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Africa 2017 : Un rendez-vous trois fois gagnant

La deuxième édition des Rencontres Africa s’est déroulée en octobre dans trois pays africains. Une manière de mettre en avant les opportunités multiples du continent et de prôner un partenariat fécond Europe- Méditerranée-Afrique.

Tunis, Mathieu Galtier

Ni sommet politique, ni rencontre économique, les deuxièmes Rencontres Africa qui se sont dérou­lées à Abidjan (2-3 octobre) et simul­tanément à Nairobi et à Tunis (5-6 octobre), ont constitué un événement hybride qui a permis de mieux appréhender les enjeux du « continent qui va compter dans le futur », selon l’expression de Zied Ladhari, le ministre tuni­sien de l’investissement.

D’après l’Unicef, avec 2,5 milliards d’habitants, un être humain sur quatre sera Africain en 2050. Le Nigeria, l’Égypte et l’Afrique du Sud devraient être les pays les plus dynamiques du continent, selon les projections du cabinet de conseil PwC. Un big bang démographique et économique que la France semble décidée à anticiper. C’est pour cela que le pays est à l’initiative des Rencontres Africa, dont la première édition en 2016 a eu lieu à Paris. Un exemple concret de la « diplo­matie économique » de la France qui ne repré­sente plus que 4 % des échanges économiques en Afrique contre 22 % pour la Chine.

Ce ne sont pas moins de trois Premiers ministres – Édouard Philippe pour la France, dans son premier déplacement hors Union européenne, le Tunisien Youssef Chahed et son homologue du Burkina Faso, Paul Kaba Thiéba – qui ont inauguré la cérémonie à Tunis. Environ 2 000 entreprises africaines et françaises se sont retrouvées dans les trois capi­tales.

Une première du genre en Afrique dont le succès ne se mesure pas à la signature d’ac­cords commerciaux, ni aux millions d’euros de promesses d’investissements, mais à « la capa­cité de susciter des rencontres en B2B », insiste Marc Hoffmeister, le commissaire général des Rencontres Africa. Près de 4 500 rendez-vous ont ainsi été tenus pour 4 788 participants dans les trois villes représentants 35 pays d’Afrique.

Tunisie, pivot entre Europe et Afrique subsaharienne

Trois stratégies se sont dégagées au cours de ces journées selon un axe Europe- Méditerranée-Afrique, dont la Tunisie pour­rait devenir un pivot central si elle réussit. L’explosion démographique concernera avant tout les pays d’Afrique subsaharienne où une forte classe moyenne désireuse de consommer devrait émerger. Se préparant donc à une hausse de la demande de leur marché intérieur, les entreprises cherchent des partenariats avec des sociétés étrangères capables de les pousser vers le haut.

Un état d’esprit résumé par Jean-Marie Ackah, président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire : « Le temps est favorable à la création de vrais partenariats, j’insiste sur le terme “vrai”, entre les entreprises françaises et africaines, notamment ivoiriennes, pour mettre davantage en valeurs nos entre­prises locales. »

A contrario, les entreprises fran­çaises, notamment les PME plus fragiles, ont intégré le fait que les demandes sur le marché national et européen tendront à diminuer. Selon PwC, l’Union européenne représentera moins de 10 % du PIB mondial contre 15 % actuellement.

Elles cherchent donc à s’implanter dans les pays en devenir, même là où les sociétés françaises ne sont pas forcément attendues, comme l’Afrique anglophone. À Nairobi, plus de 800 visiteurs sont venus : « L’idée principale est de favoriser les réseaux entre les entreprises françaises et locales. Le déve­loppement du continent se passe ici, en Afrique de l’Est, notamment au Kenya », précise Thierry Dubus, le responsable des Rencontres Africa à Nairobi.

Le chaînon manquant entre la crois­sance attendue en Afrique subsaharienne et le désir de nouveaux marchés des sociétés fran­çaises est le pourtour méditerranéen, et plus précisément la Tunisie, parient les dirigeants : « La Tunisie a besoin de l’Afrique, l’Afrique a besoin de la Tunisie. La France a besoin de l’Afrique et l’Afrique a besoin de la France. Cela nous donne une place prépondérante dans ces nouveaux échanges qui s’instaurent », avance Samir Taïeb, ministre tunisien de l’Agriculture.

Déplacer le savoir-faire

Les secteurs d’activité les plus représentés n’avaient rien de surprenant : l’agroalimen­taire, et l’agriculture (12 %), la construction avec le défi du développement urbain (10 %), le digital (10 %). Mais, les modes de pensées ont évolué vers un rééquilibrage entre les diffé­rentes zones géographiques. « Si nous restons si absent sur le continent, c’est parce que les entrepreneurs pensent commerce alors qu’il faut réfléchir en termes d’industrialisation », déplore Tarek Chérif, président du syndicat patronal Conect, tourné vers les PME.

De ces réunions en B2B, les Tunisiens ont compris que leurs homologues subsahariens ne voulaient plus être de simples représentants de marque, mais des partenaires. Une vision horizontale, et non plus verticale, qui est au coeur des échanges dans le secteur de la formation, sur lequel l’accent a été mis. L’université Montplaisir de Tunis a ainsi ouvert une antenne à Bamako, au Mali. La France et la Tunisie ont signé un accord de partenariat entre les IUT (Instituts universitaires de technologie) de l’Hexagone avec les Iset (Instituts supérieurs d’études technologiques) tunisiens pour une enve­loppe de 10 millions d’euros.

Une délocalisa­tion des savoir-faire que Nejib Soussia, PDG de Cameroun Assistance sanitaire, souhaite dans le secteur de la santé : « Il faut arrêter de faire venir pendant six mois en Tunisie un enfant camerounais atteint de scoliose. Il faut faire déplacer les médecins, les équipements, pas les patients».

Avec 4 000 patients étrangers par an et un chiffre d’affaires de 500 millions de dinars (172 millions d’euros), la Tunisie est la première destination africaine pour le tourisme médical. Les jeunes Africains ont déjà opéré ce mouvement en revenant dans leur pays d’origine, après avoir reçu une forma­tion en Europe.

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