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Société

Thomas Samuel, fondateur de Sunna Design

La start-up qu’il a fondée en 2011 est en train de devenir un acteur majeur de l’éclairage public dans les pays émergents. Il ambitionne d’en faire demain le leader mondial des lampadaires solaires. Ainsi que le pionnier de solutions innovantes.

 Par Guillaume Weill-Raynal

C’est au départ, une idée simple qui l’a guidé : la demande en ressource énergé­tique n’est pas une fin en soi. Où que ce soit dans le monde, l’offre ne peut, en conséquence, prospérer que si elle est associée à un outil spécifiquement adapté à un besoin particulier. Une évidence, certes, mais trop souvent oubliée, et qui guide, depuis six ans, sa « conquête » de l’Afrique.

Thomas Samuel, fondateur de Sunna Design : Monsieur lampadaires solaires

Pas seulement celle d’un marché, mais une rencontre avec la population du continent dont il a voulu mieux comprendre les besoins et les aspirations. Né en Belgique en 1981, diplômé en 2005 de l’École d’ingénieurs en génie des systèmes industriels (EIGSI) de La Rochelle, après un passage au département Recherche et Développement de l’université d’Hawaï, Thomas Samuel entreprend un tour du monde qui le mène en Afrique, au Brésil et en Inde, au cours duquel il prend la décision de se consacrer à la mise au point et à la fabrica­tion du meilleur lampadaire solaire du monde.

Il fonde Sunna Energy India en 2010, puis en France, en 2011, Sunna Design. Un travail de recherche approfondi sur la batterie au nickel et les algorithmes de management de l’énergie lui permettent de mettre au point une gamme de mobilier urbain solaire révolutionnaire, adapté aux fortes températures des pays chauds et pouvant fonctionner sans maintenance sur des durées longues de dix ans.

Le succès est au rendez-vous. Les travaux de Sunna reçoivent de nombreux prix et distinctions tels que le Ernst and Young Entrepreneur of the Year 2013 ou les très prestigieux prix Innovators Under 35 du MIT, en 2015.

Des acteurs non moins prestigieux, tels que Schneider Electric, nouent avec Sunna des partenariats permettant d’obte­nir une première levée de fonds de 1,3 million d’euros en 2013, puis de 5,3 millions en 2015, permettant ainsi à la start-up des débuts de passer très vite à une échelle de production industrielle. Une fabrication française – l’usine d’assemblage est à Bordeaux – qui réalise des installations un peu partout dans le monde.

Une innovation technique et financière

Un beau succès qu’il aurait pu se conten­ter simplement de faire croître, mais Thomas Samuel ne va pas en rester là. En 2015, « au fin fond du Sénégal », il participe à l’inauguration d’un lampadaire « qui éclairait la place publique, les gens étaient contents, mais autour, ils vivaient dans le noir».

Il prend alors conscience de ce paradoxe : « Il y a peu d’argent public pour acheter des lampadaires, mais à côté, les gens dépensent énormément d’argent pour s’éclairer à la bougie, au kérosène, ou pour acheter des piles, et seraient extrêmement heureux de bénéficier d’un service énergétique de qualité. »

Sunna Design met alors au point le système Nanogrid, un lampadaire extérieur sur lequel quatre foyers peuvent également se raccorder, et obtenir ainsi l’éclairage de quatre ampoules LED et disposer d’une prise de recharge de téléphone portable.

Une carte électronique permet de gérer simultanément les besoins en énergie du lampadaire public et des quatre foyers raccordés. L’installation, cofinancée par Sunna Design, est ensuite remboursée par les consommateurs par un système de cartes prépayées, selon le principe Pay as you go. Nanogrid, expérimenté avec succès au Sénégal, est présenté à la COP21 en 2016.

Un bénéfice de notoriété pour Sunna, mais pas seulement. « Cela a été une expérience très intéressante de rencontre avec l’Afrique », explique Thomas Samuel. Un cercle vertueux où les prises de conscience nées des rencontres font naître de nouvelles idées pour l’avenir. « Nous avons une très belle usine à Bordeaux, mais nous n’étions pas en lien direct avec les clients finaux. Nanogrid nous a permis d’aller discuter des besoins et des aspirations profonds des populations qui vivent en zone rurale. En fait, comme pour nous, ils n’ont aucun intérêt à acheter des kWh, s’ils n’ont pas le service éner­gétique associé à cette fourniture. »

C’est ainsi qu’est né le projet Moon avec lequel Sunna Design ambitionne de créer une synergie en capitalisant l’ensemble de ses savoir-faire technologiques : un kit indi­viduel alimenté à l’énergie solaire, associant la fourniture d’éclairage à l’accès aux contenus digitaux d’un smartphone, via des applica­tions spécialement adaptées aux besoins des populations rurales africaines.

Recréer du lien social

Un premier pilote, lancé ce mois de juin, sera financé grâce à Solylend, une plateforme de crowdlending – prêt en ligne – partenaire de Sunna Design, qui devrait permettre à 500 familles rurales de Casamance d’acqué­rir un kit comprenant un panneau photo­voltaïque, trois lampes LED ainsi qu’un port USB pour recharger le smartphone grâce auquel les clients pourront chaque mois rembourser en ligne le crédit d’acquisition, payer leurs consommations d’énergie, tout en ayant accès à une plateforme de services digi­taux d’information et de conseils en matière de santé, d’éducation et d’agriculture.

De plus, l’introduction du digital dans des zones reculées, où la 3G est encore peu développée, constitue une révolution : « Avec Vocal Tchat et WhatsApp, les gens peuvent s’envoyer des messages enregistrés à très faible coût dans les zones 2G. La technologie est en train de bouleverser leur façon de communi­quer », explique Thomas Samuel.

Un système vertueux, et gagnant-gagnant, qui permet aussi aux épargnants français, européens ou du monde entier de connaître précisément les bénéfices retirés par le destinataire final du crédit de l’utilisation de leur argent tout en bénéficiant, pour leur part, d’un retour sur investissement.

Les prêts souscrits sur la plateforme Solylend sont rémunérés à 6 %. Un taux qui peut paraître élevé en Europe, mais particulièrement intéressant pour le consommateur africain qui ne se voit offrir sur le continent que des crédits particulière­ment onéreux, dont les taux oscillent le plus souvent entre 12 % et 18 %. « Nous tenons à cette transparence entre le prêt et le rembourse­ment, parce que c’est ce qui va nous permettre de développer le projet à très grande échelle. »

Sunna Design a fêté en mai 2017 son dix-millième lampadaire installé sur le conti­nent africain et ses carnets de commandes se remplissent. Six chantiers pilotes ont été lancés, six autres en cours prévoient l’instal­lation de plusieurs centaines de lampadaires, et deux chantiers dépassent le seuil des mille unités.

Quant au projet Moon, Thomas Samuel ne doute pas de son succès. Il espère même doubler rapidement l’objectif du projet pilote de Casamance et équiper 1 000 foyers. À l’horizon 2021, il vise 250 000 foyers équipés, avec toujours le souci de répondre aux besoins des populations. « Plus on avance, chez Sunna, plus on se rapproche de l’Afrique, et plus on se rend compte qu’il faut être sur le terrain». 

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