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Terrorisme

Le Burkina Faso face au terrorisme

Le Burkina Faso face au terrorisme
  • Publiéfévrier 19, 2019

 

à d’autres compétences autres que militaire : psychologue, sociologue, linguiste, informaticien, etc. » 

Avis que partage le colonel Jean- Pierre Bayala pour qui le rohum (renseignement d’origine humaine) est une dimension importante en matière de sécurité intérieure et extérieure.

À ce niveau, les FDS sont souvent perçues par les populations comme des forces d’exaction et cette défiance freine le rohum. Une situation due en partie à leur attitude violente envers les populations civiles. À plusieurs reprises, les FDS ont fait preuve de brutalité. Parfois, pour de banales affaires de moeurs. 

En mai 2018, dans un document de 67 pages, intitulé Le jour, nous avons peur de l’armée, et la nuit des djihadistes, Human Right Watch recense les meurtres et harcèlements commis par l’armée burkinabè contre des villageois dans la région du Sahel entre 2016 et 2018.

« Ces villageois étaient pris au piège entre les islamistes qui menaçaient d’exécuter ceux qui collaboraient avec le gouvernement, et les forces de sécurité qui exigeaient des renseignements sur la présence de groupes armés, et qui punissaient collectivement ceux qui ne fournissaient pas de telles informations », dénonce l’ONG américaine. Qui regrette l’apparent déni des autorités. 

Risque de conflits intercommunautaires 

« Historiquement nos Forces de défense et de sécurité dans leur conception actuelle nous ont été léguées par le colonisateur. Dans l’esprit, elles étaient plus des forces de répression, pour dompter les populations, que des forces de protection. Malheureusement les États indépendants ont poursuivi avec cette tradition. Ici, lorsqu’un civil aperçoit un soldat, au lieu d’être rassuré, c’est plutôt la panique et la débandade », explique l’ancien magistrat militaire Bayala. Selon qui il est nécessaire de « rompre avec ce lourd passif » si l’on veut gagner la lutte antiterroriste. 

Pour l’ex-officier de gendarmerie Mahamoudou Savadogo, la stratégie des groupes djihadistes dans les régions du Sahel et de l’Est est de s’appuyer sur « les erreurs manifestes de l’État en jouant sur les sentiments de repli identitaire ».

De 2016 à 2017, la région de l’Est a connu de nombreux conflits sociaux tels que le déguerpissement forcé, en juillet 2017, de 7 000 habitants à Konkoufouanou. À ce sentiment d’abandon des populations, se mêle celui de l’injuste répartition des concessions de chasse dans les années 1990, qui crée des frustrations. Les groupes terroristes en ont profité pour infiltrer les populations, donnant plus de difficultés aux FDS. 

L’échec, à peine voilée, de l’État dans cette guerre asymétrique fait craindre la montée des conflits intercommunautaires à travers une prolifération des groupes d’autodéfense.

Tandis que l’Association pour le Salut du Sahel (ASS), un groupe d’autodéfense peul, créé en mai 2018 pour « défendre les civils peuls du centre du Mali et du Burkina Faso », opère au Sahel, le mouvement dogon Dana Ambassagou s’est constitué au Nord.

À l’Ouest, ce sont plutôt les Dozo, chasseurs traditionnels mandingues, qui contestent le monopole de violence de l’État. Et les Koglweogo, groupe d’autodéfense constitué contre le grand banditisme, avec l’adhésion massive des populations rurales, règnent en maître à l’Est et dans plusieurs régions dans le centre du pays.

« On n’est pas à l’abri des affrontements que se livrent ces groupes rivaux de l’autre côté de la frontière, au Mali », prévient Savadogo. Inquiétude plus que légitime dans la mesure où après l’attaque terroriste qui a occasionné la mort du chef du village de Yirgou dans le Centre-Nord, la nuit de la Saint Sylvestre, des miliciens Koglweogo se sont attaqués à la communauté peule occasionnant un massacre de 49 personnes, selon les chiffres officiels. 

Devant ce risque, de nombreuses voix s’élèvent pour exiger une accélération des réformes au niveau de l’armée et une réorganisation de l’administration. Alors que raviver la flamme du vivre ensemble devient un impératif, le président Kaboré s’est, pour l’instant, contenté de changer le chef d’état-major général des armées.

ENCADRE

Les principaux groupes actifs 

Les attaques terroristes sont l’oeuvre de groupes locaux d’islamistes radicaux et de petits trafiquants, alliés aux organisations internationales actives dans la bande sahélo-saharienne particulièrement au Nord-Mali.

Ansarul Islam 

Apparu en décembre 2016 sous la houlette du prédicateur radical Ibrahim Malam Dicko (considéré mort depuis mai 2017), le groupe est désormais dirigé par son frère cadet Jafar Dicko. Selon Mahamoudou Savadogo, son appartenance reste inconnue mais il entretient des liens étroits avec la katiba Macina d’Amadou Kouffa (Mali). Il agit essentiellement dans le Sahel burkinabè.

Les groupes de trafiquants 

Constitués de grands criminels qui se sont radicalisés avec l’installation des mouvements djihadistes au Sahel, ces groupes profitent de l’instabilité de la zone pour mener leurs trafics transfrontaliers.

L’État islamique au Grand Sahara (EIGS) 

Né de la fusion en 2013 de deux composantes d’Al-Mourabitoune (le Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest, MUJAO, et les Signataires par le sang), le groupe a fait allégeance à l’EI au Mali en 2015 mais a été officiellement reconnu le 30 octobre 2016 par l’émir suprême de l’EI. Sa zone d’influence est le Liptako-Gourma : frontière Mali-Niger- Burkina Faso.

Le Groupe de Soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) 

Ce groupe est le fruit de la fusion en mars 2017 de quatre organisations djihadistes : Al-Qaeda au Maghreb islamique de l’émir algérien Abdelmalek Droukdel, Ansar Dine du touareg malien radicalisé Iyad Ag Ghali, la katiba Al-Mourabitoune de l’émir du Sahel, Mokhtar Bel-Mokhtar (Algérie) surnommé « Le borgne », et la katiba Macina encore appelée Front de Libération du Macina d’Amadou Kouffa. Allié à Al-Qaeda, il opère au nord du Mali et dans le Sahel et le nord du Burkina Faso. C’est également lui qui est à l’origine des attentats menés à Ouagadougou.

Écrit par
Arnaud Tagnan

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