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Société

Une identité pour toutes et tous

Faire de l’identité légale un chantier propice à la défense des droits fondamentaux et à l’inclusion économique. C’est le défi que se lancent l’ONG Urgence Identité Afrique et des organisations internationales, sur un continent où 60% de la population n’a pas de preuves d’identité.

Par Nicolas Bouchet

« Le premier des droits de l’homme est d’être déclaré et enregistré à la naissance », affirme André Franck Ahoyo, délégué général d’UIA (Urgence Identité Afrique). Mais le « premier acte qui fait qu’un nouveau-né devient citoyen puisse jouir de ses droits fondamentaux » rencontre de nombreuses entraves. Un phénomène de masse qui empêche de bien connaître l’Afrique et affecte le continent de manière disproportionnée par rapport au reste du monde.

Aujourd’hui, plus de 500 millions d’Africains, soit 40% de la population du continent, ne peuvent prouver leur identité légale. L’ONU entend réduire ce chiffre de 300 millions, d’ici à 2025.

Dans le flux des naissances, l’Unicef estime qu’en Afrique 94 millions d’enfants (de 0 à 5 ans) n’ont pas été déclarés à leur naissance, pour un total de 166 millions d’enfants sans identité légale dans le monde.

Parmi les pays africains, plus de la moitié de la population n’a pas d’identité légale en Angola, au Nigeria, au Tchad, ou encore dans la Corne de l’Afrique. L’institution projette à 115 millions le nombre d’enfants en Afrique qui seront dans cette situation en 2030, si rien n’est fait. Le coût de la déclaration des naissances est une première manière d’expliquer les dimensions de ce phénomène.

Pour des ménages qui vivent avec moins de 1,9 dollar par jour, les freins économiques viennent des collectivités qui rendent payante, à hauteur de 500 à 1 000 F.CFA, la déclaration de naissance. C’est encore le coût du transport pour se rendre sur le lieu de la déclaration, souvent éloigné du lieu de naissance.

S’y ajoutent des barrières linguistiques comme l’analphabétisme qui interdit de connaître ses obligations légales, culturelles comme le nomadisme de certaines populations, ou encore le simple refus d’identifier officiellement les nouveau-nés.

Cette démarche interdit en effet de tirer profit d’un enfant par des pratiques comme celle du mariage forcé des mineures. Mais sans la volonté politique des gouvernements, les institutions et ONG internationales mobilisées ne peuvent pas obtenir de résultats.

Défiance persistante

L’étape indispensable demeure la mise en place par les autorités d’un système d’état civil « qui soit irrécusable et fiable et qu’aucune structure privée ne peut faire à sa place », précise André-Franck Ahoyo. Et même quand ces conditions sont réunies, il faut la démarche volontaire des parents pour faire entrer les personnes dans le circuit de l’identification.

En sens contraire, les administrations peuvent rapprocher l’état civil des citoyens par des audiences foraines tenues sur les territoires à l’occasion de campagnes de vaccination, souvent en partenariat avec l’OMS et l’Unicef, ou de recensement.

Préalables indispensables aux campagnes d’inscriptions sur les listes électorales où l’on doit apporter la preuve de son identité… et qui sont l’occasion pour l’État de régulariser ses citoyens. Une certaine défiance entre l’électeur et l’administration limite l’efficacité de ce procédé.

Nombre de citoyens se sentent floués par les promesses de campagne et ne cherchent plus à participer électoralement.

Dans ce contexte, un organisme comme UIA voit l’année 2021 comme l’occasion d’employer d’autres canaux comme au Togo où la ville d’Aného a demandé « de l’aider à régulariser la situation de plus de 3 000 élèves dans les écoles publiques de cette commune », avec l’appui du bureau local de l’Unicef et de l’Association internationale des maires francophones. L’enjeu pour leur éducation est fort car le passage en classe de Sixième exige de présenter une pièce d’identité.

L’Afrique et l’Asie sont les continents les plus touchés par les lacunes de l’état civil. La CEA (Commission économique pour l’Afrique), de 2012 à 2016, avait placé la question de l’identité parmi ses priorités. Elle estimait pendant cette période que 60% de la population africaine ne disposait pas de titre d’identité ou d’acte de naissance valide.

Par conséquent, certains bailleurs de fonds comme l’Unicef ont ajouté à leur action un volet concernant la possession de documents d’identité. Aujourd’hui, plus de 500 millions d’Africains, soit 40% de la population du continent, ne peuvent prouver leur identité légale. En 2019, l’ONU, par la voix de sa secrétaire générale adjointe Amina Mohammed, prévoyait de diminuer ce nombre de 300 millions de personnes, d’ici à 2025.

NB

ENCADRE

Une initiative pour l’identité légale : la fondation Urgence Identité Afrique

Créée en février 2020, la fondation Urgence Identité Afrique se donne pour mission « d’assurer à tout nouveau-né une identité à part entière et qu’il devienne une chance pour lui-même, sa famille et son pays ». Ses fondateurs sont le Camerounais Abdoulaye Harissou et le Sénégalais Moustapha Amadou Ndiaye, tous deux notaires.

Leur stratégie s’inspire en large partie de la cible 9 de l’ODD 16, qui vise à donner une identité légale à toute la population mondiale d’ici à 2030. Leur initiative est hébergée par la Fondation du Roi Baudouin.

L’action d’UIA donne suite au constat que le secteur privé n’est pas assez associé à la résolution des problèmes d’identité légale au contraire des grandes organisations internationales et des ONG même les plus petites comme les associations villageoises qui jouent un rôle de sensibilisation. Composé de la philanthropie et du mécénat d’entreprise, le secteur privé peut « être un détonateur et inciter les États à aller beaucoup plus vite ».

UIA voudrait voir le privé « prendre toute sa part dans le processus de construction de l’État ». Les fonds de la philanthropie sont mobilisés pour des causes comme celle de la santé et pourraient prendre en charge celle des populations non identifiées pour leur permettre d’intégrer des circuits économiques officiels. L’intérêt pour les entreprises ne se limite pas à un bénéfice en termes d’image.

Elles peuvent aussi augmenter leur fichier car « les personnes sans identités qui achètent des biens et des services sont les consommateurs de ces entreprises mais n’en sont pas les clients ! ». André-Franck Ahoyo cite l’exemple omniprésent du téléphone portable qui demande une pièce d’identité avant la vente d’une SIM, et les démarches encore minoritaires de demandes de comptes bancaires et de contrats d’assurance.

Fait plus proche de la responsabilité sociale des entreprises, nombre de leurs salariés manquent d’une identité officielle et peuvent y accéder avec leur aide. D’autres sociétés encore, qui investissent déjà dans l’éducation, voient l’opportunité de contribuer à l’identification des élèves des écoles soutenues.

 

 

 

 

Une réponse à “Une identité pour toutes et tous”

  1. Bel article sur une démarche qui projette les phares sur l’un des fléaux qui rongent et ruinent nos sociétés africaines qui s’empetrent dans la pauvrete et le sous-développement.
    Le lit du pauvre est fécond mais il ne se soucie guère de l’avenir de sa progeniture encore moins de son identité. En 2021, nos parents au village et même en ville pensent encore que le nombre d’enfants est synonyme de nombres de bras valides pour les aider dans leurs travaux champêtres, de menuiserie ou de forge.

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