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Société

Une typologie des travailleurs migrants

L’Organisation internationale du travail dresse un nouveau tableau statistique des migrants internationaux (pays, secteurs d’activité, etc.). Peu de changements de tendance étaient constatés avant 2020, sachant que la crise de la Covid-19 a précarisé les populations migrantes.

Par Laurent Soucaille

L’OIT (Organisation internationale du travail) estime qu’au début de l’année 2021, 93% des travailleurs du monde résidaient dans des pays ayant adopté des mesures de fermeture des lieux de travail en raison de la crise sanitaire. Sans surprise, de nombreux migrants internationaux figurent parmi les plus vulnérables.

Les travailleurs migrants hommes se répartissent équitablement entre Europe, Amérique du Nord et pays arabes, alors que les travailleuses migrantes sont plus fortement concentrées en Amérique du Nord et en Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest.

Ces travailleurs représentent une part importante de la main-d’œuvre dans de nombreuses régions ; ils apportent une contribution capitale à la société et à l’économie de leur pays de destination et occupent des postes essentiels dans des secteurs vitaux comme les soins de santé, les transports, les services, l’agriculture et l’agroalimentaire.

Pourtant, les migrants occupent souvent des emplois temporaires, informels ou non protégés, ce qui les expose à un risque encore plus grand d’insécurité, de licenciement et de dégradation des conditions de travail. De plus, les effets de la Covid-19 sur les travailleuses migrantes semblent avoir aggravé les vulnérabilités déjà existantes, car les femmes sont surreprésentées dans les emplois mal rémunérés et peu qualifiés et ont un accès limité et moins d’options en termes de services de soutien. La pandémie de a affecté l’ampleur et les caractéristiques des migrations internationales de main-d’œuvre.

Ces constats sont émis par l’OIT à l’occasion de la troisième édition des Estimations mondiales sur les travailleurs migrants internationaux. Qui estime que 169 millions de personnes sont des travailleurs migrants internationaux. Ils représentent 4,9% de la main-d’œuvre mondiale. Ce chiffre atteint son plus haut niveau, soit 41,4%, dans les États arabes. Le taux d’activité (travailleurs occupés et chômeurs en quête d’emploi) des migrants s’élève à 69,0%, est plus élevé que celui des non-migrants qui est de 60,4%.

Parmi ces travailleurs migrants, 99 millions sont des hommes et 70 millions sont des femmes. En règle générale, les femmes sont moins nombreuses chez les migrants (travailleurs ou non) et ont un taux d’activité plus faible par rapport à celui des hommes (59,8 % contre 77,5 pour cent) d’autre part.

Disparités géographiques

Les femmes sont confrontées à davantage d’obstacles, économiques et non économiques, en tant que travailleuses migrantes et il est plus probable qu’elles émigrent en tant que membres de la famille accompagnateurs, pour des raisons autres que professionnelles.

Elles peuvent subir des discriminations fondées sur le sexe sur le marché du travail et manquer de réseaux sociaux, ce qui rend difficile la conciliation du travail et de la vie familiale dans un pays étranger. Ces moyennes masquent des différences considérables entre les régions géographiques, des régions comme l’Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest comptant plus de 50 % de femmes parmi les travailleurs migrants contre moins de 20 % dans les États arabes.

Alors que les migrants tendent à avoir des taux d’activité supérieurs, les statistiques ont chuté, pour les migrants comme les non-migrants, au fil du temps. En 2013, les travailleurs migrants constituaient 72,7 % des migrants en âge de travailler contre 69,0 % en 2019.

Ce phénomène rejoint ce qui est observé chez les populations non migrantes. L’OIT prévoit que la baisse générale des taux d’activité observée depuis 1990 va se poursuivre jusqu’en 2030 au moins. Parmi les facteurs explicatifs, figure l’évolution démographique (par exemple, le vieillissement des populations dans la plupart des pays à revenu élevé). Ainsi que les changements technologiques, les politiques du marché du travail et celles d’immigration.

De leur côté, les migrants souffrent également de discrimination sur le marché du travail et les obstacles à l’emploi, d’une maîtrise insuffisante de la langue du pays d’accueil et d’un manque de reconnaissance de de leurs compétences et qualifications.

La grande majorité des travailleurs migrants internationaux est composée d’adultes dans la force de l’âge (86,5%) mais la part des jeunes augmente. Pour leur part, les jeunes constituent 12,9 % de la population immigrée en âge de travailler, leur part ayant augmenté, au fil du temps, depuis 2017.

À l’inverse, la part des travailleurs âgés de 65 ans et plus s’est réduite à 3,6% des migrants. Bien sûr, les âges intermédiaires ont une meilleure capacité à émigrer vers un pays étranger, que ce soit par leurs moyens financiers et leurs réseaux sociaux. Ils offrent des gains potentiels plus élevés que ceux des jeunes migrants moins expérimentés, par exemple.

Essor des services, pour les femmes

Enfin, l’essor de la migration des jeunes est vraisemblablement le fruit de taux de chômage élevés dans de nombreux pays en développement et du phénomène de « l’explosion démographique des jeunes ».

La plupart des travailleurs migrants (66,2%) se concentrent dans le secteur des services, 26,7% dans l’industrie et 7,1% dans l’agriculture, mais il existe des différences considérables entre les sexes selon les secteurs. Dans le cas des femmes, 79,9% travaillent dans les services et seulement 5,9% dans l’agriculture.

Cela s’explique en partie, par la demande croissante de main-d’œuvre dans l’économie des services à la personne, y compris la santé et le travail domestique. Les hommes trouvent du travail dans les domaines de la fabrication et de la construction.

Moins de migrants dans les pays les plus riches

Au fond, les changements observés dans la répartition sectorielle des travailleuses migrantes suivent la tendance générale des marchés de l’emploi. Du côté des hommes, les migrants trouvent des emplois industriels dans les pays à revenu intermédiaire inférieur et supérieur.

Parmi les 169 millions de travailleurs migrants, 113,9 millions (67,4 %) se trouvent dans les pays à revenu élevé et 33 millions (19,5 %) dans les pays dits « à revenu intermédiaire supérieur ». Où leur part dans la population active augmente, contrairement à ce qui se passe dans les pays les plus riches. Ces pays (Europe de l’Est, par exemple) offrent davantage de perspective et ont changé leurs politiques migratoires.

Les travailleurs migrants représentent une part importante de la main-d’œuvre des pays à revenu élevé (18,7% pour les hommes et 17,6% pour les femmes). Enfin, en matière géographique, trois régions accueillent la majorité des travailleurs étrangers : l’Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest, l’Amérique du Nord et les États arabes. À noter que l’Afrique représente 8,1% des pays d’accueil pour les migrants.

Les travailleurs migrants hommes se répartissent équitablement entre Europe, Amérique du Nord et pays arabes, alors que les travailleuses migrantes sont plus fortement concentrées en Amérique du Nord (24,9 %) et en Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest (29,4 %). Seules 6,0% des travailleuses migrantes se trouvent dans les États arabes, ce qui peut être en partie attribué aux possibilités d’emploi limitées que leur offre cette région en dehors de l’économie des services à la personne, y compris le travail domestique.

« Les politiques en matière de migration de main-d’œuvre ne seront efficaces que si elles se basent sur des preuves statistiques fortes », conclut Rafael Diez de Medina, directeur du Département de statistique de l’OIT. « Ces politiques peuvent aider les pays à répondre aux évolutions entre l’offre et la demande de main-d’œuvre, stimuler l’innovation, le développement durable ainsi que le transfert et la mise à jour des compétences. »

@LS

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