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Cameroun : Exercice difficile pour la filière avicole

La filière avicole du Cameroun retrouvait des couleurs, depuis dix ans, avant que deux épidémies de grippe aviaire ne surviennent.

Yaoundé, Eugène C. Shema

 En dix ans de suspension des importa­tions de découpes de poulets congelés, la filière a connu une embellie, d’après l’Interprofession avicole du Came­roun (Ipavic).

Selon l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC) – une organisation de la société civile qui a été à l’origine de la décision de suspension des importations – les éleveurs produisaient 22 000 tonnes de poulets de chair en 2002 et en importaient 32 000 tonnes. En 2015, la production annuelle de poulets de chair attei­gnait 32 000 tonnes.

ENCADRE

Lourd impact de la grippe aviaire

À Nyom, banlieue de Yaoundé, Ivan Dikwa se souvient de la grippe aviaire qui a frappé la filière avicole entre mai et juillet 2016, et rendu difficile l’écoulement des produits de la volaille.

Ce technicien affecté à la coordination d’une ferme de 18 000 têtes rappelle : « Le poulet de chair, qui sort normalement au bout de 39 jours ici, mettait 55 à 60 jours, et pouvait être vendu à 1 500 F.CFA (2,29 euros), au lieu de 2 300 F.CFA (3,51 euros) ».

À Bafoussam (dans la région de l’Ouest), « les gens vendaient le poulet à 700 F.CFA » pour réduire leurs pertes, témoigne un autre producteur.

« Jusqu’en 2015, la filière avicole représen­tait 4,5 % du PIB. Le produit d’exportation avant la grippe aviaire (de mai 2016) était d’environ 18 milliards de F.CFA par an. C’est la seule filière au Cameroun où l’offre dépassait la demande. L’excédent était exporté dans la sous-région Afrique centrale, jusqu’en Libye et au Soudan », commente Louis Marie Kakdeu, secrétaire permanent adjoint de l’ACDIC.

L’ACDIC appuie les acteurs (cultiva­teurs, éleveurs) dans une meilleure défense de leurs droits et une meilleure rentabilisation de leurs exploitations.

Au Cameroun, les poulets (découpes) importés sont interdits depuis 2006, mais les importations de poussins sont autori­sées. En 2016, on a bien cru qu’on reviendrait aux importations de poulet congelé…

En effet, l’interprofession avait prévu une production annuelle de 50 millions de poulets de chair et 7 millions de pondeuses en 2016.

Le ministère de l’Élevage, des pêches et des industries animales (Minepia) et certains gouverneurs de régions ont pris dès mai 2016 des mesures pour la fermeture des principaux marchés et la suspension de la commercia­lisation des produits de la volaille dans les principaux bassins de production du pays : Centre, Sud, Ouest. Ces trois régions abritent plus de la moitié des producteurs et 80 % de la production. La région du Littoral, autre bassin de production, a été épargnée par la grippe aviaire.

Une mauvaise gestion de la crise

Au début du mois de septembre, alors que les producteurs de volaille croyaient la crise derrière eux, un nouveau foyer de grippe aviaire était déclaré à Bafoussam, chef-lieu de la région de l’Ouest.

Les pertes sont estimées par la filière (à 400 millions de F.CFA par jour, soit 12 milliards de F.CFA sur un mois, 18,3 millions d’euros) entre mai et juillet 2016. «Dans la sous-région Cemac, le Cameroun avait 60 % de parts de marché. Les oeufs consommés au Congo et en République centrafricaine étaient à 60 % des oeufs camerounais. De façon maladroite, pendant les trois premiers mois de la grippe aviaire, on a fermé tous les couloirs de production. Le gouvernement a créé une psychose. La France et le Nigeria approvi­sionnent aujourd’hui la sous-région», explique le secrétaire permanent de l’ACDIC.

Le Cameroun compte entre huit et douze industriels. Ces industriels ou accouveurs sont ceux qui possèdent les couvoirs et qui élèvent les parentaux (poules qui pondent les oeufs à couver permettant de faire les poussins).

Effet de la grippe aviaire, les autorités admi­nistratives et des organisations comme l’ACDIC ont découvert que les statistiques fournies par l’Ipavic n’étaient pas toujours le reflet de la réalité de l’aviculture au Cameroun.

«Tous les éleveurs ne sont pas affiliés à l’Ipavic », révèle Louis Marie Kakdeu. L’interprofession, autour de laquelle on retrouve de nombreux métiers comme : accouveur, distributeur, transpor­teur, éleveur, provendier, vétérinaire, abatteur et plumeur, fournisseur de matières premières (maïs, soja, farine de poisson entre autres), revendique 320 000 emplois directs dans la filière avicole et 250 000 emplois indirects.

Flou statistique

Ces chiffres devraient être révisés à la hausse. « Lors des contrôles liés à la grippe aviaire, on a appris que dans un seul département de la région de l’Ouest comme la Mifi, il y avait 4 millions de pondeuses », détaille une source proche de l’Ipa­vic.

En 2015, le Cameroun avait 5,5 millions de pondeuses, chiffre très proche du nombre recensé dans un seul département, alors que le pays compte au moins quatre régions enregis­trées comme bassins de production. L’explication réside dans le fait que de nombreux éleveurs ne sont pas enregistrés comme tels pour ne pas avoir à payer certaines taxes.

 

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