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Terrorisme

Force multinationale mixte : Comment vaincre Boko Haram ?

Quelques recommandations

La résistance des hiérarchies militaires nationales à une coopération accrue est une réalité dont il faudra donc tenir compte dans tout effort de réforme de la force. Le retrait par le Tchad, décidé en décembre 2019, de plus de 1 000 soldats combattant avec la FMM au Nigeria, sans en informer dûment les autres capitales, a porté un nouveau coup à la force.

Le président Idriss Déby exprime, lui, sa frustration croissante face à ce qu’il considère comme un soutien insuffisant de ses voisins, alors que les troupes tchadiennes mènent le gros des combats. Enfin, les forces armées des quatre pays sont à bout de souffle, car elles rencontrent d’autres défis sécuritaires en plus de l’insurrection autour du lac Tchad.

De courtes offensives de la FMM en 2017 et 2018 ainsi qu’une opération plus soutenue en 2019 ont permis de faire reculer les insurgés, de libérer des civils capturés ou piégés dans les zones que Boko Haram contrôlait et de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire.

Les experts de l’ONG émettent une série de recommandations pour faire de la force mixte une composante plus efficace de la lutte contre le djihadisme. À leur sens, les pays de la région devraient « renforcer ses capacités de planification, de coordination et d’échange de renseignements ». Les gouvernements et les chefs militaires devraient mieux partager les informations avec la force mixte et laisser davantage de liberté aux hauts fonctionnaires. Ils devraient engager des troupes pour des périodes plus longues.

De même, ils devaient intensifier, en collaboration avec l’UA, la formation aux droits humains et le suivi des abus afin que les unités de la FMM respectent mieux le droit international humanitaire et les nouvelles normes de l’UA en la matière. La FMM doit être particulièrement attentive au traitement réservé aux combattants capturés. « Ceci aiderait les autorités à améliorer les relations avec les populations locales, qui pourraient sinon tenir les troupes responsables de mauvais traitements infligés à leurs jeunes. »

Enfin, les dirigeants pourraient permettre à la FMM de mieux soutenir la stratégie de stabilisation régionale de l’UA de 2018. Celle-ci vise à améliorer les services fournis et à diversifier les moyens de subsistance dans les zones touchées par le conflit.

Charge à l’UA et aux bailleurs de fonds, principalement l’UE, de soutenir les mesures proposées, tout en veillant à ce qu’elles ne génèrent pas de lourdeurs bureaucratiques. « Il est également urgent que les bailleurs de fonds, l’UA et les Etats du lac Tchad trouvent un consensus durable en matière de soutien financier. »

La menace djihadiste régionale ne montre aucun signe de faiblesse, alors que la situation dans le nord-est du Nigeria se détériore, conclut International Crisis Group. « Une réponse efficace impliquera des efforts civils pour fournir des services publics, améliorer les conditions de vie des habitants des zones durement touchées, et ramener – ou simplement inspirer – la confiance populaire dans l’autorité publique. »

Il conviendrait également d’offrir aux insurgés des perspectives de démobilisation en toute sécurité et même éventuellement d’engager des pourparlers avec certains d’entre eux. Néanmoins, les opérations militaires restent essentielles pour créer des conditions propices à toutes ces activités. Une FMM renforcée, symbole de la coopération régionale, pourrait soutenir une telle approche.

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