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Trombinoscope

Akinwini Adesina : Transformer l’Afrique

Akinwini Adesina devrait rempiler pour un deuxième mandat de cinq ans à la tête de la Banque africaine de développement. Retour sur une personnalité, un parcours, et un mandat qui aura relancé l’institution.

Par Laurent Soucaille

Pas de rival à l’horizon. Faute de candidature alternative, Akinwumi Adesina n’aura pas besoin de mener campagne pour briguer un deuxième mandat à la tête de la BAD (Banque africaine de développement), lors de ses prochaines assemblées générales, qui se tiendront du 25 au 29 mai à Abidjan. Depuis le 1er septembre 2015, il occupe ce poste clef en Afrique, succédant à Donald Kaberuka.

La candidature d’Adesina a reçu le soutien du Nigeria, son pays d’origine, ainsi que celui de la Cedeao qui salue « la performance exceptionnelle » du président lors de son premier mandat. Notre homme a également reçu le soutien du président Alassane Ouattara, que l’on disait pourtant agacé par le départ précipité du vice-président Albéric Kakou, en 2018.

L’Afrique doit parvenir à l’autosuffisance agricole, si elle veut éliminer, à terme, les 35 milliards de dollars dépensés chaque année pour importer les produits alimentaires qui lui manque.

Affable, souriant, célèbre pour sa collection de nœuds papillons colorés, le huitième président de la BAD bouscule sans heurts l’institution, afin de la rendre plus efficace, se montrant sans concession vis-à-vis de ses membres et de lui-même.

« La BAD n’est pas une maison de retraite où l’on peut passer trente ans, nous avons engagé des contrats de performance sur trois ans », répond-il aux interrogations concernant Albéric Kakou. Aucune organisation ne peut exceller dans la performance sans mettre l’accent sur la responsabilité en matière de résultats, répète-t-il.

Cette quête de la performance, Adesina l’applique à lui-même et à son institution. Chacun peut juger sur une plateforme en ligne, donc « en temps réel », de l’avancée des « Cinq objectifs » de la Banque : « Nourrir, Intégrer, Éclairer, Industrialiser l’Afrique, Améliorer le niveau de vie des Africains. »

En quête de ressources nouvelles pour l’avenir

Las des grandes conférences internationales où se succèdent des discours convenus, le président Adesina a lancé le « Forum pour l’investissement en Afrique », une plateforme de rencontres où se nouent des contrats fermes, où des projets industriels prennent corps.

Une stratégie nouvelle pour la BAD qui entend concourir davantage, et plus directement, au financement du secteur privé. En la matière, le dernier grand fait d’armes du président Adesina est de convaincre ses partenaires d’augmenter le capital de la Banque, passé de 93 milliards de dollars à 200 milliards $, fin 2019.

« De quoi nous donner beaucoup de ressources pour aller plus loin dans le développement de notre continent. » Avec l’augmentation de capital, l’institution entend soutenir l’initiative Desert to Power qui « permettra l’accès à l’énergie pour 250 millions de personnes dans tout le Sahel ».

La BAD veut doubler son portefeuille de projets liés au climat à 25 milliards $ d’ici à 2025 et soutenir des infrastructures – comme l’autoroute Abidjan-Lagos, sans oublier l’appui à la Zone de libre-échange continentale africaine.

Un prodige arrogant

Akinwini Adesina est né au sud-ouest du Nigeria, au sein d’une famille d’agriculteurs modestes ; son père, raconte la légende, gagnait à peine 0,1 dollar par jour. On comprend d’emblée son intérêt constant pour l’agriculture ! Pierre Guislain, vice-président de la BAD, relate « sa connaissance extraordinaire des défis, des enjeux, des possibilités » du domaine agricole, dont Adesina parle toujours « avec émotion ».

En effet, la BAD est une institution discrète, où les actions se décident à pas feutré. Pas forcément le tempérament d’Adesina, à qui certains reprochent son goût pour les projecteurs. Des critiques insuffisantes, jusqu’à présent, pour le déstabiliser et remettre en question son leadership

Victor Oladokun, directeur de la communication de la BAD, se souvient d’un premier contact plutôt froid avec cet étudiant qui s’était montré « arrogant » après l’avoir sévèrement battu… au badminton ! En dépit de cette mauvaise première impression, celui qui deviendra l’un des plus chauds soutiens d’Adesina verra bien vite « un prodige, d’une endurance mentale et physique exceptionnelle ».

Akinwini Adesina a vécu dans une quinzaine de pays d’Afrique, notamment francophones, avant de diriger la BAD, dans des domaines aussi divers que le développement financier, l’agriculture, le monde rural, les politiques publiques stratégiques, la recherche, la mobilisation d’investissements et de ressources et le développement de partenariats entre secteurs public et privé.

Durant quatre ans (2011-2015), il a été ministre de l’Agriculture et du développement rural du Nigeria. Dans un pays dont la ressource principale reste le pétrole, il a su convaincre du bien-fondé d’une révolution verte. Au Nigeria, il va réduire de moitié les importations alimentaires, créant trois millions d’emplois.

Il a modernisé l’agriculture de son pays, y compris dans l’introduction du porte-monnaie électronique qui informe et approvisionne directement les fermiers des intrants agricoles subventionnés, passant outre les intermédiaires parfois indélicats.

Mieux nourrir les Africains

Ce système a touché 14,5 millions de fermiers, bénéficiant surtout aux femmes. Depuis, Adesina a fait école dans de nombreux pays, y compris la Chine, le Brésil et l’Inde, sans oublier, en Afrique, le Kenya, l’Ouganda et la Côte d’Ivoire.

Avant ces fonctions ministérielles, il a été vice-président de l’Alliance pour une Révolution verte en Afrique (AGRA) qui a attribué quelque 4 milliards de dollars à l’agriculture africaine.

Notre homme, auteur de plusieurs dizaines d’ouvrages académiques, a reçu de nombreux prix internationaux, souvent liés à son action dans le développement et l’agriculture.

Le fidèle Victor Oladokun dépeint une « âme de leader » qui lui permet de prendre des décisions « pas forcément bien acceptées dans un premier temps » quand elles bousculent l’ordre établi.

Le plus récent n’est pas le moins prestigieux : en 2017, il reçoit, à New York, le Word Food Prize, qui vient récompenser ses efforts en direction de l’agriculture. Une consécration pour celui qui entend « mieux nourrir tous les Africains ».

Aussi, juge-t-il essentielle la recherche de l’autosuffisance agricole, « si l’Afrique veut éliminer, à terme, les 35 milliards de dollars dépensés chaque année pour importer les produits alimentaires qui lui manque ». La BAD a lancé un programme de 24 milliards de dollars, sur dix ans, afin de soutenir les Africains dans leur « Révolution verte ».

Sa carrière s’enrichit d’un passage remarqué (1998-2008) à la Fondation Rockfeller où il a engagé des programmes pour développer des opportunités économiques pour les fermières africaines et l’amélioration des systèmes d’éducation et de formation.

Le fidèle Victor Oladokun dépeint une « âme de leader » qui lui permet de prendre des décisions « pas forcément bien acceptées dans un premier temps » quand elles bousculent l’ordre établi.

En effet, la BAD est une institution discrète, où les actions se décident à pas feutré. Pas forcément le tempérament d’Adesina, à qui certains reprochent son goût pour les projecteurs. 

Des critiques insuffisantes, jusqu’à présent, pour le déstabiliser et remettre en question son leadership

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