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Alioune Sall pour le développement

Vous plaidez pour une forme d’alternative africaine au libéralisme ?

Je ne suis pas sûr que le libéralisme soit la solution ! Pas si cela veut dire laisser le marché décider de tout. L’Asie et l’Amérique latine ne se sont développées qu’en étant hétérodoxes, c’est-à-dire en ayant des gouvernements orientés vers le développement et qui interve-naient, en envoyant des signaux aux marchés. Je pense que l’Afrique ne pourra se développer qu’avec des États forts. Légitimes et forts.

Vous dites que seuls quelques pays connaîtront une véritable émergence dans les 20 prochaines années. Lesquels ?

Un pays comme l’Afrique du Sud est susceptible d’émerger. Ce n’est pas un hasard s’il fait déjà, aujourd’hui, partie des BRICS. Maurice est en train d’émerger, de même que le Cap Vert au cadre macroéconomique favorable. Il en va de même pour le Botswana, même si sa dépendance au diamant représente un risque. Il demeure quatre ou cinq pays, en Afrique subsaharienne et peut-être deux ou trois en Afrique du Nord susceptibles d’émerger. Auront-ils la capacité d’entraîner le reste du continent ? Cela reste à voir. Et là, l’hypothèque politique, liée au risque sécuritaire ou à l’instabilité du pouvoir, est réelle. Quand on voit ce qui se passe au Kenya par rapport à l’Afrique de l’Est, quand on voit la situation du Nigeria au sein de l’Afrique de l’Ouest, on se demande si ces pays peuvent jouer le rôle de locomotive pour leur sous-région.

Beaucoup de pays africains possèdent des matières premières, sans pour autant que leurs populations ne bénéficient de leur exploitation…

Sans nul doute, il faut que les fruits de la croissance soient mieux gérés, qu’ils permettent une plus grande égalité et une plus grande équité. Il faut investir ces fruits dans ce qu’il y a de plus durable : pas dans les matières premières qui, par définition sont limitées, mais dans le capital humain de l’Afrique. Cela veut dire : améliorer l’éducation, la santé, les systèmes de protection sociale, donner du pouvoir aux femmes.

Comment ?

Il faut d’abord obtenir de meilleurs prix pour ces matières premières, et s’assurer que leur transformation s’effectue sur place. Il ne faut pas se contenter d’exporter une simple matière brute, il faut un processus qui permette de valoriser ces matières premières.

Quelles leçons l’Afrique peut-elle tirer des expériences latino- américaines ou asiatiques ?

Ce que j’en retiens, c’est qu’aucun des pays émergents d’Amérique latine ou d’Asie ne s’est développé en suivant les recommandations des institutions de Bretton Woods. Ces pays ont choisi d’être hétérodoxes. Il faut oser un développement alternatif. Le développe-ment, ce n’est pas la croissance ! Or nous avons jusqu’ici opté pour des politiques de croissance qui ne font pas le développement. Il y a un deuxième défi d’ordre communicationnel : il faut que cette vision d’avenir soit partagée par tous et non par une minorité. Il y a enfin un défi organisationnel. L’Afrique ne peut plus être simplement consommatrice d’idées et de modèles importés. Il faut que nous puissions agir dans la durée. Les changements structurels dont nous avons besoin pour modifier notre économie ne peuvent pas arriver du jour au lendemain. Il faut s’inscrire dans un temps long et éviter les bouleversements politiques. 

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