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AGOA

Le 30 septembre 2015, le renouvellement pour dix ans de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) est entré en vigueur. Une bataille dans laquelle le président Barack Obama s’est personnellement engagé afin de s’assurer que cette loi allait, enfin, porter ses fruits.

Aujourd’hui, l’AGOA est devenue la pierre angulaire de l’engagement économique des États-Unis en Afrique, en liaison avec d’autres programmes visant à aider l’Afrique à rattraper son retard, parmi lesquels Trade Africa, Feed the Future, Millenium Challenge Corporation ou bien, dernièrement, Power Africa. Comme n’a cessé de le dire la sous-secrétaire d’État adjointe aux affaires africaines, Linda Thomas-Greenfield, il s’agit avec cette nouvelle législation d’« établir des relations commerciales durables et un partenariat plus élaboré en matière d’investissements » en Afrique. 

Les membres du Congrès ont, aussi, bien compris l’intérêt pour les entreprises américaines de continuer à favoriser les échanges de part et d’autre de l’Atlantique. Face à la croissance du continent et à l’émergence d’une classe moyenne africaine susceptible d’acheter de plus en plus de produits américains, et au vu de la rapidité de la pénétration chinoise sur le continent, il fallait réagir, même si officiellement il n’y a pas de compétition ouverte avec la Chine en Afrique. Résultat : la loi pour la prolongation et le renforcement de l’AGOA a été votée par les deux chambres, en juin 2015, avec une majorité bipartisane jamais égalée !

Alors que les exportations américaines ont triplé en 15 ans, créant plus de 120 000 emplois stables aux États-Unis, la pression se fait davantage sentir, notamment, en provenance du bloc des pays de l’Afrique de l’Est, qui demande un meilleur accès au marché américain pour des produits dit sensibles comme le coton, les textiles, les fruits ou le café. Ces pays sont partenaires des États-Unis dans Power Africa (Éthiopie, Ghana, Kenya, Liberia, Nigeria, Tanzanie) ; ils sont aussi les plus gros bénéficiaires du commerce AGOA.

Qui profite le plus de l’AGOA ? 

Car si l’AGOA vise d’abord à renforcer les capacités commerciales des pays africains désireux d’exporter vers les États-Unis, l’accord présente, aussi, de gros avantages pour les entreprises américaines. En plus de leur taille et de leurs avancées technologiques, celles-ci continuent à être protégées sur leur marché par des normes phytosanitaires, voire des subventions. 

Femi Akinbi, associé de Manchester Trade Limited, une firme de conseil en politiques commerciales basée à Washington, est spécialisé dans la recherche de financements pour des opérations menées dans le cadre de l’AGOA. Récemment, il a travaillé sur le Forum des managers de l’AGOA à la demande de l’agence internationale américaine USAid. « Nous avons coordonné la participation de la société civile pour le Forum de l’AGOA qui s’est tenu en août 2015 à Libreville », explique-t-il. Une nouvelle clause visant à encourager la participation des femmes entrepreneurs, notamment africaines, dans l’AGOA « oblige à la recherche de financements novateurs comme le crowd funding ». Concernant les besoins de financements, l’expert est catégorique : « Dans la mesure où ce sont les grandes multinationales américaines comme Amoco, Chevron, qui ont profité jusqu’à présent de l’ouverture des marchés africains, elles n’ont pas eu besoin de financements spécifiques. Pour les autres, cela varie puisque quelque 6 000 produits sont concernés par les dispositions relatives à l’accès au marché dans le cadre de l’AGOA. Le plus souvent, les compagnies ont recours soit à des garanties octroyées par Afreximbank, soit à des prêts bancaires commerciaux classiques. » 

Lors de l’ouverture du 14e Forum de l’AGOA à Libreville, le secrétaire d’État américain, John Kerry, a résumé les bénéfices de l’AGOA pour les entreprises américaines. Il s’agit « d’améliorer les débouchés et de renforcer les partenariats commerciaux en Afrique pour les entreprises américaines ; d’harmoniser les échanges interrégionaux, afin de développer le potentiel de l’Afrique en tant que partenaire commercial des États-Unis ; et, surtout, de parvenir à abaisser les barrières commerciales africaines, facilitant ainsi les affaires sur le continent pour les entreprises américaines ». Reste, maintenant, à mobiliser les capitaux pour réaliser l’ambitieux programme de l’administration Obama concernant le volet financier de l’AGOA, et particulièrement vis-à-vis des PME africaines pour lesquelles l’accès au crédit reste problématique et l’accès au crédit pour les entreprises qui exportent encore plus improbable ! Le Département du Commerce a choisi de financer, dans un premier temps, un grand rassemblement des affaires en marge des assemblées générales des Nations unies. Fin septembre, plus de 100 compagnies américaines ont également participé à une semaine de mission commerciale, sans précédent par l’ampleur, dans huit pays africains (Afrique du Sud, Angola, Éthiopie, Ghana, Kenya, Mozambique, Nigeria, Tanzanie). Cette visite s’inscrit dans le cadre de l’offensive commerciale Doing Business vis-à-vis du continent qui a déjà permis de « glaner des contrats pour un montant de 14 milliards $ », selon Stefan Selig, le sous-secrétaire d’État au Commerce pour les échanges internationaux.

Power Africa 

En plus du démantèlement des 316 lignes tarifaires, l’administration travaille à trouver des synergies grâce à une meilleure coordination de son aide aux pays africains concernés par l’AGOA, et les organisations publiques et privées en leur sein chargées de la promotion commerciale, avec des organisations multilatérales comme la BAD (Banque africaine de développement) « dans laquelle Washington détient actuellement 15 % du capital, mais pourrait envisager d’augmenter cette participation », selon des sources à la Maison Blanche. Le président Obama a décidé de mettre à profit ses relations avec la BAD et la Banque mondiale, ainsi qu’avec d’autres donateurs comme l’Union européenne, dans le but de décupler les investissements dans les infrastructures en Afrique, y compris à travers des projets régionaux, « afin d’aider les pays africains à améliorer leur compétitivité et à accroître leur utilisation de l’AGOA ». 

Lancé en juin 2013, Power Africa vise à doubler l’accès à l’électricité pour 20 millions de personnes en améliorant la fiabilité et en réduisant les coûts. Cette initiative a aussi attiré de nouveaux investisseurs dans les six pays concernés. « Ce sont des investisseurs que nous n’avions jamais vus auparavant. Leur arrivée permet, aujourd’hui, des synergies entre le secteur privé en Afrique et des entreprises américaines », commente Mimi Alemayehou de l’Overseas Private Investment Corporation. L’OPIC, également très impliquée dans le financement de l’AGOA grâce à la mobilisation de capitaux privés, s’est engagée à abonder « 1,5 milliard $ au cours des cinq premières années en faveur de Power Africa ». 

La Millennium Challenge Corporation (MCC), qui a déboursé 3 milliards $ pour améliorer les infrastructures devant favoriser le commerce (routes, ports et aéroports), a également débloqué près de 1 milliard $ pour cette initiative. Tandis que l’USAid, très impliquée dans TradeMark East Africa (TMEA) visant à améliorer les infrastructures dans les ports de Mombasa et de Dar es Salaam, doit apporter 285 millions $ « en assistance technique, subventions et atténuation des risques pour faire avancer les transactions d’énergie du secteur privé et aider les gouvernements à adopter et à mettre en oeuvre des réformes de politiques et de réglementations afin d’attirer les investissements du secteur privé ». 

Sur le volet commercial, l’USAid a pris le leadership par l’intermédiaire, notamment, de ses centres de ressources AGOA (ARTC). Il en existe dans toutes les grandes régions de l’Afrique, y compris en Afrique de l’Ouest qui compte pas moins de 15 centres ; le siège régional est au Ghana. Avec l’aide de l’OPIC, des ressources additionnelles ont été débloquées afin de transformer les hubs commerciaux existants en « Pôles d’échanges et d’investissements » entre les États-Unis et l’Afrique. 

Le département américain du Commerce a, ainsi, doublé ses effectifs en Afrique. L’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA) ainsi que l’OPIC ont également détaché des agents supplémentaires pour faciliter l’accroissement des échanges et de l’investissement avec l’Afrique. Les producteurs africains ont souvent du mal à exporter aux États-Unis parce qu’en plus des normes sanitaires et phytosanitaires, ils n’arrivent pas à remplir les exigences de qualité pour commercialiser leurs produits ou bien parce qu’ils manquent d’autres compétences 

techniques. Pour pallier ces lacunes, l’administration américaine offre, à défaut d’aides financières directes, toute une gamme de soutiens au renforcement des capacités afin d’aider à résoudre ces contraintes et de cibler les chaînes d’approvisionnement prioritaire pour l’exportation.

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