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Société

Sénégal: renouveau et continuité

Ousmane Sonko est inspecteur principal des Impôts et des domaines, et président du Pastef (Patriotes du Sénégal pour l’éthique, le travail et la fraternité), un parti politique créé en août 2014. Il considère que le Yonnu Yokkuté (le chemin du véritable développement, en wolof, nom donné au programme présidentiel de 2012) n’est pas un programme crédible mais une profession de foi sans rigueur. « Sinon, Il n’aurait pas fallu au président Macky Sall deux ans de tâtonnement et de louvoiement, pendant lesquels il a migré de son programme électoral au PSE en passant par la SNDES (Stratégie nationale de développement économique et social pour la période 2013- 2017) et alors que la SCA (Stratégie de croissance accélérée, mise en place en 2000) est toujours en cours. » 

Plus grave, selon lui, le PSE pose plus de problèmes qu’il n’est censé en résoudre : « En écoutant les discours officiels, on a l’impression que tous les problèmes de l’économie sénégalaise se résument à une question d’argent. Cela montre que les hommes qui nous gouvernent n’ont pas encore compris le mal qui nous gangrène. » 

Ousmane Sonko en veut pour preuve que les mesures de politiques économiques les plus généreuses en matière d’avantages fiscaux, de dépenses publiques et de déficits budgétaires ne produisent pas les effets escomptés. « La politique budgétaire du Sénégal serait-elle contracyclique ? L’économie a-t-elle les mécanismes lui permettant de réagir et d’aller dans le sens des buts visés et des objectifs de politiques économiques fixés ? Autant de questions auxquelles il est impératif de répondre avant de se lancer dans des endettements qui ne font qu’alourdir à moyen et long terme le service de la dette, déjà très handicapant pour une économie aussi vulnérable que la nôtre », avertit-il. 

« Emprunter n’est pas une chose mauvaise, cela peut est même utile parfois, pourvu que l’on ait une bonne capacité de remboursement ! », rétorque Chérif Salif Sy. Pour cet économiste de renom, il faut néanmoins faire attention aux « jeux d’argent qui dégénèrent souvent en bulles spéculatives, suivies d’un effondrement économique lorsque la mise en oeuvre des programmes connaît des défaillances ou lorsque tout simplement les bailleurs ne tiennent pas leurs promesses ! » Dès son élection, en mars 2012, Macky Sall avait lui-même jugé utile de tirer la sonnette d’alarme sur le poids de la dette. Il s’était notamment plaint que le Sénégal « rembourse 57 milliards de F.CFA chaque mois pour une dette de l’ancien régime », considérant qu’ « il est indispensable de mettre fin à la spirale dangereuse de croissance de la dette publique ». Laquelle représentait 38,6 % du PIB en 2011, contre 20,7 % en 2006. Or, dans un rapport publié sur la stratégie d’endettement entre 2013-2017, la Direction de la dette publique a lancé une alerte sur l’exposition au risque de change de la dette du Sénégal qui s’élève, actuellement, à… 56 % ! D’où la crainte que les mêmes erreurs commises sous l’ancien régime ne soient répétées, ceci d’autant que cet endettement n’avait servi qu’à satisfaire des intérêts particuliers, notamment ceux de l’entourage d’Abdoulaye Wade, laissant le pays économiquement convalescent. 

Avant de rejoindre Paris, il y a un an, le président Macky Sall s’était rendu en visite officielle en Chine. Là, il avait obtenu des accords de financement d’infrastructures de base d’un montant de 2 200 milliards de F.CFA représentant « presque le budget annuel du Sénégal ». S’y ajoutent les 3 729 milliards promis par les 24 « PTF » du Sénégal (comprenant sept banques institutionnelles et quatre fonds) dont le chef de l’État a confirmé, lors de la visite de Christine Lagarde, que le taux de décaissement était de 26 % « soit plus que les 20 % escomptés ! » Sauf que ce taux a été atteint il y a plus de six mois sans nouveaux déboursements depuis, à cause d’« un contexte mondial caractérisé par une crise internationale qui n’a pas fini de dicter sa loi et où les économies du Nord concurrencent les pays du Sud sur le marché des fonds prêtables », notent les analystes financiers. Par le passé, déjà, les promesses non tenues de financement avaient fait capoter d’autres plans ambitieux d’émergence élaborés, notamment, par les anciens Premiers ministres Idrissa Seck et Aguibou Soumaré. Cette fois-ci, le Sénégal a prévu 64 % de financement en fonds propres, privilégiant l’effort interne pour la mobilisation des ressources. Les retombées fiscales du PSE risquent, toutefois, dans un premier temps, d’être presque nulles pour les caisses de l’État, la plupart des projets bénéficiant de mesures d’exonération fiscale. « Le vrai débat, c’est toutes ces niches au profit des multinationales qui font perdre des ressources extraordinaires au pays », confirme un fiscaliste. Un véritable challenge pour le Sénégal ! 

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