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Société

Une année de reculs pour les droits humains

Une année de reculs pour les droits humains
  • Publiéavril 25, 2024

Amnesty International s’inquiète de retour en arrière, un peu partout dans le monde. En Afrique, les tensions sécuritaires sont aggravées par les pressions sur la presse et les militants.

 

« Selon le centre de recherches en sciences politiques V-Dem, le nombre de personnes vivant dans des démocraties est revenu en 2023 au niveau de 1985, soit avant la chute du mur de Berlin, avant la libération de Nelson Mandela et avant la fin de la Guerre froide, alors synonyme d’un espoir d’ouverture vers une ère nouvelle pour l’humanité. »

Ainsi se désole Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, en préface du Rapport annuel 2024 de l’ONG sur les droits humains.

En RD Congo, les attaques de grande ampleur menées par des groupes armés et les forces de sécurité contre des civils ont persisté, alimentant une crise humanitaire qui a entraîné le déplacement de près de sept millions de personnes et la fuite à l’étranger de milliers d’autres.

La responsable se désole pêle-mêle de la situation des femmes en Afghanistan, du recul des droits à l’avortement aux États-Unis, et de la loi anti-gay « très répressive » en Ouganda. Et plus généralement d’une année 2023 « placée sous le signe des inégalités » durant laquelle les militantes et militants des droits humains sont les plus fréquemment pris pour cibles, y compris dans les grandes démocraties comme le Royaume-Uni. Il en est de même ceux qui critiquent la gestion des richesses au Moyen-Orient ou des militants engagés contre la corruption en Afrique de l’Ouest. Sans oublier, bien sûr, la situation à Gaza.

Parallèlement, Amnesty International s’inquiète d’un « avenir dont nous ne voulons pas », celui d’un monde régit par l’Intelligence artificielle. Ces nouvelles technologies, à en juger par leurs premiers pas, « ouvrent la porte à une érosion générale des droits fondamentaux, perpétuant les politiques racistes et favorisant la désinformation et les restrictions de la liberté d’expression ». Les géants technologiques ont choisi d’ignorer ou de minimiser ces effets néfastes, y compris en situation de conflit armé, comme en Éthiopie, en Israël et dans les territoires occupés, ainsi qu’au Soudan. Sans compter la montée des appels à la haine dans les pays occidentaux.

Le rapport La situation des droits humains dans le monde détaille la vision d’Amnesty International sur chaque pays.

La Côte d’Ivoire n’est pas le pays le plus critiqué par l’ONG. Qui regrette pourtant que des sympathisant(e)s d’un parti d’opposition (PPA-CI) aient été arrêtés arbitrairement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique.

 

Graves tensions au Cameroun

Tandis que des tribunaux ont déclaré illégales les expulsions forcées de plusieurs centaines de familles à Abidjan. Sur le plan de la santé, si plus de sept millions de personnes étaient enregistrées en tant que bénéficiaires de la couverture maladie universelle, des préoccupations subsistent quant au fait que certains traitements ne sont pas remboursables. Cela étant, « le gouvernement a pris des mesures pour endiguer la hausse des prix des produits de première nécessité », reconnaît Amnesty International. De même, si la culture du cacao contribue à la déforestation, un projet mené par les pouvoirs publics vise à conserver et accroître le stock forestier.

L’ONG s’inquiète particulièrement de la situation au Cameroun. Et rappelle qu’en 2023, le droit à la liberté d’expression a été gravement menacé et deux journalistes ont été tués. Les opposants politiques, ainsi que les anglophones des régions du Nord- Ouest et du Sud-Ouest, ont continué de faire l’objet d’arrestations arbitraires.

 

Une année bien sombre au Sahel

Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l’armée camerounaise et des groupes armés séparatistes ont commis « des homicides illégaux et des meurtres ». Dans la région de l’Extrême-Nord, ce sont des groupes armés issus de Boko Haram qui se sont rendus coupables d’homicides et d’enlèvements.

Tout au long de 2023, les ONG n’ont cessé d’alerter sur la situation dans certains pays, comme la RD Congo. Où la situation des droits humains est « toujours extrêmement difficile ».

Les attaques de grande ampleur menées par des groupes armés et les forces de sécurité congolaises contre des civils ont persisté, alimentant une crise humanitaire qui a entraîné le déplacement de près de sept millions de personnes et la fuite à l’étranger de milliers d’autres.

Les pays sahéliens – d’où les ONG sont parfois chassées –, sont au cœur des préoccupations en Afrique. Au Mali, « les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique ont été réprimés ». Au Niger, « le conflit armé a mis à mal les droits à l’éducation, à l’alimentation et à l’eau, avec des effets encore accentués par le changement climatique ».

Au Burkina Faso, « plusieurs personnalités publiques ont été victimes de disparition forcée, et des femmes et des filles ont été enlevées », entre autres (mé)faits. L’Afrique du Nord n’est pas en reste, signale l’ONG, qui s’inquiète des atteintes aux droits humains en Égypte, en Tunisie, tandis que la crise migratoire ne fait qu’exacerber les tensions.

@NA

Écrit par
Laurent Soucaille

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