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Transport

Un nouvel envol pour Tunisair

La compagnie aérienne tunisienne célèbre son 70e anniversaire. Le moment de s’ouvrir un nouvel avenir en lançant d’ambitieux projets. Le directeur général adjoint, Ali Miaoui, a présenté ses réorientations stratégiques.

Paris, Yasmina Lahlou

Tunisair vient de célébrer ses 70 ans : le premier avion de la compagnie tunisienne s’est envolé pour la première fois en octobre 1948. Conscient des difficultés de sa compagnie, le directeur général adjoint, Ali Miaoui, a dévoilé quelques chiffres encourageants, lors du Salon IFMT Top Resa, à Paris : 17 % de croissance en fréquentation passagers et 29 % en chiffre d’affaires, en 2017 par rapport à 2016, et une année 2018 qui devrait marquer un nouveau record en nombre de passagers transportés (près de 4 millions).

Sans conteste, la compagnie bénéficie de la reprise constatée de l’activité touristique vers la destination Tunisie. Le trafic régulier de Tunisair sur le marché français de janvier à août 2018 est en hausse de 9,5 % par rapport à 2017 et de 23 % par rapport à 2016, soit près de 982 000 passagers transportés en huit mois.

Une tendance qui devrait se poursuivre puisque les nouveaux avions de la flotte seront destinés en priorité au marché français. Les vols à destination de Tunis enregistrent une croissance de 7 % de passagers par rapport à 2017 et + 17 % par rapport à 2016. On relève une nette reprise de l’activité (11 % de passagers en plus) vers l’île de Djerba, destination touristique par excellence. Croissance identique pour Monastir, la troisième destination tunisienne.

Compte tenu de son passif et de l’arrivée de l’Open Sky, la compagnie se trouve à la croisée des chemins. Si elle ne peut pas échapper à l’arrivée de la concurrence étrangère, elle n’en a pas moins de fortes ambitions.

Ces points positifs ne peuvent occulter les problèmes financiers de l’entreprise, plombée par les sureffectifs, ainsi que les trop nombreux retards sur les vols de ces derniers mois.

« On ne va pas se cacher la vérité : la ponctualité est en baisse depuis 2011, s’établissant autour de 50 %. On a touché le fond, on ne peut pas aller plus bas. Je fais le mea culpa de la compagnie qui en assume les conséquences », a confié Ali Miaoui. Selon lui, les causes de cette mauvaise ponctualité sont multiples : une flotte d’âge trop élevé (16 ans en moyenne), les limites des infrastructures de l’aéro-port de Tunis-Carthage, la vétusté du matériel de handling et de catering

Des problèmes techniques récurrents

La masse salariale annuelle, de 300 millions de dinars (91,7 millions d’euros), contribue certes à faire tanguer les équilibres financiers de la compagnie qui affiche 70 millions dinars (21,4 millions d’euros) de pertes en 2017 et plus de 500 millions de dinars (153 millions d’euros) en pertes cumulées.

Cependant, les problèmes de Tunisair sont aussi d’un autre ordre. En effet, avec une flotte limitée à 35 appareils, dont cinq sont en location, la compagnie assure difficilement les rotations programmées. Tunisair va acquérir six nouveaux appareils pour augmenter sa flotte, en 2019 et 2021.

En attendant, il est indéniable que l’image de Tunisair est pour le moment écornée auprès des passagers qui n’admettent plus de payer au prix fort un service irrégulier et des vols en retard. En haute saison, un problème technique sur un avion se répercute sur de nombreux autres vols du fait des contraintes dans la maintenance des appareils. « Nous reconnaissons nos carences dans la communication et l’information auprès des passagers et sommes conscients qu’il nous faut améliorer ce volet », admet la compagnie.

Un ambitieux plan de redressement

Première entreprise publique sous le feu des revendications sociales nées de la « Révolution de jasmin », Tunisair s’était, avec l’accord du gouvernement, pliée aux exigences de l’Union générale tunisienne du travail. Elle avait alors embauché 1 200 salariés répartis ensuite dans ses différentes filiales. La compagnie a également dû renouveler sa flotte au cours des dernières années avec l’achat de trois Airbus pour une valeur de 250 millions de dollars.

Une situation aggravée par l’achat, et l’aménagement en 2009 d’un Airbus A340-500, estimés à 300 mil- lions de dinars, pour le compte de l’ex- président Zine el-Abidine Ben Ali. Enfin, la compagnie a subi 50 mil- lions de dinars de pertes après la faillite en 2012 de Mauritania Airways, dont Tunisair détenait 51 % du capital.

Un plan de restructuration prévoit la suppression de 1 200 emplois. « Dans tous les pays du monde, chaque avion est censé avoir environ 80 employés, mais à Tunisair, chaque avion compte 165 employés. La masse salariale alourdit dangereusement les comptes de la société», a déclaré Ali Miaoui. « Grâce au plan de restructuration nous prévoyons un retour à l’équilibre dès 2020. Pour réaliser cet objectif, nous allons investir dans des Airbus A320 neufs et obtenir une croissance de 9 % par an, en atteignant les 4,6 millions de passagers transportés en 2020 ».

Développement du réseau africain

« Tout plan de redressement passe par le commercial mais aussi malheureusement par un volet social », a concédé Ali Miaoui. « Nous allons évidemment offrir des compensations. ». Établi en accord avec les syndicats, ce plan de redresse-ment a été présenté au ministère des Transports, sachant que la compagnie est détenue encore à 75 % par le gouvernement et qu’il faut l’aval de celui-ci pour financer les départs.

Cette seule mesure ne suffira pas pour que Tunisair relève la tête : l’année 2019 sera difficile, d’autant que l’accord Open Sky entre la Tunisie et l’Union européenne devrait entrer en vigueur dans les prochains mois, permettant alors aux compagnies étrangères concurrentes de voler librement dans le ciel tunisien.

Mais les dirigeants assurent que le plan de restructuration prévu permettra d’être prêt pour la bataille des coûts consécutive à l’ouverture du ciel. « Nous allons mieux remplir nos avions, mieux les utiliser, mieux les entretenir, les faire voler plus. Nous pouvons rivaliser », promet le transporteur. Tunisair se trouve actuellement à la croisée des chemins ; si elle ne peut échapper à l’arrivée de la concurrence étrangère, elle n’en a pas moins de fortes ambitions : « Accompagner le développement de l’économie du pays, avec l’ouverture de nouvelles escales, notamment en Afrique. »

`Le transporteur compte ainsi passer à l’offensive sur le continent africain, notamment en augmentant la fréquence hebdomadaire de ses vols. Son réseau devra permettre de mieux desservir, via Tunis, les villes de Dakar, Nouakchott, Bamako, Abidjan, Ouagadougou, Conakry, et Niamey. Tunisair lance également deux nouvelles liaisons en Afrique, avec le Soudan et le Cameroun. 

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