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BEAC : Les défis d’Abbas Mahamat Tolli

Le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale mise sur une embellie de la situation économique, monétaire et financière. Il devra cependant s’atteler à améliorer le bilan de la gestion des réserves de change et poursuivre les réformes.

N’Djaména, Geoffroy Touroumbaye

Suivant le principe de rotation par ordre alphabétique institué en 2010, le Tchadien Abbas Mahamat Tolli a été nommé à la tête de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) lors de la 27e session extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la CEMAC (Commu­nauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) tenue à Malabo (Guinée équato­riale) le 30 juillet 2016. Si la nomination du neveu du président tchadien Idriss Déby Itno avait été vue par certains comme un signe de népotisme, son CV parle en sa faveur.

À 44 ans, il a déjà un parcours exceptionnel dans son pays et dans la sous-région : directeur des Douanes et droits indirects, direction du Cabinet civil du président de la République, ministre des Finances (2005-2008), ministre des Infrastructures et des équipements, secré­taire général de la Commission bancaire de l’Afrique centrale, et président de la BDEAC (Banque de développement des États de l’Afrique centrale).

Alors qu’Abbas Mahamat Tolli prenait officiellement les rênes de la BEAC, le 31 mars 2017, les pays de la sous-région, pour la plupart exportateurs de pétrole, étaient dure­ment frappés par la chute du prix du baril. Aujourd’hui, rien n’a véritablement changé. La croissance de la CEMAC, en termes réels, a été faible en 2017, après un tassement de 0,2 % en 2016, a révélé le gouverneur. Le Cameroun, leader de la zone, affiche une croissance solide, 5,6 % en 2016 et 5,7 % en 2017.

Le Tchad a mis fin à la récession (-3,5 % en 2016) pour afficher une croissance néga­tive de seulement 0,3 % en 2017. Le redresse­ment devrait se confirmer, selon les perspec­tives économiques publiées début janvier par la Banque mondiale, à 4,7 % en 2018 et à 6,3 % en 2019. La Banque mondiale prévoit pour le Gabon une croissance soutenue : après 3,2 % en 2016 et 3,8 % en 2017, elle s’attend à 4 % en 2018 puis 2019. Croissance ralentie, pour le Congo respectivement 4,6 % en 2016, 4,3 % en 2017, et 3,7 % les deux années suivantes.

En proie à une crise économique, la Guinée équatoriale pourrait s’enfoncer dans la récession : (-5,7 % en 2016 et en 2017, -6,6 % en 2018 et en 2019). Enfin, la Banque mondiale ne publie pas de statistiques concer­nant la République centrafricaine.

Des mesures de redressement

« En 2018, nous n’allons pas sortir de la zone de turbulences, mais les perspectives économiques sont globalement favorables. Cela va se matérialiser par une accélération de la croissance, autour de 3 %. Il y aura une stabi­lisation du déficit budgétaire, autour de 3 % également », a déclaré Abbas Mahamat Tolli, à l’issue de la quatrième réunion ordinaire du Comité de politique monétaire de la BEAC, tenue le 19 décembre, à Yaoundé.

Si, au cours de l’année 2017, le taux de couverture extérieure de la monnaie est de 60 %, grâce notamment aux décaissements extérieurs, ce taux sera de 66 % en 2018. Les réserves de devises pour les importations des biens et services se situeraient à 3,1 mois, contre 2,1 mois en 2017.

Ces perspectives économiques s’ex­pliquent par une amorce des équilibres macroéconomiques grâce à la mise en oeuvre des programmes avec le FMI dans quatre des six pays de la sous-région : Cameroun, Gabon, Tchad, Centrafrique. Le Congo et la Guinée équatoriale sont toujours en négocia­tion avec le FMI. « Si les six pays membres de la CEMAC avaient adhéré au programme avec le FMI, la situation aurait été plus reluisante », lâche Abbas Mahamat Tolli, qui ne cesse de leur conseiller de diversifier leurs économies, en valorisant les productions locales afin de préserver les devises.

Les évolutions à venir seraient le résultat, entre autres, des mesures de resserrement de la politique monétaire engagées depuis le mois de mars 2017 visant à réduire le volume de la liquidité de Banque centrale pour atté­nuer la pression sur les réserves de change. En effet, le principal taux de refinancement de la BEAC a été relevé de 50 points de base en mars 2017 à 2,95 %, tandis que les objectifs de refinancement ont globalement été légère­ment diminués.

En rapport avec les besoins de liqui­dité, les concours de la BEAC au système bancaire ont enregistré une forte augmen­tation, s’élevant à 548,6 milliards de F.CFA (836,3 millions d’euros) à fin septembre 2017 (dont 481,6 milliards au titre des interven­tions ordinaires et 67 milliards en refinance­ment des crédits d’investissements produc­tifs) contre 438,2 milliards un an auparavant.

Sur le marché des titres publics, les émissions lancées ont permis aux États de lever 650 milliards de F.CFA (991 millions d’euros) au cours des dix premiers mois de 2017 contre 991 milliards en 2016. Avec la suppression définitive du financement direct des États par la Banque centrale, décidée par le conseil d’administration de la BEAC lors de sa session du 5 août 2017, ce marché se présente désormais comme la seule source de mobilisation de l’épargne pour la couver­ture des besoins de financements publics. Si le système financier de la CEMAC demeure globalement solide, les signes de vulnérabilité sont apparus, face aux perspectives écono­miques encore fragiles, et constituent d’impor­tants défis pour la Cobac et la BEAC.

Les réformes se poursuivront

En matière de gestion des réserves de change, l’évolution enregistrée à partir du second semestre 2017 a montré des signes encourageants. En effet, le taux de couverture extérieure de la monnaie est passé de 53,9 % au 30 juin 2017 à 58,6 % au 31 août 2017, puis à 58,9 % au 30 septembre 2017. Ce retourne­ment de tendance résulte de l’effet conjugué du resserrement de la politique monétaire engagé depuis le mois de mars 2017, des décaissements opérés au profit des États sous-programme avec le FMI, de l’application des mesures d’ajustement effectuées dans chaque pays, des contrôles renforcés sur les transferts sortants et la position extérieure des établis­sements de crédit, et de l’application plus stricte des dispositions conventionnelles sur le rapatriement effectif des recettes d’expor­tations. S’agissant de la situation comptable de la Banque, le résultat net estimé pour les neuf premiers mois de l’année 2017 s’établis­sait à 89,5 milliards contre 197,2 milliards un an plus tôt.

En 2018, l’un des grands chantiers d’Ab­bas Mahamat Tolli est de poursuivre les réformes de son institution. Afin de contri­buer au redressement économique et finan­cier de la sous-région dans un contexte de déséquilibres macroéconomiques importants et de forte baisse des réserves de change résul­tant de la chute des cours du pétrole, la BEAC a adopté, au cours de l’année 2017, une série de mesures visant à améliorer la gouvernance et le fonctionnement de la Banque, la gestion des réserves de changes, l’efficacité de la poli­tique monétaire, l’intégration financière, le référentiel comptable, et la surveillance du système financier.

D’autres améliorations sont également attendues de la réalisation du Plan Stratégique de la Banque (PSB) 2017-2020 dont le proces­sus lancé en mars 2017 a permis d’élaborer, sur la base des enseignements tirés de l’état des lieux du fonctionnement de la BEAC, une stratégie centrée autour d’une trentaine de projets structurants. « L’adoption du projet du Plan stratégique par les organes de décision et de contrôle de la Banque (comité d’audit, conseil d’administration et comité ministé­riel) permettra de consolider les acquis des dix dernières années et d’achever la modernisa­tion de la BEAC en la dotant des procédures, outils et moyens nécessaires pour accomplir efficacement ses missions d’institut d’émission moderne et répondant aux standards interna­tionaux », a-t-il expliqué.

Comme solution au problème des liqui­dités d’urgence dont les banques ont besoin, le Comité de politique monétaire de la BEAC vient d’adopter la décision portant cadre général dudit dispositif, pour permettre aux établissements de crédit jugés solvables, de faire face aux tensions temporaires de liqui­dité pouvant affecter la stabilité financière.

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