Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Uncategorized

Akinwumi Adesina, président de la BAD

Vous entrez dans votre troisième année en tant président de la BAD. Vous avez entrepris des réformes et fixé une feuille de route à travers les Cinq grandes priorités. Avez-vous trouvé le bon tempo pour mettre en ordre de bataille cette institution ?

Depuis ma prise de fonction, nous avons engagé des réformes audacieuses visant à affiner l’orienta­tion stratégique et la structure institu­tionnelle de la Banque afin de l’adapter à l’évolution de la situation pour lui permettre d’accomplir son mandat. Le processus de transformation que nous avons lancé en avril 2016 vise à rapprocher la BAD de ses clients et à améliorer l’efficacité opérationnelle.

Nous sommes persuadés que les Cinq grandes priorités sont les principaux accélérateurs du développement de l’Afrique. Selon une analyse récente du PNUD, leur mise en oeuvre permettrait aux pays africains de réaliser 90 % des objectifs de développement durable et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

La Banque affiche des résultats sans précédents. En 2016, les approba­tions de prêts ont atteint 10,6 milliards de dollars, un record dans son histoire. Quant aux décaissements, ils ont atteint 6,4 milliards $, autre chiffre record. Nous avons levé 10,5 milliards $ sur les marchés de capitaux pour financer nos activités, chiffre record dans l’histoire de la Banque, ce qui témoigne de la confiance placée en nous. En dépit d’un environnement économique difficile, nous avons préservé notre triple A. Nous avons créé cinq bureaux régionaux de développement des activités et de prestation de services afin d’accélérer le rythme de mise en oeuvre des activités pour nos clients.

Rien ne peut remplacer la présence sur le terrain, la proximité avec les pays, le secteur privé, toutes choses qui nous permettent d’être en mesure de mieux travailler avec d’autres partenaires et d’améliorer la qualité de nos opérations. Si vous voulez marquer des buts au football, vous ne restez pas sur votre partie du terrain, vous allez de l’avant et c’est ainsi que vous marquez !

Nous réformons nos processus internes, afin de faire plus, mieux et plus vite. À titre d’exemple, l’année dernière, nous avons réduit de 28 % le temps qui s’écoule entre l’approbation d’un prêt et son entrée en vigueur dans le pays.

De même, nous avons réduit de 17 % l’intervalle entre l’approbation et le décaissement des prêts. Autre résultat peut être plus significatif, le volume global des décaissements a augmenté de 55 % au cours de la même période.

Je salue le personnel de la Banque pour ses efforts héroïques qui ont permis que tous nos indicateurs de performance progressent dans la bonne direction. Aujourd’hui, la Banque africaine de développement affiche le coût adminis­tratif le plus bas ajusté aux fonds propres communs parmi toutes les banques multilatérales de développement dans le monde. Nous continuerons à aller vers une plus grande efficacité dans toutes nos activités.

Ce qui compte, ce sont les projets et la réalité du terrain… Quels sont, selon vous, les réajustements nécessaires pour plus d’efficacité de l’action de la BAD et pour renforcer ses moyens d’intervention ?

Nous accélérons l’impact de nos financements sur le terrain pour améliorer la qualité de vie des Africains. Au bout du compte, seuls les résultats enregistrés sur le terrain comptent. Et nous mesurons régulièrement l’impact de notre travail.

Qu’on en juge : en 2016, 3,3 millions d’Africains ont bénéficié de nouveaux raccordements au réseau d’électricité ; 5,7 millions ont bénéficié des améliorations apportées à l’agriculture ; 7 millions ont bénéficié d’un meilleur accès aux routes ; 156 000 petites entreprises jouissent désormais d’un accès aux services financiers et 9,3 millions de personnes bénéficient de l’accès à de meilleurs services de santé.

Le FAD connaît certaines difficultés pour son financement. Qu’est-ce qui explique cette conjoncture défavorable ?

Comme vous le savez, l’environnement économique mondial est difficile pour nous tous. Le financement du développement augmente lorsqu’il y a une forte croissance économique mondiale et diminue quand la croissance économique mondiale ralentit.

Bon nombre de pays donateurs sont confrontés à des défis majeurs, en particulier avec la lente reprise économique en Europe, la crise migratoire, le taux élevé du chômage et les autres problèmes sociaux et les défis liés à la sécurité. Certains pays donateurs sont repliés sur eux-mêmes et se retirent de leurs engagements internationaux. C’est ainsi que les fonds destinés en principe à l’aide publique au développement sont soit réduits, soit réorientés.

Le Fonds africain de développement (FAD) qui nous aide à soutenir les pays à faible revenu, à l’aide de prêt concessionnels, a enregistré une baisse de 13,2 % des contributions des donateurs du fait de cette situation. Bien sûr, la Banque africaine de développement n’est pas la seule touchée. Les contributions des donateurs à d’autres Banques multilatérales de développement ont également chuté, certaines à des niveaux encore plus bas que celui du FAD.

Je puis vous assurer que les actionnaires nous apportent un appui sans faille ! À mesure que la situation économique s’améliorera dans le monde, nous verrons des avancées dans ce sens. Nous voyons déjà certains pays ces dernières semaines augmenter leur niveau d’engagement. Récemment, j’ai reçu une lettre du gouvernement norvégien par laquelle la Norvège augmente sa contribution au financement de manière significa­tive, à 1,7 milliard de couronnes (177 millions d’euros) et déclare : « Nous saluons les progrès accomplis dans la mise en oeuvre du nouveau modèle de développement et de prestation de services de la Banque, et l’accent mis sur les Cinq grandes priorités de la Banque, et apprécions à sa juste valeur votre leadership vision­naire et éclairé. »

N’attendons pas seulement l’action des autres. Nous nous employons à mobiliser davantage de ressources intérieures en Afrique. C’est pourquoi nous soutenons les efforts visant à intégrer et à approfondir les marchés de capitaux en Afrique, y compris l’indice des obligations domestiques africaines et le lancement du Fonds d’obligations nationales africaines, doté de 200 millions $. Nous lançons également le Forum d’investissement en Afrique qui devra servir de plateforme de transaction pour tirer parti de l’épargne à long terme des investisseurs institutionnels, y compris les fonds de pension et les fonds souverains africains et mondiaux, pour le financement d’infrastructures porteuses de transformation et de grands projets d’investissement dans le secteur privé.

Vous avez exprimé votre souhait d’une nouvelle augmentation du capital de la BAD. Le moment est-il mûr pour une telle opération ?

L’Afrique accuse déjà un retard de développement. Aussi, tout ce qui concourt au développement du continent doit être accéléré. Nous devons créer de nombreux emplois pour les jeunes dont la population est en pleine croissance, mettre fin à la crise migratoire vers l’Europe, stimuler la croissance économique pour réduire la pauvreté et libérer le plein potentiel économique de l’Afrique.

J’ai mis en place un panel de haut niveau dirigé par l’ancien président de l’Allemagne, Horst Kohler, et l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, ainsi que plusieurs personnalités de renommée interna­tionale. Leur rapport intitulé Accélérer l’évolution de l’Afrique a relevé que la « réalisation des objectifs concrets énoncés dans le Top 5, en tant qu’ini­tiative stratégique, pourrait servir de modèle de réduction de la pauvreté et de croissance inclusive sur le continent. Ces objectifs peuvent contribuer à accélérer l’évolution de l’Afrique et à faire de ce continent un nouveau pôle de croissance économique. À notre avis, c’est le moins que nous puissions avoir comme ambition ».

Plus loin dans le rapport, on pouvait également lire ceci : « Les actionnaires de la Banque devraient appuyer les propositions visant à doter la Banque de moyens lui permettant d’intensifier son soutien financier aux pays membres. Cela nécessite une augmentation substantielle et rapide des ressources du FAD et du capital de la Banque. » Lors des assemblées annuelles, le Conseil des gouverneurs a demandé à la Banque d’accélérer ses actions portant sur les Cinq grandes priorités et a annoncé qu’il envisagerait, au moment opportun, une augmentation générale du capital. Il ne fait aucun doute pour moi que le moment est venu d’entamer ces discussions. Nous devons accélérer l’évolution de l’Afrique.

Justement, comment analysez-vous la situation de l’Afrique en 2017 ? L’impression qui se dégage est que la situation se dégrade : on déplore davantage de crises et de ralentisse­ments économiques, en raison de la baisse des prix des produits de base.

L’Afrique est résiliente et dynamique malgré le ralentissement observé l’an passé. La croissance du continent devrait atteindre 3,4 % en 2017, contre 2,2 %. Elle sera également supérieure à plus de 4 % en 2018. De nombreux facteurs expliquent cet optimisme : la reprise des prix des produits de base qui devrait se poursuivre pour le reste de 2017 et en 2018. L’évolution la plus remarquable est sans doute le fait que certaines des économies les plus performantes sont pauvres en ressources, voire enclavées, ce qui témoigne d’une transformation profonde du continent. La plupart des économies africaines de grande envergure – Nigeria, Angola, Égypte – devraient enregistrer une croissance plus forte en 2017, même si l’Afrique du Sud continue à faire face à des difficultés.

Permettez-moi de m’attarder sur la diversité qui caractérise la croissance des économies africaines. En 2016, 32 pays ont enregistré une croissance de l’ordre de 3 % à 5 %, dont douze ont affiché une croissance largement supérieure à 5 % ! La Côte d’Ivoire a enregistré un taux de croissance de 8,2 %, l’Éthiopie 8 %, la Tanzanie 7 %, le Sénégal 6,7 %, le Rwanda et le Kenya 6 %. Ces taux de croissance sont impressionnants.

Ces pays démontrent la résilience des économies africaines malgré les vents contraires défavorables. Étant principalement des économies non exportatrices de pétrole, ils mettent également en évidence la nécessité de diversifier les sources de la croissance dans les pays africains, y compris les mesures tendant à accroître la part du secteur manufacturier et à stimuler le commerce intrarégional ; augmenter la productivité agricole ; maintenir une bonne gestion macroéconomique et des réformes structurelles pour préserver la compétitivité à l’échelle internationale.

L’Afrique aussi est en train de réformer son environnement des affaires et ses cadres réglementaires, l’objectif étant de faire en sorte que ces taux de croissance donnent lieu à des volumes plus élevés d’investissements directs étrangers. L’Afrique représente 30 % des améliorations enregistrées dans l’environ­nement des affaires et les cadres réglementaires en 2015.

Cette année, 34 des 47 pays africains qui figurent dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale ont aussi affiché au moins une amélioration de l’environnement des affaires et du cadre régle­mentaire. Fait très important, l’Afrique subsaharienne se porte bien, puisqu’elle compte cinq des dix meilleures performances. L’Afrique bénéficie désormais d’une hausse des investissements directs étrangers, qui devraient dépasser 57 milliards $ par an, contre 10 milliards $ en 2000.

L’avenir semble prometteur pour l’Afrique. L’inflation moyenne devrait passer sous la barre des 10 % ; les termes de l’échange, l’un des indicateurs les plus importants de la performance macroéconomique pour les économies ouvertes, augmenteraient de 3,4 % en 2017, contre une baisse de 1,9 % l’année dernière. La dette extérieure totale devrait rester inférieure à 30 %, bien inférieure au seuil de 40 % qui est généralement considéré comme sûr pour les économies en développement.

Un leadership africain nouveau, audacieux et visionnaire émerge dans de nombreux pays. De nombreux pays africains mettent en oeuvre des réformes structurelles pour doper la croissance et créer des emplois dans des industries potentiel­lement compétitives. Grâce à ces grandes priorités, la Banque africaine de développement aidera l’Afrique à accélérer la transformation économique. Nous devons accélérer le développement de l’Afrique ! 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts