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Algérie : le Dinar attaqué… 

La monnaie algérienne atteint ses plus bas historiques sur les marchés de change officiel et parallèle. L’État a décidé de recourir à la planche à billets pour compenser le manque de liquidités, entraînant une flambée du cours des devises.

Alger, Samia Lokmane-Khelil

D’ordinaire, c’est plutôt pendant les vacances estivales, période très propice aux voyages à l’étranger, que la spécu­lation sur les devises fait rage. En 2017, la flambée s’est poursuivie les semaines suivantes avant de se stabiliser quelque peu. À mi-octobre, un euro s’échangeait contre 200 dinars sur le marché parallèle, pour un niveau officiel voisin de 135 dinars à la cote officielle. Des plus bas historiques. À l’origine, une forte demande en devises, accélérée par la peur de beaucoup d’Algériens de voir leur monnaie nationale s’effondrer.

Cette crainte entretenue depuis des mois par les déboires économiques du pays est montée d’un cran lorsque le nouveau Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a révélé que les caisses de l’État sont quasiment vides et qu’il faut désormais recourir à « la planche à billets » pour régler les salaires des fonctionnaires et les dettes des entreprises publiques. Conscient du tumulte qu’il avait créé, Ahmed Ouyahia a tenté de rassurer ses concitoyens en indi­quant dans l’exposé de sa politique générale devant le Parlement, que le dinar n’allait pas s’effondrer et que seule la rumeur uniquement faisait grimper les devises au marché noir.

Le spectre de l’hyperinflation

Pourtant, les experts financiers et des responsables politiques tirent la sonnette d’alarme. À les entendre la ruée sur l’euro est symptomatique d’un mal profond. Comme en témoigne la chute sur le marché officiel, qui fait foi lors des transactions commerciales avec l’étranger.

Devant les parlementaires, le Premier ministre a justifié la baisse de 30 % du dinar en trois ans par la chute des réserves de change. Cette analyse n’a pas convaincu tous les dépu­tés ; Nora Ouali, du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (parti d’opposition) estime ainsi que la baisse des réserves de change a « juste divulgué la gestion catastrophique des affaires du pays et son incapacité à lancer une économie alternative aux hydrocarbures malgré des ressources matérielles et humaines abondantes ». La parlementaire reproche à l’État d’avoir « parfaitement échoué » à tous les stades.

Partageant cet avis, l’économiste Ferhat Ait Ali craint à présent que la mise en route de la planche à billets n’aggrave la situation : « Quand on prête de l’argent au Trésor pour qu’il le dépense et que dans le même temps, la facture des importations continue de monter, nos garanties en devises pour la masse moné­taire émise diminuent. La dévaluation est dès lors automatique et technique. »

De son côté, l’ancien Premier ministre Ahmed Benbitour redoute une poussée de l’inflation, prévenant les Algériens d’une possible hyperinflation, dans les deux ans : « Le recours de l’État a l’augmentation de la masse monétaire à la place de l’endettement extérieur dévoile une autre réalité affligeante sur la situation économique du pays ; le gouver­nement sait qu’il ne trouvera pas de crédits sur le marché extérieur pour la simple raison qu’il n’a pas de garantie à fournir».

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