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Transport

Tanger Med voit plus grand

« Les conteneurs sont devenus les globules rouges du commerce international, ils transportent son oxygène, ils sont fondamentaux dans le développement des échanges car standardisés et interopérables. Tanger est au croisement de la route Asie-Europe avec des routes Nord-Sud et Sud-Nord » rappelle Amine Laghidi.

Un port structurant pour l’industrie

Le port n’est pas simplement une plateforme logistique de transbordement, puisque les nouvelles infrastructures vont redessiner l’organisation économique de toute la région nord.

À deux encablures de l’enclave espagnole de Ceuta, un préside situé sur la côte marocaine, la zone franche « Tanger Free Zone » accueille aujourd’hui 750 entreprises qui bénéficient de la logistique routière, ferroviaire et portuaire à disposition, et pour la fiscalité avantageuse négociée avec l’État.

L’autoroute qui place le port à Rabat ou Casablanca à trois ou quatre heures, ainsi que la voie ferroviaire à très grande vitesse, relient désormais le Nord et le coeur économique du pays. « Tanger automotive city », zone industrielle développée autour de l’usine de Renault, dont les capacités et le taux d’intégration locale ont doublé depuis son lancement en 2009, génère une industrie locale dont les besoins en main-d’oeuvre vont croissant.

« Les exportations de véhicules depuis l’usine de Tanger représentent aujourd’hui la première exportation du Maroc en valeur absolue, avec près de 400 000 véhicules exportés par an », rappelle Renault.

Avec 85 000 emplois directs créés, dont plus de 2 000 dans le port de Tanger Med, l’effet d’entraînement est palpable sur l’économie nationale. D’autant que l’implantation du groupe PSA à Kénitra, zone connectée à la ligne ferroviaire grande vitesse vers Tanger, va augmenter de moitié, d’ici à 2020, le besoin de bateaux voituriers sur le port de Tanger.

« Tanger Med a actuellement un effet sur toute une zone de 100 kilomètres autour du port, en matière de structuration de pôles industriels, et les connexions logistiques sont en train d’étendre cet impact à des zones peuplées à proximité de l’axe Rabat-Casablanca », explique un cadre de la zone franche de Kénitra. Le roulage ferroviaire empruntera en effet de nuit la nouvelle ligne modernisée directement vers le port.

La nouvelle extension Tanger Med 2

La première phase Tanger Med 1 avait nécessité des travaux titanesques réalisés par le groupe Bouygues entre 2003 et 2007. Les deux premiers terminaux opérés en concession de 30 ans par APM Terminals et un consortium formé de Eurogate, CMA-CGM et MSC, avaient été célébrés par une inauguration royale.

Aux côtés du souverain marocain se tenait le fils du fondateur du danois Maersk, plus grand armateur mondial, comme gage de sérieux et de réussite. Les deux terminaux avec des quais de plus de 800 mètres de long et une surface totale de 800 000 mètres carrés sont devenus trop étroits.

Aussi, les terminaux 3 et 4, concédés respectivement à Marsa Maroc, une société de gestion portuaire marocaine, et à APM Terminals, entrent progressivement en service : le TC4 (Terminal conteneur 4) est opérationnel depuis janvier 2019 et que le TC3 devrait l’être en 2020.

Avec plus de 6 millions de capacités de conteneurs, cette extension, appelée Tanger Med 2, triplera les capacités de port sur son segment le plus porteur, celui du trafic conteneur.

Avec 9 millions de conteneurs traités, Tanger Med pourrait potentiellement se classer entre Hambourg et Los Angeles dans les classements mondiaux. «Cette perspective dépend non seulement du maintien des performances du port, mais aussi de la perpétuation du modèle actuel de mondialisation qui fait de l’Asie une immense usine d’exportations de produits », analyse un économiste du commerce international.

Au-delà des aléas conjoncturels, le marché mondial devrait se maintenir, et le Maroc pourrait tenter d’attirer de nouveaux investisseurs industriels pour renforcer avant tout sa base locale d’exportation. Amine Laghidi n’a « aucun doute », le potentiel est là « pour atteindre l’objectif des 9 millions de conteneurs opérés ».

Le consultant considère que l’enjeu maritime du Maroc réside dans « le développement de nouveaux services tertiaires à valeur ajoutée dans le domaine : développer le potentiel du vrac qui est une composante fondamentale du commerce Sud-Nord, surtout pour l’Afrique, développer les services d’assurances, le trading du vrac, le repackaging des produits transformés venant du Nord vers le sud… ».

Le positionnement de Tanger Med évolue sensiblement vers l’accueil, dans la zone franche de Tanger, de multinationales capables de choisir la ville comme zone de redéploiement logistique multimodale pour toute l’Afrique. Le français

Décathlon vient de la choisir comme l’un de ses deux points fixes dans le monde pour le déploiement de ses produits ; le distributeur d’articles de sport souhaite également faire appel à l’industrie textile marocaine.

Fouad Brini, ancien directeur de l’Agence de développement des provinces du Nord et aujourd’hui président de TMSA, l’autorité de tutelle de Tanger Med, résume ainsi les acquis du port : « Sur le trafic roulier (camion) et passagers nous avons créé un solide pont vers l’Europe, puisque non seulement nous désengorgeons la ville de Tanger, mais nous offrons de la qualité de service et de la connectivité. Notre fierté provient également de ce que le port de Tanger Med a permis le développement industriel de toute la région Nord. »

Intégrer transbordementet valeur locale

Après avoir surmonté des conflits syndicaux assez durs, en 2011 et 2012, les concessionnaires portuaires et TMSA tiennent également à montrer leur implication sociale, à travers une fondation dont les activités éducatives et sociales sont appréciées.

Bénéficiant d’accord de libre-échange avec l’Europe ou les États-Unis, Tanger Med devait servir de levier permettant aux investisseurs de transformer localement au moins 30 % de la valeur d’un produit avant de le réexporter vers des marchés développés.

Mis à part la filière automobile, dans laquelle cette stratégie s’est incarnée, les connexions entre les filières industrielles en amont et les flux de produits en transit sont encore balbutiants, mais déjà, le port fonctionne comme un hub de redistribution positionné sur la carte des investisseurs internationaux.

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