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Accélérer les réformes structurelles

Attentif au rythme des réformes, le Fonds monétaire international soutient le Sénégal sur le chemin de l’émergence. Boileau Loko, représentant résident du FMI à Dakar depuis quelques mois, donne son analyse sur l’économie du pays.

Boileau Loko Représentant résident du FMI, à Dakar

Pour Christine Lagarde, « le PSE est très ambitieux. Le pays a le potentiel, mais pour ce faire, il faudra une rupture nette avec le passé ». Quelle rupture évoque-t-elle ?

Le PSE est un bon diagnostic des forces et des faiblesses. Les projets ne suffi ront pas pour faire un bond de croissance de 3,5 % à 7 % ou 8 %. Quand nous parlons de rupture, c’est par rapport aux 30 dernières années, lorsque le taux de croissance de l’économie était en moyenne de 3,5 %, là où l’accroissement de la population était de 2,6 %. En termes de PIB par tête, la croissance n’est pas suffi sante pour réduire la pauvreté de manière importante. Un Sénégalais sur deux vit en dessous du seuil de pauvreté. Depuis 2000, le secteur de l’électricité a coûté 150 milliards de F.CFA par an, le prix de l’électricité est un des plus élevés dans le monde. Les réformes attendent depuis des décennies : réforme de l’électricité, de l’État, du foncier. Une politique budgétaire qui permet de maintenir la stabilité économique et des réformes structurelles au niveau de l’énergie peuvent contribuer à accroître la croissance au Sénégal.

Estimez-vous possible d’atteindre cet objectif de croissance ?

Au vu de l’expérience internationale, oui, cela est possible. Le Kenya, l’île Maurice, sont des pays qui ont enregistré une croissance élevée. Mais les conditions sont la stabilité macroéconomique et un environnement des affaires propice au développement du secteur privé. Le tiers du financement du PSE vient du privé. Et les infrastructures doivent être pertinentes pour attirer ce secteur dans une stratégie de développement cohérent. L’expérience montre également que si les réformes ne sont pas engagées, un problème de surendettement peut subvenir.

Où en est la politique énergétique ?

Dans un premier temps, la baisse du prix du pétrole entraîne une baisse de l’État liées aux produits pétroliers. Mais d’un autre côté, elle conduit à une baisse des subventions à l’électricité. Globalement, l’effet est positif sur le budget et la balance des paiements qui pourra s’améliorer de 1 point du PIB. La baisse des prix à la pompe donne plus de pouvoir d’achat aux consommateurs. Mais cela ne doit pas ralentir les investissements technologiques. La priorité est d’accélérer la baisse du coût de l’électricité, d’ici à 2016.

Vous avez approuvé, en décembre 2014, la 8e revue du programme d’Instrument de soutien à la politique économique (ISPE). Quelle est l’analyse du FMI en matière de gestion du défi cit budgétaire, de recours à l’emprunt, de gouvernance globale ?

Le Sénégal n’est pas surendetté. La dette a augmenté rapidement depuis les années 2006-2007, mais nous classons encore le Sénégal comme un pays à risque faible. L’objectif est de ramener l’infl ation à 3 % et faire que l’État trouve les ressources pour fi nancer sa contribution au PSE. Il s’agit d’augmenter la base taxable et rationaliser les dépenses de fonctionnement pour mobiliser les ressources internes de l’État.

Comment le FMI intervient-il ?

Il intervient de trois façons : par des conseils en matière de politique économique, par un programme non fi nancier l’Instrument de soutien à la politique économique, et par un appui en assistance technique. Nous n’intervenons plus financièrement depuis 2007. Concrètement, nous accompagnons la réforme de l’État pour améliorer la collecte des recettes, renforcer la capacité des services du Trésor. Une mission technique du FMI est venue récemment à Dakar étudier comment renforcer l’administration fiscale, par la création de centres pour les moyennes entreprises. Dans le secteur informel, qui échappe à l’impôt, figure encore des entreprises au chiffre d’affaires important. Il faut voir comment les ramener dans le secteur formel, notamment par la simplification administrative. Ces entreprises ont intérêt à se formaliser pour profi ter des services publics et augmenter leur productivité. Il s’agit également d’appuyer la rationalisation des dépenses de fonctionnement et l’utilisation des ressources amenées à financer les infrastructures et les dépenses sociales : dans la santé avec la Couverture maladie universelle, l’éducation, les bourses familiales. Récemment, nous avons pris l’initiative de réunir, à Washington, l’île Maurice, les Seychelles et le Sénégal, pour partager l’expérience de ces pays qui se sont développés rapidement et échanger sur les mesures prises pour engager une transition vers l’émergence.

Comment réduire le train de vie de l’État et augmenter la transparence ?

Un des problèmes est de pouvoir suivre les ressources des agences, avoir une lecture du fonctionnement de l’État. Se pose la question de l’évaluation des missions des agences. Si certaines sont utiles, d’autres peuvent être regroupées, voire fermées. L’enjeu est de contrôler les dépenses de fonctionnement. Un plan de restructuration est en cours, l’État doit le mettre en oeuvre rapidement. Des contrats de performance ont été signés avec l’Ageroute (travaux routiers), l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), l’Agence de l’informatique de l’État (ADIE). Pour le PSE, l’État a accepté de constituer une caisse de réserve qui ne décaissera que lorsque le montage des projets sera viable.

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