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Société

Violences sexistes : les hommes font partie de la solution

Violences sexistes : les hommes font partie de la solution
  • Publiédécembre 1, 2023

L’exemple de l’initiative Spotlight menée dans de nombreux pays africains montre qu’il est possible de convaincre les garçons et les hommes de combattre les préjugés et les assignations de genre, jusque dans leur propre foyer.

 

Grâce à son travail en tant que membre de l’équipe de santé du village dans le district de Kasese, en Ouganda, Timothy Mbene Masereka était devenu expert dans le traitement des membres de la communauté pour des maladies telles que le paludisme et la pneumonie.

Cependant, il ne se sentait pas à la hauteur lorsqu’il tentait de s’attaquer à un problème de santé majeur dont il était témoin lors de ses visites à domicile : la violence à l’encontre des femmes et des jeunes filles : la violence à l’encontre des femmes et des jeunes filles.

« Je suis heureux parce que maintenant les enfants peuvent tout me dire ; ma femme ne cache rien – elle est très claire et transparente, tout comme je le suis avec elle. »

« Au cours de mes séances au sein des foyers, j’ai vu que la violence sexiste était un problème et j’ai essayé de m’en occuper – mais je n’avais pas les compétences nécessaires pour vraiment résoudre le problème », a-t-il relaté l’UNFPA, l’agence des Nations unies pour la population. « Dans ma communauté, les hommes dominaient et la violence sexiste n’était pas discutée ouvertement. »

Dans le monde entier, le sujet de la violence fondée sur le genre reste sujet à la honte, au silence et à la stigmatisation, bien qu’il s’agisse de l’une des violations des droits de l’homme les plus répandues dans le monde. Selon l’OMS, près d’une femme sur trois a été confrontée au moins une fois dans sa vie à la violence d’un partenaire intime, à la violence sexuelle d’un autre partenaire ou aux deux.

En Ouganda, en 2021, 95 % des femmes et des filles ont déclaré avoir subi des violences physiques, sexuelles ou les deux depuis l’âge de 15 ans.

Timothy Masereka cherchait un moyen de lutter contre les abus dans sa communauté. Sur la voie de la défense des femmes et des filles, il a appris que si la violence commence souvent avec les hommes, elle peut aussi finir avec eux.

« La plupart des auteurs de violences sexistes sont des hommes », explique-t-il ; « mais les hommes et les garçons peuvent faire partie de la solution ».

 

Changer les attitudes et soutenir les survivantes

La violence sexiste est alimentée par des normes et des pratiques qui perpétuent l’inégalité entre les sexes. Changer les croyances et les coutumes d’une société peut se révéler difficile, mais c’est une tâche nécessaire pour mettre fin aux cycles vicieux de la violence.

C’est aussi une tâche que Timothy Masereka était impatient d’entreprendre. En 2019, il a eu l’occasion de participer à une formation axée sur la lutte contre la violence sexiste dans le cadre de l’initiative Spotlight, une initiative mondiale des Nations unies visant à éliminer la violence à l’égard des femmes et des filles. Il y a appris à parler aux hommes et aux garçons de la violence sexiste, à conseiller les couples pour qu’ils résolvent leurs différends par le dialogue et à identifier les femmes et les filles victimes de violence et à les orienter vers les autorités et les services compétents.

Timothy Masereka prend la parole dans son village.
Timothy Masereka prend la parole dans son village.

 

Il a également appris à repérer les formes plus subtiles de violence sexiste, notamment la violence économique. « Par exemple, les femmes plantent les récoltes, mais elles n’ont pas leur mot à dire sur ce qu’il advient d’elles », se désole Timothy Masereka : « ce sont les hommes qui prennent toutes les décisions. »

Notre témoin, désormais formateur, est l’un des plus de 1 500 hommes en Ouganda à avoir été instruit dans le cadre de l’initiative Spotlight en tant que modèle masculin positif depuis 2019. La formation offre aux mentors masculins la possibilité d’apprendre des stratégies pour changer les attitudes et les normes qui conduisent à la violence, et soutenir l’accès des survivants aux services.

Dans le district de Kasese, Timothy Masereka s’efforce de sensibiliser à la violence sexiste en distribuant des informations à l’église et lors de rassemblements communautaires, effectue des visites à domicile pour aider les couples à résoudre leurs problèmes et anime des discussions sur la violence entre les hommes et les garçons.

Il assure également le suivi des filles qui abandonnent l’école et s’efforce de soutenir les victimes de violences, notamment en les accompagnant à la police et dans les bureaux des conseils locaux pour signaler les incidents.

« Les hommes et les garçons peuvent utiliser leur pouvoir pour améliorer la situation de la communauté. »

 

Le changement commence à la maison

Ces dernières années, l’Ouganda a progressé dans le rejet des normes d’inégalité entre les sexes. Entre 2000 et 2016, par exemple, la proportion d’hommes acceptant une ou plusieurs justifications pour les violences physiques à l’encontre d’une épouse a chuté de 64 % à 41 %.

Pour autant, de nombreuses autres attitudes et attentes sexistes se sont avérées difficiles à briser. Certaines d’entre elles sont même restées en vigueur dans le foyer de Timothy Masereka, jusqu’à sa formation.

« J’ai appris que les tâches ménagères pouvaient être accomplies aussi bien par les hommes que par les femmes », reconnaît-il. « Les choses se font plus rapidement. Par exemple, si ma femme prépare le repas, je peux faire la vaisselle. Si ma femme ramasse du bois, je peux aller chercher de l’eau ; ainsi, nous mangeons tous plus tôt ! ».

Les gens se sont moqués lui lorsqu’ils l’ont vu pour la première fois se charger des tâches domestiques. Mais ils ont changé d’attitude lorsqu’ils ont vu à quel point sa maison était devenue plus productive. La dynamique familiale a également changé : ses relations avec sa femme et ses enfants se sont améliorées.

« Je suis heureux parce que maintenant les enfants peuvent tout me dire ; ma femme ne cache rien – elle est très claire et transparente, tout comme je le suis avec elle. »

L’initiative mondiale Spotlight est une initiative des Nations unies, de l’Union européenne et d’autres partenaires, qui vise à éliminer la violence à l’égard des femmes et des filles. En Ouganda, elle est mise en œuvre par le gouvernement, l’Union européenne et de nombreuses agences onusiennes. Depuis 2019, près de 300 000 personnes en Ouganda ont participé à des programmes communautaires sur les droits des femmes grâce à cette initiative.

Visuel UNFPA
Visuel UNFPA

 

PF, d’après un compte rendu de l’UNFPA

@NA

Écrit par
Paule Fax

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