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Sport

Cameroun : CAN 2019, un terrain semé d’obstacles

L’harmonie semble retrouvée entre la Fécafoot et le tandem FIFA-CAF. Retour sur les événements tumultueux qui ont failli faire perdre au Cameroun l’organisation de la CAN 2019, objet de toutes les convoitises.

Yaoundé, Julien M. Evina

Ces derniers mois, les Camerounais sont passés par toutes les émo­tions. Ils ont surtout vécu avec la peur de voir leur pays perdre l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations, la CAN 2019. Cette menace était réelle depuis l’arrivée du nouveau président de la Confédération africaine de football (CAF), Ahmad Ahmad. Qui a laissé croire que les premières réformes du football africain auxquelles il allait pro­céder visaient particulièrement le pays de Roger Milla.

Le dirigeant malgache annonçait déjà la couleur par une insinuation à peine voilée, au lendemain de sa vic­toire face à Issa Hayatou, le président sortant : « Pour l’organisation des compé­titions, je serai impitoyable avec tous les pays qui ne se conformeront pas à notre cahier des charges. » Puis, lors du sym­posium que la CAF organisa avec le Maroc à Rabat, Ahmad rendit publique une décision qui prenait au dépourvu la Fédération camerounaise de football et l’ensemble des Camerounais : « Dès 2019, la Coupe d’Afrique des nations passera de 16 à 24 équipes ». Une situa­tion difficile à expliquer.

Elle semait surtout le doute, laissant entendre qu’Ahmad Ahmad voulait simplement retirer l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun. « Comment peut-on changer les règles de jeu pendant le match », s’offusquait Tombi À Roko Sidiki, président de la Fécafoot. Certains Camerounais allaient jusqu’à dénoncer un complot contre leur pays. Tandis que d’autres y voyaient un règlement de compte contre le pays d’Issa Hayatou.

Le Cameroun promet sept sites

Car ce dernier, encore à la CAF, avait retiré début 2017 à Madagascar l’organisation de la CAN U17. Une compétition finalement organisée au Gabon. Quelques semaines avant le début de ce tournoi de football des jeunes, selon l’institution africaine, la Grande île n’avait pu présenter de stades aux normes CAF. C’est donc, selon toute vraisemblance, sur une histoire de stades que la CAF version Ahmad a, elle aussi, tenté d’épingler le Cameroun.

Et pourtant, quelques jours seule­ment avant le symposium de Rabat, Pierre Ismaël Bidoung Mkpwatt, le ministre camerounais des Sports et de l’éduca­tion physique, annonçait avec fierté que le Cameroun avait prévu six sites pour la CAN 2019. Ce, alors que le précédent cahier des charges convenu entre la CAF de Hayatou et le pays de Samuel Eto’o depuis 2014 exigeait quatre sites. Autant dire que l’exécutif dirigé par Ahmad Ahmad a ignoré certains des contrats pas­sés par son prédécesseur avec les autorités du football camerounais.

Celles-ci firent preuve d’un flegme remarquable : elles décidèrent au contraire de s’aligner sur la nouvelle décision d’Ahmad Ahmad, de passer de 16 à 24 nations dès la CAN 2019, proposant finalement sept sites : deux à Yaoundé (Olémbé et Mfandéna) ; deux à Douala (Japoma et Bépanda) ; un à Limbé ; un à Bafoussam et un autre site à Garoua dans le Nord.

Pourtant, le président de la Confédération africaine de football n’en démordait pas, lors d’une récente réunion à Ouagadougou : « Même si la compétition devait se jouer avec seu­lement quatre équipes aujourd’hui, le Cameroun ne serait pas capable de l’organiser, car en l’état actuel des choses, aucun site n’est en mesure d’accueillir la compétition. » Ces propos ont sonné chez beaucoup comme un acharne­ment. Sentiment conforté par la déci­sion de la CAF de reporter sine die une mission d’experts qui devaient se rendre au Cameroun du 20 au 28 août 2017, afin d’inspecter les sites de la CAN, avec Price Waterhouse Cooper, un cabinet d’ordinaire spécialisé en comptabilité et non en génie civil.

Coup de sifflet final ?

Telle ne fut donc pas la surprise des Camerounais d’apprendre, au milieu de ces bisbilles, que l’Algérie était prête pour remplacer leur pays. Mais que c’est le Maroc qui aurait les faveurs d’Ahmad Ahmad pour récupérer l’organisation de la CAN 2019. C’est à ce niveau qu’est intervenu le chef de l’État.

Comme si cela ne suffisait pas, la FIFA a mis en place un Comité de nor­malisation à la Fécafoot. Conséquence, l’exécutif en place depuis 2015, incarné par Tombi À Roko et jugé illégal par le TAS (tribunal arbitral du sport) est écarté par la FIFA. D’accord. Mais le timing choisi par la Fédération inter­nationale de football laisse perplexe. D’autant plus que la durée de vie du Comité de normalisation (jusqu’au 28 février au plus tard) ne peut raison­nablement pas lui permettre de respec­ter la feuille de route de la FIFA : gérer les affaires courantes, écrire de nou­veaux statuts et organiser les élections, des ligues départementales et régionales jusqu’au niveau fédéral. « Il s’agit là d’une instrumentalisation par la FIFA des problèmes du football camerounais afin de mieux le régenter. Cette manoeuvre vise à terme le retrait de la CAN 2019 au Cameroun. Comment fera-t-on pour régler tous ces problèmes et en même temps organiser cette compétition en si peu de temps ? » s’inquiète Owona Nguini, spé­cialiste de la géopolitique du sport.

Heureusement, le président de la CAF, de son côté à l’occasion d’une réunion du Comité exécutif à Accra au Ghana, a dénoncé les intentions qu’on lui prêtait : « Je n’ai jamais voulu retirer la CAN 2019 au Cameroun, il est simple­ment de notre devoir de protéger cette com­pétition. C’est vrai qu’on s’est inquiété de l’état des infrastructures dans ce pays. » Il n’est d’ailleurs pas le seul à s’inquiéter de l’état des stades camerounais ; certes, les travaux avancent, mais à pas de tortue.

Confirmation en tout cas de cette sérénité naissante entre le Cameroun et le tandem CAF-FIFA, des envoyés spéciaux de la Fédération internationale viennent de séjourner à Yaoundé. La mission selon ces experts vise à s’assurer du fonctionne­ment effectif du Comité de normalisation de la Fécafoot. « Ils nous ont dit qu’ils passe­ront régulièrement voir comment le travail avance. C’est l’occasion de rappeler que nos rapports avec la FIFA sont au beau fixe », rassure Laurence Fotso, responsable de la communication à la Fédération camerou­naise de football.

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