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Sport

Patrice Motsepe respecte le compromis de Rabat

Le nouveau président de la Confédération africaine de football a placé ses anciens rivaux à des postes clefs, conformément à ses engagements. Plusieurs chantiers attendent le nouvel élu, qui devra se défaire de l’encombrant adoubement de la FIFA.

Par Paule Fax

Les choses n’ont pas traîné. À peine installé à la présidence de la CAF (Confédération africaine de football), Patrice Motsepe a désigné ses cinq vice-présidents. Dont les nominations ont été approuvées par le comité exécutif.

En 2004, fortune faite, Patrice Motsepe devient le président du FC Mamelodi Sundowns, le club le plus titré d’Afrique du Sud ; club qui a gagné sept titres de Champion depuis. La formation de Pretoria remporte également la Ligue des champions africaine en 2016, puis la Supercoupe d’Afrique.

Les anciens rivaux Augustin Senghor et Ahmed Yahya deviennent respectivement premier et deuxième vice-présidents. Des nominations sans surprise, puisque le président de la fédération sénégalaise et le dirigeant mauritanien avaient accepté « le compromis de Rabat » et se sont retirés de la course à la présidence de la CAF dans la dernière ligne droite.

« Tout le monde devrait se glorifier du nouveau poste de Maître Augustin au sein de la CAF. C’est la première fois qu’un Sénégalais occupe un tel poste. Et pour quelqu’un qui convoitait le poste de président, la vice-présidence est à saluer », commente le ministre sénégalais des Sports, Matar Bâ. La place de 3e vice-président échoit à Suleïman Waberi, président de la Fédération de Djibouti.

De son côté, le Cameroun est représenté par Seydou Mbombo Njoya, 4e vice-président. Une surprise, cette fois. « Je remercie le président Motsepe d’avoir porté son choix sur mon pays, car c’est d’abord mon pays qui compte et pas ma personne », a-t-il réagi. « Je compte apporter ma contribution à ce gros challenge qui nous attend : redresser cette maison CAF qui est un bateau à la dérive. » Le Camerounais revient de loin, lui qui avait vu sa candidature à un poste au sein de la CAF invalidée par le Comité arbitral du sport, dans un premier temps.

Une femme, Kanizat Ibrahim, venue des Comores, s’adjuge la 5e vice-présidence. La nouvelle promue voit dans sa nomination « une nouvelle façon de faire de la CAF qui donne davantage d’importance à la femme, ce qui est immense », confie-t-elle au micro de RFI. Nomination surprenante à plus d’un titre, car Kanizat Ibrahim, cheffe d’entreprise dans l’événementiel, n’a qu’une expérience toute récente du football.

Jacques Anouma, le conseiller

Enfin, Véron Mosengo-Omba devient chef de l’administration de la CAF. Lui, au contraire, est un fin connaisseur des coulisses du football international. Ce natif de RD Congo, également de nationalité suisse, a occupé divers postes à responsabilité au sein de la FIFA, la Fédération internationale. Il s’est plus particulièrement engagé dans l’accompagnement des 54 associations membres africains dans leurs projets « Forward » de la FIFA, le développement du football de jeunes et du football féminin à travers le continent, et, plus récemment, la mise en œuvre du plan d’aide de la FIFA contre la Covid-19. Enfin, l’ancien rival ivoirien Jacques Anouma devient conseiller du président de la CAF, conformément au compromis de Rabat.

Ces nominations préfigurent les premiers changements pour la « nouvelle » CAF, celle voulue par Patrice Motsepe et soutenue par les instances internationales.  « L’Afrique a besoin de sagesse collective, mais aussi du talent et du travail exceptionnels de chaque président d’association et de chaque nation membre », a commenté le nouveau président de la CAF. « Si nous travaillons tous ensemble, le football en Afrique connaîtra une réussite et une croissance sans précédents. » Cette vision a reçu l’appui du président de la FIFA, Gianni Infantino, qui a félicité tous les candidats à l’élection pour leur vision collective et leur esprit d’équipe.

« Je tiens à féliciter Patrice Motsepe pour sa sagesse, son engagement et sa passion », a-t-il déclaré. « Je souhaite beaucoup de réussite sur les quatre prochaines années à la nouvelle équipe dirigeante de la CAF et du football africain. »

Il faudra néanmoins au Sud-Africain se débarrasser de l’étiquette de « candidat de la FIFA ». En effet, la Fédération internationale, sans grande discrétion, a beaucoup œuvré pour faciliter son élection. La FIFA redoutait que la multiplication des candidatures, et des actions de l’ancien dirigeant Ahmad Ahmad – dont la suspension a finalement été réduite à trois ans – ne vienne semer le trouble.

Du pain sur la planche

C’est pourquoi, au terme du sprint final, l’élection de ce chef d’entreprise à succès, mais finalement peu connu hors de son pays, n’est pas une surprise, tandis que l’économie du sport devient un thème porteur en Afrique. Patrice Motsepe pointe à la dixième place des grosses fortunes d’Afrique, avec un patrimoine estimé à 2,5 milliards d’euros, selon Forbes. Le self-made-man de 59 ans a fait fortune dans l’industrie minière et la finance. Candidat surprise à un fauteuil qui ne manquait pas de prétendants, peu bavard dans les médias, contraint à réduire sa campagne sur le terrain pour cause de Covid-19, il n’a dévoilé ses intentions qu’au dernier moment.  

 « J’aime le football. Un amour stupide et irresponsable ! » ; le slogan a fait mouche ! Et il a réussi tous ses concurrents à se retirer pour faire gagner « l’esprit d’équipe » autour de lui, plutôt que de maintenir d’inutiles rivalités.

Sceptique dans un premier temps, Augustin Senghor, a finalement « accepté la proposition consensuelle de la FIFA au nom de l’intérêt supérieur de l’unité du foot africain ». Voilà le Sénégalais désormais vanter la direction de la CAF comme « une équipe, une team pour relever le foot africain ». 

Un parcours brillant

Les chantiers ne manquent pas : le football africain subit l’émigration de ses joueurs vers les clubs européens, et les sponsors ne se bousculent pas toujours. Tout un écosystème est à recomposer. Face aux conflits passés ou en cours – comme avec l’agence Lagardère Sports, remerciée en 2019 –, Patrice Motsepe fait figure d’homme nouveau.

Le président de la CAF a grandi à Soweto, près de Johannesburg. Dans ce ghetto, ses parents, plutôt aisés, tiennent un magasin. Ils envoient leurs sept enfants dans des institutions catholiques. Patrice Motsepe, titulaire d’une licence en Art, se lance ensuite dans le droit des affaires, singulièrement le droit minier. Il intègre un cabinet d’avocats en 1988, dont il devient associé en 1993. L’apartheid vient de s’achever. Par la suite, il fonde Future Mining et African Rainbow Minerals Gold, deux entreprises minières.

Patrice Motsepe ne s’est jamais engagé en politique, si ce n’est indirectement : sa sœur Tshepo est l’épouse du chef de l’État, Cyril Ramaphosa. Son autre sœur, Bridgette, est l’épouse de Jeff Radebe, ancien ministre et dirigeant de l’ANC. Bridgette Radebe dirige sa propre compagnie minière.

En 2004, fortune faite, Patrice Motsepe devient le président du FC Mamelodi Sundowns, le club le plus titré d’Afrique du Sud ; club qui a gagné sept titres de Champion d’Afrique du Sud depuis. La formation de Pretoria remporte également la Ligue des champions africaine en 2016, puis la Supercoupe d’Afrique.

En dépit des succès, l’interrogation demeure : Patrice Motsepe ne sera-t-il qu’une « marionnette » de la FIFA, comme le suggère le journal sénégalais Record ? Sans nier ses compétences, certains remettent en cause… son emploi du temps. Les mauvaises langues rappellent qu’il s’occupe très peu de son club et aucunement les affaires du football sud-africain. À lui se mouiller le maillot de la CAF sur le terrain.

PF

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