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Alioune Sall pour le développement

Économiste et politologue, Alioune Sall dirige l’Institut des futurs Africains, un groupe de réflexion basé à Pretoria. Il appelle de ses voeux à de nouvelles réformes structurelles en Afrique, afin que le continent profite mieux de ses ressources.

Vous avez élaboré des scénarios exploratoires pour représenter les économies africaines d’ici à 2035. Quel est le résultat de vos projections ?

L’avenir reste ouvert, l’Afrique est capable du meilleur comme du pire. À cet égard, nous avons travaillé sur divers scénarios. Le plus probable, en fin de compte, c’est que pour certains pays, l’émergence est envisageable. Mais, pour la plupart des pays, je crains fort que nous ne puissions pas aller au-delà d’une émergence très réduite, au fil de l’eau, avec encore une très forte dépendance aux matières premières, mais tirant un meilleur parti de leurs cours.

Pour quelles raisons ?

Elles sont trois. D’abord, il y a la nature de l’État africain. Il ne s’est pas encore totalement départi de ses tares congénitales : c’est un État autoritaire, faible à bien des égards, mais trop fort sur certains dossiers. La deuxième raison, c’est que nous n’avons pas encore assez investi dans les ressources humaines. Or, le capital humain est ce qu’il y a de plus précieux, lorsqu’on parle d’émergence. J’entends aussi par là le capital social, et nous accusons à ce sujet un certain retard. La troisième raison, c’est que les transformations structurelles dont nous avons besoin et qui définissent le développement ne sont pas encore au rendez-vous : malgré 20 années d’ajustements structurels, l’Afrique n’a pas encore réussi à changer les structures économiques. Nombre de pays sont encore trop dépendants d’un seul produit, trop dépen-dants du binôme endettement-dette publique pour financer leur développement, parce que l’épargne locale est insuffisante. De ce fait, les rapports entre les secteurs primaire, secondaire et tertiaire sont restés inchangés dans la plupart des pays africains.

« Nous devons acquérir la souveraineté monétaire dont nous sommes privés aujourd’hui » 

Quelles sont alors les politiques publiques les plus urgentes à décider ?

Il nous faut d’abord des politiques fiscales et des politiques monétaires plus osées, surtout pour les pays ayant en commun le franc CFA. Il faut oser rompre le cordon ombilical qui nous lie à la France et à l’Europe ! Nous devons acquérir la souveraineté monétaire dont nous sommes privés aujourd’hui. Cela passe par une dévaluation qui ne nous serait pas imposée, mais qui serait gérée par nous, les Africains, et qui nous permettrait de faire de la monnaie un instrument de souveraineté. Il nous faut aussi des politiques d’inves-tissements publics plus importantes.

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