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Atteindre les sommets

Avec un taux de bancarisation inférieur à 5 %, le marché bancaire mauritanien reste encore à conquérir. Pour cela, les banques de la place développement des produits plus adaptés à leur population. La BMCI, pour sa part, tente ainsi de combler le déficit de son portefeuille de clients professionnels : « Nous essayons de bancariser beaucoup de PME qui sont dans le secteur informel. Nous sommes en croissance de ce côté-là. Nous faisons également la même chose pour le secteur privé. Nous leur présentons les avantages de travailler avec le système bancaire. Nous leur offrons des garanties, nous leur apportons une sécurité et du sérieux. Pour ceux qui font de l’import-export, nous leur accordons des crédits documentaires. Nous sommes dans une démarche proactive. Nous avons mis en place des outils de prospection, de commercialisation des nouveaux produits. Par ailleurs, nous allons chercher les entreprises publiques pour la bancarisation de leurs salariés. » 

Dans un pays peuplé à 99,9 % de musulmans, les produits « charia compatibles », souvent destinées à une population peu ou pas bancarisée, pourraient s’avérer un outil efficace de persuasion pour les rétifs au système bancaire Moulay Abbas l’a bien compris et sa stratégie s’avère payante : « Nous avons développé le département de produits islamiques. Cela nous a aidés à pénétrer le marché des commerçants du secteur informel. Ainsi, nous avons bancarisé beaucoup de détaillants qui n’avaient pas de compte bancaire et qui refusaient de travailler avec les banques pour des raisons religieuses. Maintenant nous leur offrons des financements en mourabaha et en moucharaka, pour réaliser leurs opérations commerciales. » 

Pour les quelque 20 000 Mauritaniens vivant en France, la BMCI propose également des produits dédiés, en partenariat avec la Banque of Africa. « Nous avons déjà commencé en septembre 2014 une campagne de sensibilisation sur Paris et serons bientôt à Marseille. Nous avons déjà 500 comptes ouverts. Notre objectif est d’attendre les 2 000 à 3 000 comptes de Mauritaniens résident à l’étranger. Nous leur garantissons le transfert de fonds entre la France et la Mauritanie. Nous leur proposons le minium de frais de fonctionnement et des frais de transfert quasi nul. » 

Au-delà de ses activités à la tête de la BMCI, Moulay Abbas a occupé, un temps, la tête de la fédération mauritanienne de football. L’expérience n’a pas eu le succès qu’il aurait souhaité. « Quand j’ai lancé le Challenge Sidi Mohamed Abbas de football, j’espérais qu’au bout de trois à quatre ans lorsque le succès serait-là, il pourrait être autonome et se financer tout seul. Nous n’avons pas réussi », reconnaît le dirigeant qui reconnaît avoir « passé trois belles années à la tête de la fédération de football » avant de vivre une quatrième année « en demi-teinte ». 

Il en conclut que « pour aider au développement de la jeunesse, il y a d’autres moyens ». Dans cette optique, il crée en 2010, la fondation Sidi Mohamed Abbas, du nom de son père. Cette structure finance de petits projets à travers du microcrédit à taux zéro. « Nous avons voulu créer un système d’assistance aux porteurs. Nous leur assurons de petites formations en comptabilité en management, en fiscalité. La directrice est une ancienne collaboratrice de la banque. Nous avons un petit budget de 100 000 euros par an. Avec 9,5 % de taux de remboursement, nous avons les moyens de s’autofinancer. » 

À 39 ans, Moulay Abbas a adopté un mode de management participatif. D’ailleurs, il aime à citer la phrase de John Fitzgerald Kennedy : « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs. » Aussi, sa manière de diriger est basée sur « la délégation ». Notre homme aime se lancer des défis personnels. En plus de participer à de nombreux marathons à travers le monde – Berlin, New York, Tokyo, Paris – il se prépare pour l’ascension de l’Everest ! Pour pouvoir se consacrer à ses exploits, il laisse les rênes à son bras droit, Mohamed Ould Sidi. « J’ai confiance en mes équipes et dans l’esprit de leadership. Je pars pour l’Everest durant deux mois, et je ne serai plus aussi facilement joignable. Aussi, nous avons instauré un système de gouvernance collective, autour d’une équipe de direction très compétente. Je travaille depuis 16 ans avec Mohamed Ould Sidi, aujourd’hui directeur général adjoint. Nous sommes sur la même longueur d’onde, nous avons la même vision du développement de la banque, je sais que je peux m’absenter en lui laissant la barre du navire. » Pour l’avenir de cette banque, héritage familial, il songe déjà à la relève et a déjà choisi son successeur « Je suis célibataire et sans enfant, j’ai 26 neveux et nièces que j’adore. Je pense que mon successeur sera le fils de mon petit frère Moulay Driss, qui n’a encore que trois ans ! Il a le choix, c’est banquier ou banquier ! Nous allons faire germer l’idée dans sa tête. Il faudra bien qu’un d’entre nous se sacrifie pour la famille… » 

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