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Capitaliser et amplifier ses acquis

Comptez-vous maintenir la logique de la décentralisation ? Les 44 bureaux coûtent très cher et leur autonomie est très limitée : tout doit remonter au siège pour validation !

La décentralisation est coûteuse mais nécessaire. La problématique est de toujours mettre en perspective le seuil de rentabilité de l’opération et les résultats escomptés et réalisés. Nous n’avons pas rapporté et quantifié de manière appropriée nos réussites afin de systématiquement les capitaliser. Une révision complète du programme de décentralisation, y compris les opérations des deux centres ressources régionaux, avait été entreprise sous ma supervision avant mon départ de la Banque. Il m’est revenu que la direction a, depuis, informé régulièrement le conseil d’administration de l’avancement des travaux et des projets de restructuration. À la tête de la BAD, je m’appuierai sur ces travaux et où cela s’avérera utile et après une nécessaire consultation avec le conseil d’administration, j’apporterai une contribution personnelle. Les règles du jeu seront clairement établies pour ce qui est des vice-présidents concernés.

La BAD est certes une banque africaine, mais le poids des actionnaires non-africains est souvent décisif, y compris dans le choix du président. Cela ne vous dérange-t-il pas ?

Pas du tout. Un des motifs de fierté de l’Afrique est précisément la procédure très transparente par laquelle est choisi le président de la Banque. Des dispositions protègent la voix et le leadership africains sans créer des dissensions inutiles quant au fait que le développement du continent est totalement l’affaire des Africains eux-mêmes. Tout partenariat, mariage, repose sur la compréhension mutuelle et partagée de cette relation. Le programme de la Banque est bien compris de tous ses actionnaires et tous travaillent pour atteindre les résultats escomptés. C’est ce qui guide, le moment venu, leur choix du président.

La BAD a la réputation d’être très lente entre le dépôt des dossiers et le décaissement. Comment accélérer les procédures afin d’éviter que d’autres institutions (Chine, Turquie, Brésil, etc.) ne viennent la concurrencer ?

Permettez-moi de vous citer la préface du rapport annuel de l’Autorité des grands projets, qui a pour auteur le ministre auprès du Premier ministre britannique : «… seul un sur trois de ces (grands) projets a été achevé à temps ou n’a pas connu de dépassement budgétaire. […] Certains chefs de projets géraient des projets multiples et de grande complexité. Les compétences en gestion de projets manquent. Il n’existe même pas de coordination centrale de tous les projets du gouvernement. »

Cette citation n’a nullement l’intention de servir d’excuse ou de justifier les erreurs et retards attribués à la Banque et aux clients. De plus, la taille des projets en question est de loin plus importante que celle des projets gérés par la Banque. Néanmoins, elle illustre le fait qu’il s’agit d’un sujet de préoccupation pour de nombreux gouvernements. Et nous devrons apprendre de leurs expériences.

Plusieurs facteurs y concourent : comportements, procédures, complexité, capacités, intérêts spéciaux, projets mal ou insuffisamment élaborés, bureaucratie etc. Il est par conséquent important de toujours mettre l’accent sur l’obligation de résultat au moyen de standards très élevés de professionnalisme, de travail d’équipe, de transparence, de responsabilité et d’éthique au niveau du personnel de la Banque. Les mêmes exigences sont valables pour les interlocuteurs du côté gouvernemental. Entre-temps, des réformes institutionnelles ont été mises en oeuvre ou sont sur le point de l’être ; elles s’attaquent à plusieurs de ces points. Dans le processus, elles devront renforcer le degré de rationalisation de la gestion des projets et de ses aspects fiduciaires (surveillance des résultats financiers, des appels d’offres et des retombées en matière de développement). Ces efforts devraient être poursuivis par le nouveau président. Concernant la Turquie et les pays du BRICS, ce sont évidemment des partenaires complémentaires de l’Afrique qu’il faut saluer. Les ressources et les expériences qu’ils apporteront, en soutien aux efforts de développement inclusif et soucieux de l’environnement sont les bienvenues. Nous devrions travailler ensemble.

Quelle est la femme ou l’homme vivant ou historique qui vous inspire le plus ?

Nelson Mandela. Détermination, désintéressement et l’intelligence de savoir partir au bon moment. D’autres personnalités ont entamé de grandes choses, pris des initiatives ou enclenché des mouvements sociopolitiques, en parfaite connaissance qu’ils porteront des fruits ou aboutiront seulement bien après leur propre disparition. Ainsi, la vie de Martin Luther King et son discours de Mountaintop résonnent dans l’esprit et l’âme du lecteur avec force et douleur. Enfin, du point de vue spécifique du « professionnel du développement » en Afrique, je reviens fréquemment sur les propos de Mwalimu Nyerere reconnaissant ses erreurs, et son discours pour marquer le 40e anniversaire de l’indépendance du Ghana.

 

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