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Algérie, le rapport de la discorde

La photographie de la Banque mondiale sur la situation de l’Algérie n’est pas du goût de l’agence officielle APS. Pourtant, le document, plutôt mesuré, se borne à analyser les risques, et à encourager le pays dans sa transition vers la fin du tout hydrocarbures.

Par Laurent Soucaille

Un rapport qui appuie là où cela fait mal, ou une analyse mensongère téléguidée par on ne sait qui ? Le Rapport d’Automne de la Banque mondiale (BM), publié fin décembre 2021, s’attire les foudres de certaines autorités politiques et algériennes, qui vont jusqu’à crier au complot. Propos relayés par l’officielle APS (Agence de presse service), qui n’hésite pas à parler de « tentative de déstabilisation » orchestrée par « des parties connues pour leur hostilité à l’Algérie ».

En Algérie, les inondations représentent le risque le plus fréquent, mais ce sont les tremblements de terre qui ont causé les plus grandes pertes économiques. La BM salue le cadre juridique qui entoure la gestion des risques de catastrophe, et les « sérieux efforts » entrepris par le pays pour protéger les infrastructures et secteurs essentiels.

Sans précisions sur ces mystérieuses « parties connues ». En particulier, l’agence s’indigne que la Banque mondiale analyse les conséquences économiques d’un éventuel tremblement de terre dans les grandes villes et trouve en Algérie « une supposée pauvreté ». Non sans donner un coup de pied de l’âne au Maroc, « l’adresse de la pauvreté dans la région », ce qui n’a pas été noté par l’institution de Washington.

Plus mesurée, la presse économique signale que le rapport contient aussi des aspects positifs et qu’il encourage le pays à poursuivre les réformes engagées pour se rendre moins dépendant de la manne pétrolière. Plus mesuré aussi le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, qui appelle à « une lecture approfondie du rapport ».

Pour celui qui cumule le portefeuille des Finances « même si on n’est pas d’accord sur certaines données, ce rapport regorge d’indicateurs positifs ». Le gouvernement répondra prochainement à ces points positifs. Le Premier ministre s’est néanmoins publiquement étonné que des institutions internationales proches puissent se contredire en quelques mois, faisant allusion à un rapport plus positif publié par le FMI.

Que dit la Banque mondiale de si choquant ? D’abord, que l’Algérie profite d’un « répit temporaire », alors que les prix des hydrocarbures atteignent de nouveaux sommets et que la pression de la crise sanitaire s’apaise. Le plan d’actions du nouveau gouvernement s’inscrit « dans un contexte où les évolutions mondiales et sanitaires sont favorables ».

En parallèle, les cours mondiaux du pétrole et du gaz ont atteint des niveaux inédits depuis la crise pétrolière de 2014, favorisant une augmentation progressive des quotas de production de pétrole brut et un essor de la production et des exportations de gaz naturel. Que du bon pour le pays : l’envolée des recettes d’exportation d’hydrocarbures contribue à réduire nettement les besoins de financement extérieur, et permet de stabiliser à court terme les besoins croissants de financement domestique.

Une reprise incomplète

Grâce à la dépréciation continue du taux de change, à des politiques soutenues de compression des importations et à une amélioration des termes de l’échange, le déficit du compte courant se réduit et les réserves internationales se stabilisent.

Le déficit budgétaire global demeure élevé, juge toutefois la BM, mais la hausse des recettes pétrolières dans le budget compense la baisse des recettes fiscales et finance l’augmentation des dépenses courantes, le rebond de l’investissement public, ainsi que le coût du soutien à la caisse nationale des retraites. Sur le plan financier, le programme massif de rachats de créances des entreprises publiques allège la pression financière.

De plus, l’embellie risque de n’être que temporaire : la reprise dans le segment hors hydrocarbures s’essouffle et demeure « largement incomplète », tandis que les risques inflationnistes se concrétisent. La BM ne peut que constater la contraction du PIB hors hydrocarbures lors des deuxième et troisième trimestres. Ces derniers mois, la croissance du crédit au secteur privé est demeurée modeste, suggérant que les bilans des entreprises et des banques doivent encore se redresser, et que celles-ci restent prudentes.

Au plan social, l’accélération de l’inflation pénalise les ménages vulnérables. C’est pourquoi « en l’absence d’une mise en œuvre rapide de l’agenda de réformes, la reprise sera fragile et les soldes budgétaire et extérieur se détérioreront à moyen terme », prévient a BM.

Qui prévoit une hausse du PIB réel de 4,1% en 2021, avant un ralentissement progressif de croissance à moyen terme, le temps de la transition vers une économie moins dépendante du pétrole n’étant pas achevé. Si l’industrie pétrolière et gazière continue de fournir des devises, elle ne créera que peu d’emplois, compte tenu de sa forte intensité capitalistique.

Un pays face au risque de catastrophes naturelles

Au chapitre social dénoncé par l’agence APS, le rapport précise que la pauvreté a diminué en Algérie jusqu’en 2019, dans toutes les dimensions (éducation, santé, conditions de vie). Et nuance : « Si l’Algérie s’en sort relativement bien au sein de la région MENA, et malgré des améliorations notables, de grandes lacunes subsistent et la pauvreté multidimensionnelle varie considérablement d’une région à l’autre et entre les zones rurales et urbaines. » Le Nord et le Nord-Est sont confrontés à des niveaux de privation plus faibles qu’ailleurs, tandis que la région des Hauts Plateaux Centre affiche des niveaux plus élevés, la convergence étant très lente.

Enfin, la BM signale bien que l’Algérie est exposée à un large éventail d’aléas naturels, « notamment dans les zones urbaines qui enregistrent une croissance démographique rapide et concentrent une part considérable de l’activité économique ».

Les inondations représentent le risque le plus fréquent dans le pays, mais ce sont les tremblements de terre qui ont causé les plus grandes pertes économiques.

La BM salue le cadre juridique qui entoure la gestion des risques de catastrophe, et les « sérieux efforts » entrepris par le pays pour protéger les infrastructures et secteurs essentiels. L’institution regrette néanmoins que l’Algérie ait négligé la prévention et que le partage de l’information, dans la perspective d’une catastrophe naturelle, ne soit pas systématique. Et la BM d’appeler à un renforcement de la législation actuelle.

@LS

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