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Afrobytes : Le monde de la Tech africaine anglophone à Paris

L’Afrique du Sud suit de près avec 96,7 millions $ et 28 levées de fonds. Enfin, 21 start-up de la Silicon Savannah hissent le Kenya à la troisième place de ce podium afri­cain. Et c’est tout l’intérêt d’Afrobytes qui a permis, une fois n’est pas coutume, de réunir les acteurs de l’Afrique au sens large à Paris, et pas seulement francophone. Il y serait cependant moins question d’argent qu’on ne le croit : « L’Afrique n’a pas besoin d’argent. Le continent a besoin d’organisation », martèle Kabirou Mbodje, le PDG de Wari.

Les études réalisées avec les entreprises de VC4Africa montrent qu’après des années de palabres, nous sommes davantage dans l’action. XL Africa est la prochaine étape : il s’agit d’un nouveau programme lancé par le Groupe de la Banque mondiale le 20 avril 2017 pour soutenir les meilleurs entrepre­neurs numériques d’Afrique. « Les success stories vont aussi donner envie à de nouveaux acteurs de venir pour participer aux prochaines étapes », explique Bertil Van Vugt.

Pour Kabirou Mbodje, « chaque service individuel auquel auront accès les consommateurs mondiaux demain aura été testé en Afrique. Le continent a une réalité différente de la perception qu’on peut en avoir du dehors. C’est plutôt « 54-1 », pour 54 pays et un continent, et 1 milliard de consomma­teurs potentiels ».

Pour accéder au consom­mateur final, et promouvoir le commerce en ligne, diverses solutions ont été développées par des start-up. Ainsi, c’est la question du « dernier kilomètre » que cherche à aborder What3Words avec sa technologie qui permet de « mapper » l’Afrique et en produisant des plaques gravées à fixer sur les maisons pour les identifier par le livreur. C’est aussi ce que cherche à résoudre la cartographie des routes reliant les villes d’Afrique mentionnée par Fabrizio Delage Paganini, de IoT GateKeeper.

La question du financement

Un des problèmes rencontrés par les commerçants qui veulent vendre leurs produits dans différents pays est celui de l’interopérabilité entre les différents moyens de paiement et les différents systèmes présents dans les pays.

C’est ce que cherchent à résoudre les start-up de plus en plus nombreuses, plateformes et API (interfaces de programmation) connectant les différents systèmes entre eux, entre différents pays et avec le reste du monde pour la réception de fonds.

Pour Rachel Balsham, de MFS Africa, « il faut faire en sorte que les frontières comptent de moins en moins et soient de moins en moins un problème. Les gens ne veulent pas effectuer leur virement différemment selon l’opérateur sur lequel est la personne à qui ils envoient de l’argent par exemple».

La conformité est un des challenges rencontrés

MFS Africa s’appuie ainsi sur le KYC (Connaître son client) effectué par la plate­forme du partenaire quand ils nouent des relations d’interopérabilité. D’autres ques­tions sont importantes, en particulier s’il faut un agrément dans tous les pays où ils opèrent. Aujourd’hui, le challenge est de faciliter la connexion d’un nouveau partenaire aux

autres solutions déjà connectées sur les plate­formes d’interopérabilité, ce qui est techni­quement et réglementairement complexe et demande du temps. Pour Cédric Atangana, cofondateur de WeCashUp, l’interopérabi­lité entre des pays de sous-régions différentes pose la question de la langue (swahili, wolof, etc.) dans l’échange de messages SMS d’un pays à l’autre, mais aussi de la conversion des monnaies, du change et de la capacité de sortir les fonds.

Le change est une problématique que cherchent à résoudre les solutions de transfert d’argent basées sur le Bitcoin, comme BitPesa. Un « e-CFA » serait à l’étude au Sénégal, ou la monnaie digitale adossée au franc CFA, une expérience similaire à celle menée en Estonie. Le World Economic Forum estime qu’à l’ho­rizon de dix ans, 10 % du PIB sera porté sur de la technologie blockchain.

Accompagner le changement

Aujourd’hui, un des défis réside dans l’ac­ceptation, limite également rencontrée pour la monétique en Occident. La Tanzanie, par exemple, propose une interopérabilité entre les portefeuilles depuis quelques années, mais les marchands ne sont a priori pas plus présents dans les statistiques que dans d’autres pays.

La nécessité d’intégrer la solution d’acceptation du paiement dans les systèmes internes du commerçant est une explication. Le souci pour le commerçant, principalement logé dans le secteur informel, de ne pas voir ses opérations tracées et de ne pas payer de commission, en est une autre, a rappelé Stéphane Drai, le patron de Lemonway. Il faudrait donc développer des incitations à l’utilisation de ces solutions par les commerçants.

Une solution serait de fournir des services d’e-commerce pour payer au-delà du seul transfert que l’on connaît aujourd’hui. La coopération entre les différents acteurs apparaît, enfin, essentielle : les solutions de transfert d’argent, les plateformes d’inter­connexion, mais aussi les banques.

Dans cet écosystème, à la fois l’émission et l’accepta­tion sont liées et interdépendants pour que ces solutions se développent. Pour Charlene Chen, directrice des opérations chez BitPesa, « le challenge aujourd’hui est d’essayer de nouer des partenariats avec de grandes institutions financières ou des opérateurs télécoms ».

Pour Claire Jones, qui dirige les opéra­tions pour What3Words, il est important de convaincre les ménages de l’intérêt de localiser leur logement (pour que la police sache où venir en cas de besoin par exemple), ce qui signifie qu’un accompagnement est nécessaire pour que les nouvelles solutions soient adoptées. Un accompagnement du changement est nécessaire, mais il est a priori plus facile en Afrique, où les populations semblent comparativement plus enclines à changer leurs habitudes rapidement.

C’est le cas également constaté pour l’adoption du ticket sur mobile dans les transports en commun à Soweto, difficile car les gens préfèrent l’argent liquide et le ticket papier et n’ont pas confiance dans le mobile car ils ont peur d’être volés. Des efforts restent à faire pour développer la confiance dans ces nouvelles solutions.

La Côte d’Ivoire a été le premier pays dans lequel What3Words a développé sa solution d’adressage, puis a servi de référence ensuite pour la société et les autorités pour pouvoir se développer dans d’autres pays, en particulier dans la sous-région.

Pour Baba Zoumanigui, directeur général d’IBM pour l’Afrique fran­cophone, dans ces domaines très innovants, une bonne pratique déjà mise en oeuvre dans un autre pays est un bon point lors d’une présentation aux autorités, car les officiels en charge peuvent se consulter entre eux et cela peut servir de base pour étendre une solution à plusieurs pays.

Pour Baba Zoumanigui, Kigali, Nairobi, Casablanca sont souvent mises en avant comme villes privilégiées dans lesquelles s’implanter pour développer de nouvelles solutions. Tout dépend de la volonté des autorités, qui, avec le Plan Sénégal émergent, Tunisie 2020, etc., ont montré une volonté d’attirer les nouveaux acteurs. « Il faut s’attacher précisément à un point en particulier parmi : mobilité, sécurité, cloud, data inside».

Pour Andrèz Coco, consultant en innovation, spécialisé dans le design de l’expé­rience client, l’équilibre est à trouver entre inté­rêt pour le client, faisabilité technique et renta­bilité du point de vue du modèle économique. Fabrizio Delage Paganini, de IoT GateKeeper, a bien rappelé que la technologie existe, mais que la question est de savoir si l’usager va l’adopter et l’utiliser. Une vision à long terme, impliquant les autorités est indispensable pour déterminer comment elles peuvent aider.

S’approprier les technologies

La protection des utilisateurs est de plus prégnante dans les préoccupations des régu­lateurs, en particulier le lieu où sont stockées les données captées par les « GAFA » (Google, Amazon, Facebook, Apple), leur utilisation et éventuellement monétisation, de même que par les opérateurs de monnaie mobile comme MTN et des opérateurs de services financiers.

Pour Larry Christopher Bates (BitLand Global), la propriété intellectuelle et la capta­tion de données sont les facteurs pour lesquels les GAFA viennent sur le marché africain en particulier et s’étendent globalement.

Le futur de l’infrastructure sur le continent dépendra ainsi de la capacité des Africains à s’appro­prier et à conserver leurs données de propriété intellectuelle. « On peut être tenté de dire qu’un Internet « bleu » (Facebook) vaut mieux que pas d’Internet du tout, mais il faut prendre en consi­dération que la stratégie de ces compagnies est à long terme et Internet fourni gratuitement a pour objectif de capter des données personnelles sur les Africains. Il ne faut pas tomber dans le panneau car le coût sera à payer demain pour le continent. Ce peut être un moyen de pression auprès des autorités nationales pour les inciter à développer elles-mêmes les infrastructures et réseaux nécessaires pour un internet efficace. »

Enfin, avant de réfléchir au mode de design pour les applications, il serait oppor­tun de focaliser les efforts sur le « creative thin­king », ou bien appréhender ce que l’on veut faire, pourquoi et pour qui on le fait. « Unlock in the brain the ability to believe that you can go further » (« Déclencher dans le cerveau la capacité de croire que vous pouvez aller plus loin » est au moins aussi important que de savoir comment faire).

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ENCADRE

Bonnes nouvelles d’Afrique

Pour la 5e année consécutive, la Fondation Prospective et Innovation (FPI) organisait, en partenariat avec la ville de Bordeaux, le colloque Bonnes nouvelles d’Afrique, les 1er et 2 juin 2017.

L’événement était marqué, cette année, par la signature d’une convention tripartite entre la mairie de Bordeaux, la FPI et Sciences Po Bordeaux, sous la dynamique des deux anciens Premiers ministres français, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé ; le maire de Bordeaux étant secondé par Pierre de Gaëtan Njikam Mouliom, adjoint en charge des partenariats avec l’Afrique subsaharienne.

Cette édition a fait la part belle à divers acteurs africains ou de la diaspora, tels Cheikh Tidiane Gadio ancien ministre au Sénégal et président de l’Institut panafricain de stratégies, ou Modibo Sidibe, ancien Premier ministre du Mali.

La thématique du Développement a occupé une grande place au sein des discussions sur les diasporas, l’économie, la démocratie et la sécurité, face aux menaces qui pèsent sur le continent ; auxquelles s’ajoutent les légitimes interrogations sur le rôle des nouveaux partenaires « émergents».

Le potentiel du numérique

Face à ces défis, l’inclusion des diasporas dans l’Union africaine est primordiale pour absorber les effets positifs des migrations et permettre une pleine efficacité des transferts monétaires dans le développement, ont souligné les intervenants. Qui plaident pour de nouveaux mécanismes financiers en direction des secteurs les plus productifs, comme l’immobilier.

Le potentiel du numérique marque un second tournant. Investir dans ce secteur est attractif et permet de pallier les manques de l’État par le biais d’applications numériques, ou de kiosque d’énergie facilitant l’accès à l’électricité, par exemple.

Après le Nigeria, l’Afrique du sud, et le Kenya un quatrième pays se démarque nettement ces dernières années : le Rwanda. Dans le domaine politique, le numérique favorise l’utilisation des réseaux sociaux, symbole de contre-pouvoir ; le cadre juridique doit alors précéder le développement du numérique sans restreindre son utilisation.

Un autre défi réside dans les échanges régionaux et la mutualisation des différentes communautés économiques de l’UA. L’objectif est de favoriser l’émergence du continent par la promotion et la création d’entreprises africaines.

Sur un plan politique, on pense notamment à concrétiser l’idée de forces armées multinationales ou panafricaines. Enfin, la problématique des infrastructures est essentielle à l’avancée de chaque pays, à l’exemple de l’Éthiopie qui améliore ses infrastructures et engage un plan quinquennal donnant la priorité au secteur manufacturier.

Lionel Zinsou, président de la Fondation AfricaFrance, a prononcé un discours de clôture combatif et prometteur. À son sens, le nouveau Président français – dont il est proche – permet un changement de regard et de politique envers l’Afrique.

Clémence Lepape

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