par-delà les engagements nationaux de réduction des émissions de carbone, quelles peuvent être les urgences africaines dans le domaine du climat ?

Une économie de partage

La première urgence consiste à trouver un nouveau profil aux économies africaines. Les rendre plus égalitaires, et de ce fait plus efficaces dans la lutte contre le réchauffement climatique. Une réflexion simple va au coeur de cette exigence. Le climat est un capital naturel. Une dotation de la nature à chaque être vivant. Selon Amartya Sen, le capital naturel dont dispose tout individu contribue largement à la création des « capacités élémentaires ». Si une société veut satisfaire les critères minimaux d’une société « juste », elle doit veiller à préserver le capital naturel de chacun, « le premier des biens premiers ». Plutôt qu’une injonction onusienne, la lutte contre le réchauf-fement climatique est donc une exigence endogène aux sociétés africaines. Elle n’en fait pas pour autant de parfaits candidats à la croissance verte. En effet, sauf à prendre les propos de commu-nicants pour argent comptant, la croissance verte constitue, dans un premier temps, une série de renoncements, de privations. Par exemple, utiliser une voiture à plusieurs plutôt que tout seul. Ce qui en Afrique s’interprète comme une perte de statut social. Le statut social étant corrélé au stock de biens matériels qu’un individu peut accumuler. Autre exemple de renoncement…

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