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Yaoundé-Paris, rapports détériorés

La France tournée vers le Congo

Restent trois mastodontes à l’échelle du pays, Bolloré, Total, Lagardère (Hachette). La position de Bolloré semblait compromise en ce début d’année 2015, une rumeur ayant couru sur son possible remplacement à la gestion du port de Douala. Total ne fait plus de recherche au Cameroun et voit la concurrence croître sensiblement dans la distribution, alors que le groupe détenait un quasi-monopole voici une quinzaine d’années.

Et la domination d’Hachette sur le marché des livres scolaires ne tiendra guère, les fournisseurs locaux étant aujourd’hui aptes à se substituer aux importations. Même l’armement est en train d’échapper aux Français : Paul Biya s’est adressé aux Russes pour doter l’armée camerounaise d’armes lourdes et d’engins de transport de troupes. Bref, la France est sur le point d’être tranquillement, mais sûrement boutée commercialement hors du Cameroun.

C’est qu’en soubassement de ce mouvement existe une opposition stratégique fondamentale sur le rôle du Cameroun en Afrique centrale. Paris a misé sur les pays pétroliers comme le Gabon, puis le Congo Brazzaville ; pour des raisons que le procès d’Elf a bien mis en évidence : les liaisons dangereuses entre l’argent du pétrole et les partis politiques français… Sans oublier l’histoire et l’attachement des Gaullistes à certains pays plutôt qu’à d’autres. Et ces préférences ont eu des conséquences sur les prises de position françaises dans le commerce africain. L’exemple du port de Douala est criant à cet égard : dès les indépendances, Yaoundé a joué la carte de l’ouverture aux pays voisins.

Les Camerounais ont créé de toutes pièces des villes frontières leur permettant de commercer avec le Nigeria, la Centrafrique, le Tchad, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Congo. Garoua fut reliée au Nigeria très tôt ainsi que Kyossi à la frontière du Gabon et de la Guinée équatoriale. Ancienne ville aussi que Garoua-Boulaï à la frontière de la République Centrafricaine, mais par contre toute récente la liaison entre la ville de Djoum et le Congo. Certes, ces villes de commerce de gros n’abritent pas les transactions, pour la plupart opérées dans les capitales économiques.

Mais elles drainent des norias de camions dont l’organisation crée même aujourd’hui des remous sociaux : les importateurs voudraient éviter les ruptures de charge aux frontières, ce que les transporteurs et les respon-sables des villes frontières refusent obstinément… Le Cameroun, aidé en outre par ses nouvelles et puissantes banques africaines, constitue depuis quelques décennies la plaque tournante du commerce en Afrique centrale. C’est maintenant chose quasiment faite avec le port en eaux profondes de Kribi, alors que les Français, eux, tentent de faire revivre le port du Congo Brazzaville, Pointe Noire, relié à la capitale congolaise par voie ferrée.

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