Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Trombinoscope

Hanchi Mohamed Saleh, banquier à Nouakchott

Meilleure inclusion financière

De surcroît, une grande partie de la masse fiduciaire a ainsi pu être réintégrée dans le circuit économique et les banques ont récupéré de l’espace. «Ce qui est très avantageux compte tenu du nombre d’ouverture de compte en banque qui a explosé depuis la réforme monétaire», fait-il valoir.

Loin d’accroître la concurrence entre les 18 banques que compte actuellement la Mauritanie, cette réforme a, au contraire, permis de redynamiser un marché qui était figé depuis quelques années. « Les conséquences pour le marché bancaire en Mauritanie sont très bénéfiques puisque le taux de bancarisation a beaucoup augmenté avec cette réforme. Compte tenu du poids traditionnel de l’économie informelle, il s’agit d’une nette amélioration avec une dynamique positive de concurrence qui se met en place entraînant une amélioration de la qualité des services et des produits offerts », insiste-t-il.

Un autre volet de ces réformes ambitieuses, concerne le programme de modernisation des moyens de paiement mis en place par la BCM parallèlement à la promulgation de la loi sur le système national de paiement accompagnée par le lancement du Projet d’appui à la modernisation de l’infrastructure financière (Pamif) lancé officiellement en juillet 2018.

Avec le Pamif, il faut moderniser et accélérer les flux et les échanges financiers sur le plan interne en les automatisant. « Les banques mauritaniennes étaient déjà parfaitement aux normes sur les échanges internationaux par le biais notamment du Swift. En revanche, sur le plan interne, les échanges se font encore de façon manuelle… », déplore-t-il. Pour lui, les solutions techniques apportées par le Pamif vont révolutionner le paysage bancaire mauritanien en un laps de temps très court. « Le processus vers l’automatisation et la compensation électronique, des virements et autres flux, est désormais irréversible»

Intégration régionale

Il en veut pour preuve que les banques vont non seulement pouvoir se mettre « au diapason de ce qui se passe ailleurs » en matière, notamment, de bureau de crédits, réseaux financiers et d’infrastructures de paiements électroniques, mais le processus permet une plus grande inclusion financière. « Toute modernisation dans les systèmes de paiement permet de drainer de nouveaux partenaires économiques pour les banques et les institutions financières qui réalisent, ainsi, des économies d’échelle : plus de crédits sont accordés, l’activité économique est mieux financée et un cercle vertueux finit par s’enclencher. »

Le résultat est l’avènement d’une place financière solide et performante qu’il appelle de ses voeux : « Les banques mauritaniennes ont déjà anticipé les nouvelles normes de Bâle 3. Donc, la dynamique de modernisation dans laquelle nous nous trouvons actuellement ne pouvait pas mieux tomber pour nous aider à améliorer notre solvabilité et notre rentabilité », constate-t-il.

Un projet phare comme celui de créer une Bourse des valeurs permettra « de compléter ce chaînon manquant de la modernisation de la place financière de Nouakchott afin de mieux rentabiliser nos institutions, gagner des nouvelles parts de marché et offrir à nos clients des services nouveaux performants et utiles », explique-t-il se réjouissant de l’attrait additionnel que la création d’un tel marché va apporter sur le plan régional.

Le nombre élevé de banques en Mauritanie (18) ne l’inquiète pas outre mesure, au vu des immenses besoins, notamment en matière de financement des activités commerciales des Mauritaniens, l’un des piliers de l’économie réelle dans ce pays d’agriculteurs, d’éleveurs nomades mais aussi de commerçants. « Le nombre de banques importe peu tant que l’offre qui est faite est adéquate. Je suis, pour ma part, un fervent partisan de laisser faire le marché et s’il y a trop de banques, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, elles s’élimineront d’elles-mêmes », ajoute-il.

Nommé au conseil d’administration de la Banque maghrébine d’investissement et de commerce extérieur (BMICE) qui compte cinq pays membres (Algérie, Libye, Maroc, Tunisie et Mauritanie), il voit également pour les clients des banques commerciales mauritaniennes de belles perspectives grâce à une intensification des échanges sur le plan régional.

« La BMICE est une banque régionale de développement au même titre que la BOAD ou la BAD à l’échelle continentale, explique-t-il. Son but est d’encourager le commerce intermaghrébin qui ne représente actuellement que 2 % des échanges globaux. »

L’institution souhaite combler ce déficit en aidant les pays membres à financer les importations internes à la région et en aidant des sociétés mixtes à mieux exporter sur les marchés voisins. « Les concours de cette institution ont déjà commencé et la Mauritanie est l’un des premiers bénéficiaires. Nous espérons qu’elle constituera le socle de l’intégration économique maghrébine».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

  • Stéphane Soumahoro, Directeur général de BVS Cameroun

    Après une longue carrière dans l’industrie pétrolière, Stéphane Soumahoro prend les rênes de BVS, une entreprise de fabrication de vins et spiritueux, filiale du groupe Castel. Un pari risqué, dans un secteur mal régulé.

  • Ils font bouger le Burkina Faso

    Pour la plupart, les personnalités qui forgent le Burkina Faso sont parties de peu et ont construit un empire dans leur domaine. Des BTP aux …