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Au coeur des stratégies régionales

Un des défauts majeurs des Bourses africaines, aux yeux des grands investisseurs internationaux, réside dans leur faible liquidité ainsi que dans les entraves à la circulation des capitaux (autorisation, contrôle des changes, etc.). Les Bourses sont de ce fait relativement déconnectées des risques géopolitiques. Pourtant, ces dernières années, les marchés financiers africains sont devenus une source majeure de financement de l’économie. En 2014, par exemple, il s’est échangé pour plus de 400 millions $ sur la BRVM, contre seulement 171 millions en 2009. Au Nigeria, la recapitalisation du secteur bancaire entre 2005 et 2008 a attiré plus de 4 milliards $ d’appel public à l’épargne (marché primaire), provenant essentiellement d’investisseurs locaux. La bonne performance boursière des sociétés nouvellement introduites a eu un effet boule de neige et sucité de nouvelles introduction : plus de 8 milliards $ pour le seul Nigeria entre 2007 et 2009. Les investisseurs sont en majorité locaux, mais également étrangers : en provenance d’Afrique du Sud, mais aussi anglo-saxons (fonds de pension américains ou hedge funds). 

Les entreprises africaines vont chercher les investisseurs en dehors du continent, et ont de plus en plus recours aux doubles cotations : sur plusieurs bourses africaines, voire sur une Bourse africaine et sur une place développée hors continent, telle celle de Londres. Avec la cotation nouvelle d’Edita Food Industries au LSE, Londres représenterait, nous dit-on, le premier marché financier des entreprises africaines, devant le Johannesburg Stock Exchange qui au 2 avril 2015, totalisait une capitalisation de 380 milliards $. 

Cette affirmation semble surévaluer l’activité africaine de la place de Londres. Stricto sensu, et selon les statistiques publiées par le LSE, tous marchés confondus, la capitalisation boursière des compagnies opérant en Afrique atteint 17,2 milliards $ à fin mars 2015. Sur le compartiment dédié aux entreprises innovantes (AIM), le LSE recense 73 entreprises africaines (sur un total de 1 008 entreprises cotées), avec une capitalisation boursière de 3,75 milliards $. Même si une petite part a effectivement levé des fonds sur le LSE, ce dernier mène une stratégie très active de partenariat et de promotion de la double cotation auprès des bourses africaines, davantage pour apporter une plus grande visibilité aux entreprises concernées, plus rarement des financements. 

Cette situation émane d’une stratégie des dirigeants du marché financier anglais tournée vers l’Afrique. Traditionnellement place de choix pour les minières opérant en Afrique, Londres a en outre plusieurs partenariats avec des places financières africaines, avec une double cotation : Johannesburg Stock Exchange, Nairobi Securities Exchange, Nigerian Stock Exchange, Bourse de Casablanca, Egyptian Exchange et, plus récemment, avec la Bourse de Tunisie. 

Avec la montée spectaculaire de l’intérêt de l’Afrique ces dernières années, de plus en plus d’investisseurs, individuels comme institutionnels, opérant à Londres, marquent leur intérêt pour les entreprises africaines, au-delà des seules matières premières : la grande distribution ou les services financiers. En outre, Londres cherche à développer le modèle (et les outils) de la finance à l’anglo-saxonne, versus le modèle français. Pour Éric Bertrand, d’Euronext, « le LSE et le Nasdaq proposent des plateformes pour les commodities spot à des prix extrêmement attractifs pour prendre pied sur le marché et vendre ensuite des plateformes actions et obligations. Aujourd’hui, ces produits sont traités sur les Bourses occidentales et certaines places financières africaines voudraient voir ces activités traitées sur le continent ». En 2014, le JSE avait également manifesté son intention d’accueillir lui aussi les entreprises africaines. Mais la même année la place financière de Londres offrait davantage de capacités et de potentiels d’accès au marché du crédit. 

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