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Economie

Cameroun : Un budget sous pression fiscale

Le Cameroun prévoit une hausse de 4,3 % de son budget, à la faveur de nouvelles mesures fiscales. L’État entend relever ses défis sociaux et économiques, tout en se conformant aux engagements du FMI. Sans lever toutes les inquiétudes des milieux d’affaires.

Douala, Frédéric Nonos

En hausse de 161 milliards de F.CFA (245,4 millions d’euros), le budget 2019 du Cameroun s’élève à 4 850,5 milliards de F.CFA (7,4 milliards d’euros), soit une hausse de 4,3 %. Les recettes fiscales progressent de plus de 187 milliards de F.CFA pour se situer à 2 899,5 milliards de F.CFA (4,42 milliards d’euros).

« Il est urgent de prendre en compte les inquiétudes et recommandations de ces grandes entreprises, qui représentent certes 1 % du tissu économique, mais payent 80 % à 90 % des recettes fiscales », alerte le patronat.

Une hausse encouragée par l’élargissement de l’assiette fiscale, à travers de nouvelles mesures : notamment l’extension du champ d’application du droit d’accise aux boissons gazeuses importées, aux produits cosmétiques, aux articles de la friperie, aux pneumatiques, et aux véhicules d’occasion.

L’État a également institué une nouvelle modalité alternative, dont les contours restent à clarifier, de collecte des droits et taxes de douanes sur les téléphones et les logiciels importés. Il s’agit, à travers ces mesures, d’« accroître la mobilisation des recettes internes à travers une augmentation du taux de la pression fiscale, un resserrement des dépenses publiques et une maîtrise du rythme de l’endettement du pays », justifiait, en novembre 2018, le Premier ministre d’alors, Philemon Yang, lors de la présentation de ce projet de budget au Parlement.

Ces nouvelles propositions, précisait-il, participeraient à faire face « aux grands enjeux et défis » du pays. Notamment la maîtrise des contraintes sécuritaires à l’intérieur comme aux frontières, le parachèvement de la mise en œuvre du Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance…Dans ce nouveau budget, les recettes pétrolières et gazières diminuent de 19 milliards de F.CFA, à 450 milliards, sous l’hypothèse prudente d’un baril à 63,50 dollars, pour une parité d’un dollar à 555,1 F.CFA.

4,4 % de croissance en vue

De leur côté, les dépenses courantes atteignent 2 465,5 milliards de F.CFA (+ 124 milliards), tandis que l’investissement public va représenter plus du quart du budget, à 1 327,6 milliards de F.CFA. La hausse des dépenses d’investissement par rapport à 2018, à hauteur de 36 milliards de F.CFA, s’explique notamment par les projets

d’infrastructures liés à la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019, finalement retirée au Cameroun et attribuée à l’Égypte. Le service de la dette reste constant à 1 057 milliards de F.CFA (1,61 milliard d’euros). Selon les projections du gouvernement, ce budget va enregistrer un déficit de 482,6 milliards de F.CFA, soit 2,2 % du PIB 2019.

Dans le cadre de l’accord sur la Facilité élargie du crédit (FEC) conclu avec le FMI, qui prescrit l’« amélioration de la gouvernance interne », assorti de 400 milliards de F.CFA de retombées positives entre 2017 et 2019, le Cameroun devait pourtant ramener son déficit budgétaire à 2 % du PIB dès 2019, contre 2,3 % en 2018.

Le déficit courant, quant à lui, connaîtra une légère hausse à 2,9 % contre 2,5 % en 2018. La pression fiscale demeure néanmoins stable à 13,2 % du PIB. Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement et le FMI tablent sur une croissance du PIB de  4,4 % en 2019, contre 3,8 % en 2018.

Toutefois, « ces perspectives sont exposées à des risques considérables, liés à la montée de l’incertitude à l’échelle mondiale, à un ajustement insuffisant au niveau régional et à l’insécurité persistante dans les régions anglophones », prévient l’institution de Bretton Woods.

Craintes des consommateurs

Le nouveau budget met également l’accent sur des secteurs prioritaires tels la décentralisation, les services sociaux de base, la construction des infrastructures. « Nous avons l’obligation d’observer une bonne corrélation entre les potentialités de l’État en matière de recettes d’une part et les engagements du gouvernement traduits dans les programmes budgétaires portés par les administrations d’autre part avec pour leitmotiv une plus grande efficience de la dépense publique », soutient Louis Paul Motazé, le ministre des Finances.

Ces nouvelles taxes font pourtant craindre une flambée des prix des produits de  consommation. Notamment celui de la bière, consécutif à la réduction de 20 % à 10 % de l’abattement applicable pour la détermination du droit d’accise.

Même si brasseurs et gouvernement ont convenu, le 15 janvier, de ne pas l’augmenter, rien n’est exclu, analyse un économiste, qui explique que l’État n’a pas envisagé des mesures compensatoires au niveau des prix pour maîtriser l’inflation.

À en croire des fiscalistes, un réajustement des prévisions et une introduction de nouvelles mesures à travers une loi de Finances rectificative ne sont pas exclus. Les milieux d’affaires ne sont pas épargnés. « La fiscalité des entreprises au Cameroun est l’une des principales entraves à la création des richesses », fustige le Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam), qui se réjouit néanmoins de la prise en compte de certaines de ses propositions.

Pour autant, l’organisme patronal estime que la fiscalisation sur le chiffre d’affaires, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, appauvrit les entreprises et enrichit plutôt l’État.

Selon les données de la Direction générale des impôts, les recettes fiscales ont augmenté de 714 milliards de F.CFA entre 2013 et 2018, soit + 66 %, alors que, dans le même temps, la croissance du PIB ralentissait de plus de 2 points (de 5,4 % à 3,2 %).

Pour Célestin Tawamba, président du Gicam, « il est urgent de prendre en compte les inquiétudes et recommandations de ces grandes entreprises, qui représentent certes 1 % du tissu économique, mais payent 80 % à 90 % des recettes fiscales ». 

Au-delà de ces nouvelles mesures fiscales, les milieux d’affaires s’interrogent sur la capacité de l’État à mobiliser ses recettes et à tenir à ses engagements de développement, analyse le fiscaliste Moïse Mbien.

Selon lui, il sera techniquement difficile à l’État de recouvrir toutes ses recettes en 2019, au regard du ralentissement économique observé, du faible niveau d’investissement (35 % à 40 %) du budget contre 55 % à 60 % pour le fonctionnement, des recommandations formulées par le FMI sur la technostructure qui auraient permis à l’État de réaliser des économies, mais qui ne sont pas encore mises en œuvre, et du report de la CAN 2019 (qui aurait relancé la croissance) à 2021.

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