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Yaoundé-Paris, rapports détériorés

Pour des raisons historiques, politiques, économiques, les relations entre le Cameroun et la France — rarement au beau fixe — se sont détériorées ces dernières années. Ce, en dépit des efforts diplomatiques destinés à faire bonne figure.

Aimez-vous la France ? » Si on posait aujourd’hui la question aux Africains, que croyez-vous qu’ils répondraient ? « Non ! Les Africains ne nous aiment pas », répond sans précaution oratoire un député français, Philippe Baumel, qui a rendu, début avril, un rapport sur les relations franco-africaines. Si ce trublion met les pieds dans le plat, c’est qu’il a rencontré réellement des Africains francophones qui n’aiment pas la France.

Il s’est intéressé surtout au Mali où, il est vrai, l’intérêt manifesté par les troupes françaises à l’égard des Touaregs a été ressenti comme une trahison à Bamako, tant par les dirigeants que par la population. Mais si le député s’était rendu dans d’autres pays, il aurait sans doute constaté le même désamour envers l’ex-puissance coloniale : la destruction de la Libye et l’assassinat de Mouammar Kadhafi n’y sont sans doute pas étrangers, de même l’épisode ivoirien. Sans compter la récente affaire de viols présumés d’enfants, par des militaires français en Centrafrique.

Bien d’autres faits, additionnés, contribuent à ce que les Français appelleront comme ils le voudront et que les autochtones commencent à nommer « la désillusion », au sens étymologique du mot : la fi n de l’illusion. Le Cameroun de Paul Biya peut être considéré comme un laboratoire de cette évolution assez proche, au fond, de l’anti- colonialisme d’antan. Tant ici l’affaire libyenne que l’ivoirienne ont monté la population contre Paris.

L’intrusion de l’armée française sur le sol africain a rappelé de mauvais souvenir à un pays qui n’a pas oublié l’affreuse guerre menée d’abord par les Français contre les Camerounais indépendantistes de l’Union des populations du Cameroun (UPC), puis par le président Ahmadou Ahidjo, mis en place par les Français, contre la même UPC. L’armée française n’a toujours pas admis avoir quelque peu massacré les populations indépendantistes, tandis que les historiens évitent soigneusement de rappeler et de chiffrer le nombre des morts de la répression de 1960, afin de ne pas raviver les oppositions ethniques au sein d’une nation en voie de formation.

Selon diverses sources, on approcherait les 100 000 morts et blessés, y compris ceux d’avant l’indépendance ; là encore, l’Armée française refuse d’admettre qu’elle aida Ahidjo à annihiler son opposition. Les relations franco-camerou- naises ne seront, de ce fait, jamais aussi chaleureuses. Mais les Camerounais seront aussi nombreux à visiter la France, voire à s’y installer et les liens culturels seront longtemps bons et nombreux.

Ce qui n’est pas le cas des liens commerciaux, puisque le Cameroun a considérablement réduit le poids de la France dans ses exportations qui représentent moins de 10% des importations africaines de l’ancienne métropole. Les achats camerounais en France ne représentent plus qu’un tout petit pourcentage, 2,5 %, des exportations françaises en Afrique. Alors que le Cameroun « pèse » aujourd’hui quelque 30 milliards $ officiels (probablement beaucoup plus en intégrant l’économie informelle), la France n’y génère un courant d’affaires que de 1 milliard $ environ par an, 3 % du PIB au mieux… C’est peu, si l’on se met à la place des Camerounais qui font les yeux de Chimène d’abord à leurs meilleurs clients et fournisseurs.

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