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Bruno Mettling, PDG d’Orange Afrique Moyen-Orient…

Et quel est le critère du juste prix ?

Il existe, y compris en matière fiscale. Pour dire les choses clairement, en Europe, le montant total des prélèvements représente en moyenne 5 % du chiffre d’affaires des opérateurs. En Afrique, il est d’environ 15 % – mais cela ne représente qu’une moyenne.

Certains États vont très au-delà, à tel point que dans l’un d’entre eux, les opérateurs asphyxiés ne pouvaient plus fonctionner et qu’il a été procédé en urgence à une refonte du cadre fiscal. Il faut donc faire très attention et choisir entre multi­plier de manière brutale les prélèvements sur les opérateurs au risque de les fragi­liser, au point de ne plus leur permettre de développer leur stratégie d’investissements, ou au contraire les laisser investir pour générer de la croissance ce qui permet après coup, à l’État, de bénéficier durable­ment de recettes fiscales bien plus élevées. Aujourd’hui les deux logiques coexistent dans les pays où Orange opère. Les gagnants de la transformation numérique seront clairement dans la seconde catégorie.

En quoi la révolution digitale change-t-elle la donne ?

Permettez-moi un exemple concret. Aujourd’hui, 600 000 agriculteurs maliens et ivoiriens reçoivent des informations sur leur mobile, dans leur langue du quotidien : sur la météo, sur le prix des produits qu’ils vendent sur les différents marchés qui se trouvent à proximité, sur les concentrations de cheptel, en fonction de quoi ils peuvent choisir leur lieu de pâturage etc. Les agricul­teurs qui utilisent ces applications voient leurs revenus augmenter de 10 % à 30 %. La révolution copernicienne est déjà en route !

Elle n’est pas seulement le fait des start-up. Elle peut jouer un rôle essentiel dans la transformation de l’économie traditionnelle et nous devons accélérer cette mutation. Nous aurions pu parler d’électrification de zone rurale, de santé, d’éducation ou de « e-gouv » avec le paiement via le mobile des fonctionnaires, la collecte de la vignette automobile ou des frais de scolarité des étudiants. Autant de projets qui fonctionnent aujourd’hui et qu’il faut généraliser.

Il y a un effet de mode massif à propos des start-up. Quelle est la réalité de cet univers ?

Nous devons avant tout nous féliciter de la dynamique réelle et très diversifiée des start-up dans beaucoup de pays.

Au-delà de ce constat, certaines conditions devront être réunies pour leur permettre de réussir. L’enjeu est de les accompagner en conseil et financement tout au long du cycle depuis l’émergence des projets, leur formalisation, leur lancement et, en cas de succès, en renforcement de leurs fonds propres. C’est le sens des Orange Fab, des incubateurs et accélérateurs qui se multiplient et auxquels Orange apporte tout son soutien.

Globalement les choses changent. J’ai assisté à des réunions où des jeunes entre­prises africaines levaient des millions d’euros en quelques heures auprès d’investisseurs auxquels elles étaient venues présenter leur projet. Ce sont des séquences habituelles dans la Silicon Valley, dont on avait du mal à imaginer qu’elles pouvaient se produire à Abidjan ou à Douala ! Néanmoins, nous devons réfléchir au coup suivant. Par défini­tion, il y a un risque à accepter. Beaucoup de celles qui réussissent ont besoin de financements beaucoup plus importants pour se transformer et devenir de grandes entreprises. Dans ce contexte, Orange a pris là encore ses responsabilités : Stéphane Richard a décidé la création d’Orange Digital Venture Africa, doté de 50 millions d’euros.

Quel est le risque susceptible d’entraver vos ambitions ?

Je vois deux grands risques. D’abord, l’instabilité du cadre régle­mentaire et fiscal. En matière fiscale, nous vivons trop souvent une instabilité et une multiplication des taxes de toute nature qui fragilise la visibilité que requièrent nos investissements. En matière de régulation nous sommes trop souvent dans une logique punitive et non pas positive qui viserait à favoriser le développement du secteur et une concurrence transparente au profit du consommateur.

Le deuxième risque est lié au capital humain et à l’insuffisance des compétences disponibles. Des chiffres énormes ont été cités – je ne les reprends pas forcément à mon compte – selon lesquels il faudrait, pendant quinze ans, former un million et demi de jeunes aux compétences du numérique, pour toute l’Afrique ! Vous imaginez, si ce chiffre est exact, ce que cela représente en matière de formation et de ressources…

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