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Tourisme

Le réveil du tourisme africain

Au-delà des péripéties de l’actualité, l’Afrique garde son potentiel touristique. Les grandes zones traditionnelles restent attractives, tandis qu’émerge un tourisme intra-africain.

Par Christian d’Alayer 

Qui aurait pu croire que deux touristes français imprudents allaient donner du Bénin l’image d’une plaque tournante du terrorisme ? Ce petit pays de 11 millions d’habitants est situé à l’ouest du continent, loin des terrains habituels aux rescapés de Daech et de l’armée de Kadhafi.

Certes, Boko Haram, aujourd’hui terrassé, a laissé des traces tandis que l’enlèvement d’étrangers dans les pays dits « sur la voie de l’émergence », reste une activité lucrative, en dépit de ses dangers. Il n’empêche que cet incident sans doute plus crapuleux que terroriste est de nature à freiner un tourisme ouest-africain jusque-là en plein essor.

Voyons le tableau 1 sur le tourisme en Afrique ; il montre clairement que l’Afrique de l’Ouest commençait à regagner le terrain longtemps abandonné, au sud du Sahara, aux Safaris d’Afrique australe et de l’Est. Nigeria, Ghana et Côte d’Ivoire enregistraient de fait des progressions plus qu’importantes au cours de ces dernières années. Les chiffres des revenus du tourisme sont sans équivoque à cet égard… 

L’avenir dira si cet enlèvement suivi d’une intervention sanglante des troupes de la marine française stoppera ou non cet envol du tourisme ouest-africain. Gageons qu’il ne ternira pas celui de l’Afrique en général : en 2017, même l’Afrique du Nord a connu une progression par rapport aux années précédentes, pourtant les pays sont marqués par des politiques intérieures peu attractives pour les étrangers.

En Tunisie, le tourisme est reparti à la hausse, les Européens et les Maghrébins sont attirés par les prix bas proposés. Plus généralement, les responsables africains du secteur s’émerveillaient hier encore, en mars 2019, devant l’expansion de leurs affaires : réunis au Zimbabwe lors du congrès de l’Africa Travel Association, ils ont pris connaissance de nombreux rapports démontrant que leur continent commençait à devenir «à la mode ».

Ainsi, le dernier rapport annuel de l’Organisation mondiale du tourisme montre-t-il que le record de croissance du tourisme mondial, en 2017, est en partie dû aux performances africaines. 

Un fort tourisme intra-africain 

L’Afrique va connaître inévitablement une forte croissance de son tourisme pour deux raisons principales : d’abord, elle part de très bas, environ 5 % du tourisme mondial tant en arrivées qu’en recettes.

À l’analyse des tableaux 2 et 3, nous voyons que les grands acteurs de ce secteur sont l’Europe, l’Asie et l’Amérique. En Europe, cinq pays concourent à la primauté de leur sous-continent : Espagne, France, Royaume-Uni, Italie et Allemagne, en termes de recettes touristiques, la France précédent l’Espagne en nombre d’arrivées.

En Asie, c’est surtout la Thaïlande qui domine, de loin, en matière de recettes, dépassée toutefois par la Chine, selon le critère des arrivées. En Amérique enfin, les États-Unis qui règnent en maître, tant en matière de recettes touristiques qu’en matière d’arrivées d’étrangers en situation régulière. 

Globalement, le tourisme est devenu l’un des tout premiers secteurs d’investissements tant africains qu’étrangers du continent. Hôtels, plages, tour-opérateurs, restauration, transports, guides emploient déjà une trentaine de millions d’Africains.


Au fur et à mesure de son développement, le continent africain ne peut pas connaître autre chose qu’une croissance de ses touristes. Le décollage du tourisme africain provient surtout aujourd’hui du tourisme des Africains.

On l’a vu pour la Tunisie, mais ce fut aussi vrai hier pour l’Égypte où les séjours étaient vendus à des prix défiant toute concurrence. Les Européens ont commencé à revenir dès 2016, malgré des attentats toujours perpétrés par les radicaux islamiques.

En fait, note l’OMT, le tourisme en Afrique bénéficie de la création, à partir des années 2000, d’une classe moyenne comptant aujourd’hui près de 200 millions d’Africains. Qui veulent retrouver leurs origines et visitent ainsi l’Afrique bien plus intelligemment que les « Occidentaux balnéaires ». 

Vers un doublement des emplois 

On voit ainsi que le Zimbabwe, pourtant toujours montré du doigt par l’Occident, est l’une des plus importantes destinations au sud du Sahara : c’est le pays originaire de la civilisation bantoue.

D’autres destinations tel le Sénégal et son île de Gorée ont aussi profité de cet engouement historique. L’Afrique du Sud règne bien entendu en maître, car elle dispose d’infrastructures touristiques qui s’additionnent à celles, encore plus impressionnantes, qui attirent les hommes d’affaires. Sans surprise, on trouve ensuite Kenya et Tanzanie avec leurs safaris, réputés de longue date. 

En Afrique du Nord, le Maroc était 

devenu la première destination africaine après les problèmes égyptiens. Mais le pays des Pharaons reprend du poil de la bête avec un score inespéré de plus de 8 millions d’arrivées touristiques en 2017, dont un retour des Européens. De son côté, la Tunisie est plus heureuse à présent, ayant presque retrouvé son niveau d’avant les événements. 

Globalement donc, le tourisme est devenu sans doute l’un des tout premiers secteurs d’investissements tant africains qu’étrangers du continent. Hôtels, plages, tour-opérateurs, restauration, transports, guides emploient déjà une trentaine de millions d’Africains aujourd’hui.

Avec une croissance de 7 % en 2018 (68 millions de visiteurs), cela signifie que ce chiffre des emplois du secteur pourrait doubler d’ici à 2025. C’est même pratiquement une certitude. Mais les opérateurs vont devoir recycler leurs connaissances : une nouvelle génération d’Africains, dit-on, cherche aujourd’hui à aller sur les traces de ses idoles, stars du show-business ou du sport…

ENCADRE

Finies les discussions sur les méfaits du tourisme ? 

Dans les années 1990, de nombreux intellectuels africains, surtout au sein des populations émigrées, s’élevèrent contre le risque que le tourisme occidental faisait courir à leurs civilisations. Thèses reprises par d’également nombreux « africanistes » occidentaux, à l’époque très à gauche de la gauche.

On n’en entend plus beaucoup parler aujourd’hui : les rentrées touristiques, actuellement de quelque 40 milliards de dollars en Afrique, auraient-elles calmé les opposants du cru ? Mais les politiques africaines restent sur la lancée de ces années : le Gabon, craignant pour la santé de la civilisation Fang, avait opté pour un tourisme « haut de gamme » qui ne fonctionna jamais.

Les petits éléphants de ses forêts sont nettement plus difficiles à tuer que ceux des plaines centrafricaines et mille fois plus dangereux ! Le Sénégal, autre exemple, aurait pu franchement émerger touristiquement à l’Ouest.

C’est la Côte d’Ivoire qui tira les marrons du feu. Quant aux pays de l’est du continent, on remarquera que la Tanzanie n’a toujours pas rattrapé son grand rival kenyan malgré des atouts bien plus nombreux sur ce plan. Les «anti-touristes » ne disent donc plus rien aujourd’hui, mais les choix des pays africains sont encore imprégnés de leurs combats idéologiques.

À long terme, ils sont donc vaincus. Seule « chance » pour eux, le recul de pays très touristiques vis-à-vis de leur politique d’ouverture. Notamment l’Italie qui commence à jeter un regard critique sur de trop grandes réussites comme celle de Venise. 

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