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Transport

Ceiba Intercontinental : D’indéniables atouts face aux vents contraires

Freinée dans sa croissance par la récession, la compagnie aérienne nationale équato-guinéenne vise de nouvelles clientèles et de nouveaux secteurs pour redécoller. Une stratégie qui s’inscrit dans le programme national de diversification. 

Par Guillaume Weill-Raynal 

Fondée en 2008, Ceiba Intercontinental fait partie de ces jeunes compagnies nationales, ou privées, qui depuis des années, partent à la conquête d’un ciel africain pour le moins clairsemé, trop souvent délaissé par les géants du transport aérien mondial.

Une mise aux normes est indispensable pour satisfaire aux standards des réglementations européennes, et poursuivre l’expansion de la compagnie en dehors d’Afrique. Le développement de la compagnie doit s’inscrire dans une stratégie panafricaine.

Propriétaire d’une flotte de douze avions – quatre B737, un B767, un B777, et plusieurs avions de type ATR pour les court-courriers – elle peut se flatter, après onze années d’existence, d’avoir su répondre aux attentes d’une clientèle qui ne disposait pas, jusqu’alors, d’une offre suffisante de connexions inter-régionales sur le continent.

« Avant, sortir de Guinée équatoriale, et pour voyager entre l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest, était compliqué. Il fallait passer par Douala, ou par Addis- Abeba », explique Ruslan Obiang Nsue, son directeur général adjoint. Aujourd’hui, cette jeune compagnie offre des liaisons directes entre Malabo et Cotonou, Lomé, Dakar, Abidjan, Sao Tomé-et-Principe et Libreville.

Elle assure la liaison depuis toutes les capitales d’Afrique centrale, à l’exception de Bangui, vers l’ouest du continent. Elle a récemment ouvert une ligne directe entre Malabo et Madrid, et travaille sur le projet de nouvelles destinations européennes : Lisbonne, Bruxelles et Paris. 

Comme d’autres entreprises équato-guinéennes, Ceiba Intercontinental a été contrainte de s’adapter aux effets de la récession qui touche le pays depuis 2013.

La compagnie tirait la part la plus importante de ses profits de son activité de fret, grâce aux travaux d’infrastructures de l’époque du boom économique. « Nous transportions beaucoup de matériaux de construction, et pas seulement pour la Guinée, mais aussi pour le Congo et le Gabon. Nos clients étaient de très grosses sociétés, mais aujourd’hui, c’est fini. » Car toute la sous-région a été touchée par le marasme de la chute des cours du pétrole. Ceiba Intercontinental a donc dû redéfinir toute son activité, et la recentrer sur de nouveaux segments. Sans renoncer pour autant au fret.

« Nous visons à présent une clientèle de commerçants qui voyagent pour acheter des marchandises en Afrique de l’Ouest et les ramener au pays. » Une clientèle particulièrement fiable, selon Ruslan Obiang Nue : « Ils sont constants. À tout moment. Quand la marchandise est achetée, ils prennent l’avion, ils payent le cargo. » 

Une clientèle diversifiée 

Leur nombre fait masse. Et leur activité perdure, en dépit de la conjoncture. La population consomme moins, différemment, mais elle consomme toujours. Un recentrage analogue à celui de toute la politique économique équato-guinéenne, mieux adapté aux réalités humaines du pays. 

Le tourisme représente aussi un secteur aux perspectives prometteuses, que Ceiba Intercontinental entend bien exploiter. Les classes moyennes ou supérieures africaines qui ont les moyens de voyager pour les vacances ou pour les loisirs privilégient en général l’Europe.

D’où la création de la ligne Malabo-Madrid et les projets de nouvelles lignes à destination de l’Europe. Que les commerçants empruntent aussi parfois. Mais Malabo peut aussi constituer demain une destination touristique.

Aussi bien pour les Africains que pour une clientèle européenne. Une stratégie qui s’inscrit dans le cadre de programme de diversification défini par la dernière Conférence économique nationale.

Car le potentiel existe. Un parc hôtelier diversifié, couvrant le haut de gamme cinq étoiles, mais aussi de rang plus modeste accessible aux budgets des classes moyennes supérieures ; un environnement favorable de plages, de paysages et de sites. « Les hommes d’affaires, en transit, trouvent le pays très beau, et reviennent parfois en famille. »

Comme d’autres Africains qui parfois, partent en vacances à Porto-Rico ou à Cuba, « ils pourraient retrouver en Guinée équatoriale ce qu’ils aiment là-bas, la douceur du climat, les plages, la tranquillité. Et des vacances moins onéreuses qu’en Europe ». 

De nécessaires partenariats 

La clientèle européenne est aussi visée, toujours avide et curieuse de nouvelles destinations exotiques. À commencer par la clientèle espagnole, puisque la liaison avec Madrid existe déjà. Les études de marché révèlent l’intérêt mêlé d’étonnement de cette cible qui ignorait jusqu’à l’existence d’un pays hispanophone en Afrique…

La compagnie travaille actuellement, avec le ministère du Tourisme, sur un projet de forfait familial de huit jours. Qui pourrait constituer le commencement de cette ouverture sur l’extérieur dont le pays a tant besoin, un prélude à une ouverture plus large, notamment aux financements privés qui, tôt ou tard, devront participer au développement de l’ensemble du pays. 

Ceiba Intercontinental ne pourra, à elle seule, mener ses projets à bien. Un partenariat existe déjà avec Ethiopian Airlines, qui assure aussi bien la maintenance des avions, que la formation des pilotes. La compagnie compte déjà deux commandants de bords équato-guinéens.

Quatre autres commandants seront formés d’ici à la fin de l’année. À l’origine elle ne comptait de nationaux que parmi ses copilotes. Ce partenariat est appelé à se développer à l’avenir, pour tout ce qui touche au management de Ceiba ; sans réellement copier le business model d’Ethiopian, car les tailles des populations des deux pays et l’importance de leurs flottes respectives ne sont pas les mêmes, le partenariat pourra s’inspirer de certaines de ses méthodes.

Une mise aux normes est indispensable pour satisfaire aux standards des réglementations européennes, et poursuivre l’expansion de la compagnie en dehors de l’Afrique. Enfin, un hub régional ne pourra se constituer sans partenariats avec le Gabon et le Cameroun. Le développement de la compagnie équato-guinéenne doit s’inscrire dans une stratégie panafricaine.

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