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Architectes en quête de reconnaissance

Le développement des infrastructures, engagé dans le cadre du Sommet extraordinaire des chefs d’État de l’Union africaine, prévu en juillet 2019 à Niamey, lance de nouveaux défis pour les architectes du Niger.

Niamey, Sani Aboubacar 

Rénovation de l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey, construction de la voie express menant de l’aéroport au centre-ville, construction de plusieurs complexes hôteliers de grand standing, construction de centres de conférence et aménagement des espaces publics, sont, entre autres, les projets qui changent le visage de la capitale du Niger.

« Incontestablement, Niamey bouge, Niamey change de visage et se modernise », se réjouit le président de la République Issoufou Mahamadou, selon qui « il s’agit pour nous de faire en sorte que Niamey soit parmi les capitales au monde où il fait bon vivre ». 

Le développement de ces projets en cours et de ceux à venir, et l’urbanisation rapide et désordonnée que connaît la capitale nigérienne, font de l’architecture une donnée fondamentale.

La profession est très bien réglementée ; les constructeurs sont tenus de passer par un architecte, pour tout projet supérieur à 20 millions de F.CFA. Mais les règles sont souvent contournées et les professionnels se battent pour faire mieux connaître leur métier. 

Pour l’essentiel, les infrastructures réalisées à l’occasion du Sommet extraordinaire de l’UA et les grands chantiers en cours, engagés dans le cadre du Programme de renaissance acte II du président de la République, sont majoritairement détenus par des entreprises indiennes, turques, françaises et chinoises.

« Les entreprises étrangères viennent avec toutes leurs équipes, avec leur plan, leurs architectes, leurs ingénieurs, bref tout ce qu’il leur faut », constate Baré Selly Bolho, présidente du Conseil de l’ordre des architectes du Niger. 

« Une situation embarrassante » pour l’Ordre des architectes, qui a rencontré le président de la République, afin de plaider leur cause. « Nous souhaiterions être aussi associés pour disposer d’entreprises compétitives sur le plan de la réalisation d’infrastructures et d’ingénierie, pour que nous nous défendions mieux sur notre terrain, et puissions même exporter nos compétences », a déclaré Moutari Dambaba, vice-président du Conseil de l’ordre, qui s’est réjoui d’avoir trouvé « une oreille attentive auprès du président de la République », lequel aurait promis d’« apporter très rapidement des solutions ».

Le respect des textes 

Plusieurs arguments sont avancés pour expliquer l’absence des architectes nigériens dans la réalisation des grands projets, notamment le financement qui privilégie le système des partenariats public-privé.

Les entreprises viennent avec leurs projets et des possibilités de financement, et l’État du Niger leur accorde des facilités d’investissement. « Même s’ils ne nous confient pas des travaux, qu’ils nous associent au moins pour que nous puissions acquérir de l’expérience », plaide Baré Selly Bolho qui appelle au respect des textes régissant la profession d’architecte.

Lesquels prévoient d’impliquer les architectes nigériens à 50 %. « Nous ne quémandons rien, juste le respect de nos textes », insiste-t-elle. Il reste que le manque d’expérience joue également en défaveur des locaux. Jusqu’à une époque récente, les plans des bâtiments sollicités par les clients et conçus par les architectes ne dépassent guère deux à trois étages. 

Toutefois, la sauvegarde de l’architecture traditionnelle, très maîtrisée par les professionnels nigériens, peut constituer un levier sur lequel il faut s’appuyer. « On fait de très belles choses avec des matériels locaux et les bâtiments sont confortables », explique la présidente du Conseil de l’ordre des architectes.

Sauf que là aussi, des difficultés persistent. « Nous n’arrivons pas à capter les clients parce qu’ils n’ont pas trop confiance dans les matériaux traditionnels. Ils préfèrent le béton, alors que la différence de prix n’est pas élevée », souligne-t-elle, tout en reconnaissant que la profession d’architecte mérite d’être mieux connue et appréciée. 

Le Niger dispose de 116 architectes repartis dans 46 bureaux ou agences d’architectures essentiellement basés à Niamey. Un seul cabinet a une représentation à Zinder (deuxième ville du Niger). Institué par la loi 097/017 du 20 juin 1997 et promulguée en 1998, l’Ordre des architectes regroupe tous les professionnels exerçant leur activité au Niger. 

Une profession inaccessible ? 

De par cette loi, le recours à l’architecte est obligatoire pour tout bâtiment dont la surface dépasse 120 m2. Jusqu’à un investissement de 20 millions de F.CFA (30 500 euros), un constructeur peut se passer d’un architecte, mais il doit y recourir au-delà de ce montant.

« Malheureusement, la mise en oeuvre de ces textes est loin d’être effective », constate la jeune architecte Rakiétou Mamadou Ouattara, qui relève que la majorité des constructions se déroule sans conception préalable ni plans d’exécutions. La profession cumule alors les préjugés et « les gens pensent que nous sommes inaccessibles ». 

« Le plus souvent, les tâches de conception, d’élaboration et de construction, sont confiées aux maçons, parfois aux ingénieurs civils, alors qu’ils ne sont pas qualifiés pour cela. L’architecte conçoit le bâtiment qu’il remet à l’ingénieur pour faire le calcul des structures afin que le bâtiment tienne », explique Rakiétou Mamadou Ouattara.

Cette confusion des rôles fait que «le savoir-faire nécessaire à la réalisation d’ouvrages conformes à la réglementation est ignoré, ce qui entraîne couramment des sinistres dont les conséquences humaines et financières peuvent être lourdes ». Or, l’expérience montre que quand on passe par un architecte, « on est gagnant, car du fait du contrôle, les dosages sont bien faits », vante le président du Conseil de l’ordre. 

Ainsi, l’organisation par l’Ordre des architectes, en décembre 2018, de la première édition de la Grande rencontre nationale des architectes du Niger (Grena 2018) va dans ce sens.

L’objectif de cette rencontre, au cours de laquelle les architectes ont dévoilé leur savoir-faire à travers des expositions, conférences et conseils gratuits, « est de faire connaître la profession, mais aussi la nécessité de passer par un architecte ». Un coup de communication « qui a porté ses fruits », s’est réjoui la présidente du Conseil de l’ordre.

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