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Terrorisme

Force multinationale mixte : Comment vaincre Boko Haram ?

La Force multinationale mixte, qui combat contre les djihadistes au Lac Tchad, doit faire face à la menace et aux réticences des populations. Les analystes de l’ONG International Crisis Group émettent une série de recommandations pour la rendre plus efficace.

Par Laurent Soucaille et Paule Fax

Les quatre pays du bassin du lac Tchad ont mis en commun leurs ressources pour lutter contre la menace djihadiste, à travers la Force multinationale mixte (FMM). Laquelle a mené des opérations qui impliquaient souvent que les troupes de ces pays combattent les unes chez les autres. « Ces offensives ont débouché sur des victoires et contribué à insuffler un esprit de corps aux troupes », considère International Crisis Group.

L’organisation de conseils en maintien de la paix nuance, dans une analyse dont nous reproduisons ici des extraits : « Des factions insurgées réactives se sont toutefois rapidement regroupées. » 

« Une réponse efficace impliquera des efforts civils pour fournir des services publics, améliorer les conditions de vie des habitants des zones durement touchées, et ramener – ou simplement inspirer – la confiance populaire dans l’autorité publique. »

Dans le même temps, l’opacité des priorités, la réticence des quatre États à céder le commandement des opérations à la force mixte, ainsi que des retards de financements et d’approvisionnement, ont nui à l’efficacité de la FMM. Pour répondre plus efficacement à l’insurrection autour du lac Tchad, « les actions de la FMM ne suffiront pas ; il faudra également que les États parviennent à améliorer les conditions de vie des habitants des zones touchées et à gagner leur confiance ».

Sachant qu’« une FMM plus efficace pourrait contribuer à une telle stratégie », considère l’ONG dirigée par Robert Malley. Les pays de la région devraient donc renforcer sa capacité de planification et de communication, l’échange de renseignements, le respect des droits humains et la coordination entre le civil et le militaire. Ils devraient ensuite trouver un terrain d’entente avec les bailleurs de fonds, quant au financement de la force.

Des avancées, de courte durée

La force mixte comprend les troupes apportées par le Bénin et l’UA (Union africaine). « Elle a connu quelques avancées. » Cette collaboration a permis aux forces des différents pays d’apprendre les unes des autres, de promouvoir l’idée d’une coopération transfrontalière et d’améliorer la coordination tactique.

Des opérations conjointes, au cours desquelles les troupes tchadiennes étaient souvent déployées dans les autres pays, ont permis d’endiguer l’expansion de Boko Haram en 2015 et 2016, et de faire pression sur le groupe, qui s’est ainsi scindé en au moins trois factions.

De courtes offensives de la FMM en 2017 et 2018 ainsi qu’une opération plus soutenue en 2019 ont permis de faire reculer les insurgés, de libérer des civils capturés ou piégés dans les zones que Boko Haram contrôlait et de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire.

« Les avancées contre Boko Haram et les factions résultant de sa scission ont cependant généralement été de courte durée », observe ICG.

La résilience des factions s’explique non seulement par leur aptitude à fuir vers d’autres zones, mais aussi par l’incapacité des États eux-mêmes, en particulier le Nigeria, à déployer des efforts de reconstruction et à améliorer les conditions de vie des habitants des zones reprises après les opérations militaires.

Le fait de n’avoir pas réussi à pérenniser les opérations de 2015 et 2016 a probablement favorisé le retour des djihadistes qui semblent en mesure de se regrouper.

Obtenir le soutien des populations

La FMM souffre également de limitations structurelles. Sa chaîne de commandement est fragile, même au regard des normes qui régissent les forces multilatérales, car les forces nationales qui la composent combattent principalement dans leur propre pays.

En outre, les rotations des troupes de la FMM, décidées par les commandements nationaux, sont fréquentes. L’organe de contrôle civil, la CBLT, manque de moyens et peine à exercer son autorité sur la force ou à limiter les abus de soldats qui ne rendent de comptes qu’à leurs hiérarchies nationales.

Quant à l’UA, si elle autorise la force, elle ne peut réellement contrôler son usage, malgré des tentatives d’instaurer des pratiques communes quant au traitement des insurgés capturés et des personnes qui leur sont associées.

Les retards dans les financements et les processus d’approvisionnement – l’Union européenne finance la force par le biais de l’UA, mais l’argent européen a longtemps été bloqué à Addis-Abeba – ont différé l’acheminement de matériel essentiel et alimenté les récriminations des acteurs concernés. « Les lacunes de la force limitent son efficacité, mais elles n’expliquent qu’en partie la résilience de l’insurrection autour du lac Tchad », considère ICG.

Selon qui les opérations militaires conjointes doivent s’inscrire dans une stratégie plus large dotée d’une composante politique visant à regagner la confiance des populations du lac Tchad.

Certaines faiblesses résultent de sensibilités nationales. Malgré une volonté affichée de coopérer, le Nigeria cherche à garder la primauté dans les efforts anti-insurrectionnels et voit d’un mauvais œil une intégration accrue. Le Cameroun, le Tchad et le Niger se satisfont de la coordination sommaire de la FMM, et certains de leurs responsables s’opposent également à une plus grande intégration.

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