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Société

Un écart de genre persistant, malgré les efforts

Un écart de genre persistant, malgré les efforts
  • Publiémars 6, 2024

En Afrique subsaharienne, le Togo se distingue pour ses réformes en matière de parité, dans la vie publique et au travail, signale la Banque mondiale, qui signale des retards importants dans tous les pays du monde.

 

L’écart entre les genres en matière d’opportunités économiques est beaucoup plus important que nous ne le pensions jusqu’ici. Telle est la conclusion de la Banque mondiale, qui publie son analyse annuelle Les Femmes, l’entreprise et le droit.

Bien que de nombreux pays à travers le monde aient accompli des progrès considérables dans la promulgation de lois qui garantissent l’égalité des chances pour les femmes, la moitié de l’humanité, 3,9 milliards de femmes dans le monde, se heurte à des obstacles juridiques qui entravent sa participation à la vie économique.

« Aujourd’hui, à peine la moitié des femmes font partie de la population active mondiale, contre près de trois hommes sur quatre. Ce n’est pas seulement injuste, c’est un véritable gâchis. »

En tenant compte des disparités juridiques ayant trait aux violences et à la garde des enfants, les femmes bénéficient seulement des deux tiers des droits accordés aux hommes. Aucun pays du monde ne garantit l’égalité des chances pour les femmes, pas même les économies les plus riches, révèle aussi le rapport.

Un peu partout, l’analyse fait apparaître « des failles béantes », car si, à l’aune des lois en vigueur, les femmes disposent d’environ deux tiers des droits reconnus aux hommes, les pays ont en moyenne mis en place moins de 40 % des systèmes nécessaires à une mise en œuvre complète de ces législations. Par exemple, 98 économies ont des dispositions juridiques imposant une rémunération égale pour un travail de valeur égale, mais 35 seulement parmi elles ont adopté des mesures de transparence salariale ou des mécanismes d’application qui permettent effectivement de résorber les écarts de situation entre les sexes.

Pour être véritablement mis en œuvre, le corpus législatif en faveur de l’égalité des chances doit s’adosser sur un cadre approprié. Cela comprend notamment l’existence de mécanismes solides pour garantir le respect des lois, mais aussi l’instauration de systèmes de suivi des disparités salariales ou encore la disponibilité de services de prise en charge sanitaire destinés aux femmes victimes de violences.

Indermit Gill, économiste en chef de la Banque mondiale, précise : « La résorption de ces inégalités pourrait augmenter le PIB mondial de plus de 20 % et doubler le taux de croissance mondial au cours de la prochaine décennie. Mais les réformes piétinent ».

 

L’Afrique subsaharienne progresse

Il est quelques signes encourageants, même si le déficit de mise en œuvre montre l’ampleur du chemin qui reste à parcourir même dans les pays qui ont légiféré en faveur de l’égalité des chances. Comme au Togo, par exemple, qui arrive en tête du classement en Afrique subsaharienne « en adoptant des lois qui donnent aux femmes environ 77 % des droits disponibles pour les hommes, plus que tout autre pays du continent », précise le rapport.

Toutefois, le Togo n’a à ce jour mis en place que 27 % à peine des systèmes nécessaires à leur mise en œuvre complète (soit un taux correspondant à la moyenne du continent). Rwanda et Siera Leone se distinguent également, en Afrique. D’ailleurs, ces dernières années, les pays d’Afrique subsaharienne ont conduit les efforts, note la Banque mondiale, qui cite également la Guinée équatoriale, le Lesotho, l’Ouganda.

 

De son côté, le Togo a, depuis 2022, implémenté des réformes en matière de paternité, de mariage, d’entrepreneuriat et d’accès aux actifs. Par exemple, en 2023, le pays fait partie des sept dans le monde à avoir introduit des réformes élargissant le congé de maternité et de paternité ou interdisant le licenciement d’une femme enceinte sur le lieu de travail.

Plus généralement, donc, les gouvernements ne se montrent pas inactifs, note la Banque mondiale. En 2023, ils se sont montrés particulièrement dynamiques dans trois catégories de réformes juridiques, celles portant sur la rémunération, sur les droits liés à la parentalité et sur la protection des femmes au travail. En revanche, les résultats sont « très médiocres » dans deux domaines, l’accès aux services de garde d’enfants et la sécurité des femmes.

C’est dans ce dernier domaine que le score mondial est le plus faible, ce qui signifie que les femmes bénéficient d’à peine un tiers des protections juridiques nécessaires contre la violence domestique, le harcèlement sexuel, le mariage des enfants et le féminicide.

 

Accélérer les réformes

Et si 151 économies dans le monde interdisent le harcèlement sexuel sur le lieu de travail, 39 seulement disposent de lois s’appliquant aux espaces publics, ce qui contribue souvent à dissuader les femmes d’utiliser les transports en commun pour se rendre au travail.

 « Il est plus urgent que jamais d’accélérer les efforts visant à réformer les lois et à adopter des politiques publiques qui permettent aux femmes de travailler ou de créer et développer leur entreprise », commente Tea Trumbic, auteure principale du rapport. 

« Aujourd’hui, à peine la moitié des femmes font partie de la population active mondiale, contre près de trois hommes sur quatre. Ce n’est pas seulement injuste, c’est un véritable gâchis. Une plus grande participation des femmes à la vie économique est la condition indispensable pour amplifier leur voix et influer sur des décisions qui les touchent directement. Les pays ne peuvent tout simplement pas se permettre de laisser sur la touche la moitié de leur population. »

@NA

 

Écrit par
Aude Darc

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