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Attijariwafa en tête dans l’Afrique

Cela suppose une « révolution culturelle » pour aborder cette autre partie du continent… 

Oui, une révolution culturelle et mentale. Notre credo : « Donnez-moi une femme, donnez-moi un homme et je vous donne un projet. » Ce sont les équipes qui portent les projets. Sans elles, on ne pourra pas conduire un axe de développement. Pour entamer cette deuxième partie de la feuille de route, nous avons dû travailler sur les ressources humaines. Pour aller dans de nouveaux pays, qui, effectivement, ont une culture différente que celle de l’Afrique francophone.

Mais la particularité de notre modèle est que nous faisons confiance aux compétences locales. Sur 5 700 personnes travaillant dans nos filiales africaines, dans 13 pays, il n’y a que 23 Marocains ! Ces derniers vont d’ailleurs céder progressivement la place aux compétences locales. C’est notre voeu ! Dans les pays nouveaux, au sein desquels nous allons investir, nous comptons aussi recourir aux compétences locales, selon le système de gouvernance et les standards d’Attijariwafa bank. 

Cette expansion suppose d’importants capitaux. De quelle manière les trouvez-vous ? 

C’est une question très pertinente ! Les fonds propres et les ressources sont rares. Il faut les allouer de manière parcimonieuse. Et les protéger. Cela relève d’une stratégie de groupe. Nous avons une politique d’allocation de ressources de fonds propres pays par pays et actif par actif. Comme je le disais : au Maroc, nous avons la chance – et c’est ce qui a permis au secteur bancaire marocain de se développer sur des bases solides – que notre régulateur, la Banque centrale, ait adopté les exigences de Bâle I, puis Bâle II, et bientôt Bâle III : le secteur bancaire marocain respecte les normes internationales les plus exigeantes ! 

Toute la première étape que je viens de vous décrire – les 13 pays au sein desquels nous avons investi – a été financée essentiellement par autofinancement, grâce au cash-flow généré. Nous n’avons procédé qu’à une seule augmentation de capital, de 2 milliards de dirhams, réservée aux salariés du groupe. Les salariés sont ainsi devenus actionnaires à hauteur de 5 % du capital de la banque. C’est l’un des niveaux les plus importants – à mon sens le plus important – à l’échelon africain, des sociétés cotées en Bourse. 

Nous sommes cotés à la Bourse de Casablanca et les investisseurs demandent justement du papier Attijariwafa bank. Si nous procédons à de grosses opérations, nous pourrons nous adresser au marché financier pour lever du capital. 

Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon, etc., sont engagés dans de grands plans pour l’émergence. Êtes-vous impliqués dans ces grands projets ? 

Vous savez qu’Attijariwafa bank, en Afrique de l’Ouest, est aujourd’hui, et de loin, le premier opérateur bancaire en francs CFA, en total d’actif. Quand vous avez cette taille, vous ne pouvez pas vous permettre de ne pas participer au financement des projets de développement des pays de cette région. Parce que nous sommes le principal collecteur de l’épargne locale. Nous devons donc assumer notre responsabilité d’intermédiaire bancaire. 

C’est-à-dire que vous transformez l’épargne en investissements… 

D’abord, en Afrique de l’Ouest, nous sommes le premier intervenant en bons du Trésor. Nous avons une position de leader dans les interventions pour financer les États de cette région. Au-delà du financement des opérateurs économiques et des ménages, nous finançons les États sur des projets, notamment dans le cadre de concessions de PPP ou de project finance.

C’est pourquoi nous sommes impliqués dans le financement de centrales électriques, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali. Nous sommes présents dans le financement des extensions d’aéroports, comme par exemple celui de Bamako. Nous sommes aujourd’hui mandatés par la Côte d’Ivoire pour conseiller et sécuriser les programmes du financement autoroutier, de 1 500 km. Dans ce dossier, nous recourons aux compétences d’Autoroutes du Maroc, une société extrêmement compétente en la matière. Ces exemples montrent que nous participons activement, pays par pays, en accompagnant le développement de ces pays. 

Vous êtes présent dans la banque, l’assurance, le crédit à la consommation, vous agissez aussi en tant que banque d’affaires… N’y a-t-il là pas un facteur de dispersion et un problème de cohérence ? 

Il n’y a pas de dispersion du point de vue du client ! Au-delà du financement de ses besoins de trésorerie et de ses projets d’investissement, un client a besoin souvent de conseils, par exemple pour acquérir une autre société, ou pour s’introduire en Bourse, ou pour couvrir les risques de change ou encore pour acheter des machines en leasing, etc. Pour fidéliser chaque client, pour pérenniser la relation, un groupe bancaire intégré lui offre toute la palette de services. Il n’y a pas de dispersion ! 

Au contraire, nous développons notre cohérence, et les synergies suivent ; c’est cette construction d’un groupe bancaire et financier intégré, qui a démontré ses preuves au Maroc, que nous sommes en train de constituer, progressivement, dans les pays où nous sommes installés. Ce modèle a pris corps en Tunisie, où Attijari possède une filiale de leasing, une autre de banque d’affaires, une filiale de gestion d’actifs, une société d’intermédiation boursière et même une filiale d’assurance-vie ! Tout ce travail confirme que ce modèle intégré répond aux besoins de cette clientèle, devenue très exigeante. 

Attijariwafa Bank, en Afrique de l’Ouest, est aujourd’hui, et de loin, le premier opérateur bancaire en francs CFA, en total d’actif.

Le levier de croissance en Afrique reste l’entreprise. Quelle est dans votre stratégie, la priorité donnée entre le segment des particuliers et celui de l’entreprise ? 

Nous sommes une banque universelle. Cela veut dire que nous avons une stratégie globale qui couvre tous les segments de clientèle. Nous allons des ménages à faibles revenus jusqu’à la gestion de patrimoine pour la clientèle fortunée. 

Avec ce Forum que vous organisez, vous semblez développer une culture de l’influence, et aussi, une culture bancaire, financière et même économique sur l’Afrique… 

Nous avons eu cette idée du Forum Afrique Développement, il y a cinq ans. Elle s’est inspirée des discours du roi Mohamed VI. Depuis son intronisation, il n’a pas cessé d’interpeller le secteur privé marocain, l’appelant à s’engager en Afrique. Il s’est forgé un credo sur l’axe coopération Sud-Sud. Il y est revenu à plusieurs reprises. Forts de ces messages politiques à l’égard du secteur privé marocain, nous avons donc saisi l’occasion du lancement de nos stratégies à l’international. Il fallait qu’un groupe privé comme le nôtre donne l’exemple. Nous nous sommes dit que nous avions un rôle à jouer, que nous devions répondre à l’appel de Sa Majesté, en allant à la conquête du marché africain. Ensuite, nous nous sommes demandé comment renforcer la coopération Sud-Sud. 

Nous avons fait le tour de la question et écouté les remarques de nos clients à vrai dire les meilleures idées nous viennent de nos clients ! Par exemple on a pu nous dire : « Nous avons des problèmes de connectivité, des problèmes de transport aérien, on ne sait pas ce qui se passe chez vous, au Maroc, moi, je suis au Sénégal ou au Gabon, etc. » Nous nous sommes dits : voilà une opportunité de créer une plateforme, qui pendant deux jours, va réunir dans un endroit précis, facile à rejoindre par les airs, qui dispose de l’hôtellerie et des salles de conférences nécessaires, pour organiser un espace d’échanges et de dialogue entre opérateurs économiques et politiques, pour traiter de manière pragmatique les problèmes de l’intégration Sud-Sud. Nous avons donc créé le Forum Afrique Développement. Et sincèrement, nous ne nous attendions pas à un tel succès dès la première édition ! 

Quand on regarde la cartographie bancaire du Maroc en Afrique, on observe une offre multiple : BMCE, Banque populaire, etc. Comment cette concurrence est-elle vécue ? Y a-t-il une convergence ou chacun demeure dans son pré carré ? 

Je salue sincèrement ce que réalisent nos confrères – le groupe BMCE et le groupe BCP, etc … au plan de leur développement en Afrique. Nous nous respectons mutuellement. Mais quand il s’agit de business, alors là, le combat est fort ! Je peux vous assurer que chacun défend ses intérêts… dans l’intérêt des opérateurs économiques africains. La concurrence est là, elle est vive…

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