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Tourisme

Algérie : Les touristes se font attendre

« Nous disposons de 140 000 lits et 2 500 agences de voyages. Ce qui constitue des chiffres énormes pour une destination qui a reçu moins de 3 000 touristes, par an, en moyenne, durant les deux dernières décennies.» En multipliant le nombre des équipements, l’État algérien croyait pouvoir attirer davantage de visiteurs de l’étranger.

Mais cette formule, en vogue dans les années 1960 et 1970, avec l’essor du tourisme de masse, ne fait plus recette. Elle a en revanche, englouti beaucoup de capitaux. « Pour créer une offre abondante, les politiques ont mené, dès 1988, des Zones d’expansion touristiques (ZET) ; aujourd’hui, la majorité n’est toujours pas aménagée, déplore Mourad Kezzar. Certaines ne disposent pas d’hôtels.

Pire, plus de 70 % des hôtels créés ces trente dernières années l’ont été en dehors des ZET, afin de répondre à une nouvelle demande en hôtellerie d’affaires, dans le sillage de l’embellie financière qu’a connu le pays de 2001 à 2014. Or, ce n’est pas avec le Sheraton ou le Mariott qu’on va capter l’Algérien qui veut prendre des vacances ou le petit-fils du pied noir qui veut se ressourcer en Algérie ! »

Aussi, il estime qu’en misant sur la quantité, l’État a négligé la qualité des prestations. « Encore aujourd’hui, nous sommes incapables de gérer nos plages et les  offrir propres et sûres à nos citoyens », s’élève l’expert.

Pour lutter contre le chômage des jeunes, les pouvoirs publics ont décidé, à la fin des années 1990, de céder l’entretien des bords de mer, durant l’été, à des plagistes.

Hélas, l’expérience s’est avérée désastreuse. Les jeunes en question se sont mués, dans de nombreux cas, en petits caïds qui sèment la terreur parmi les estivants.

Une grande école de prestige

Au Salon international du tourisme et des voyages (SITEV) de Paris, où il estprésent chaque année, l’Office national du tourisme (ONT) a souvent du mal à capter l’attention, en dépit d’un investissement important.

Une grande partie du budget de cet organisme vise, d’ailleurs, à vendre « le produit touristique algérien » à l’étranger. À l’intérieur du pays, l’ONT demeure invisible. Résultat, les Algériens vont ailleurs. En 2018, près de trois millions d’entre eux ont visité… la Tunisie.

Alerté par la désertion de ses propres citoyens, l’État affirme vouloir agir en urgence pour revaloriser le niveau de l’offre touristique. Des assises nationales se sont tenues, début 2019, avec l’ambition de restaurer la confiance des touristes nationaux et internationaux.

Mais durant ces rencontres, les participants ont surtout constaté des ratés et des retards dans la mise en oeuvre du Schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT), élaboré en 2008 par l’ancien ministre Cherif Rahmani. À ce dernier ont succédé neuf autres ministres qui n’ont pas laissé d’empreintes.

Seul fait notable, l’Algérie possède depuis 2015, une grande école d’hôtellerie et de restauration, aménagée en partenariat avec un grand établissement suisse.

Pour le reste, rien n’est encore fait. « On ne peut développer le tourisme sans une réforme du secteur des transports, notamment aérien, sans la revalorisation des métiers d’agent de voyages et d’hôtelier, sans une politique sociale qui favorise et encourage les loisirs, sans une réforme de la gestion des œuvres sociales et sans un essor des TIC », souligne Mourad Kezzar.

Parent pauvre du gouvernement, le ministère du Tourisme bénéficie d’un des plus petits budgets de l’État.

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