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Société

Sénégal: renouveau et continuité

Le Plan Sénégal émergent (PSE) constitue le cadre de référence des 20 prochaines années au Sénégal. Si Macky Sall affiche son volontarisme pour le porter, des critiques commencent à fuser.

Depuis la présentation, en février 2014, du Plan Sénégal émergent devant les bailleurs de fonds réunis à Paris, le sigle « PSE » rythme le quotidien médiatique des Sénégalais. En attendant d’en faire aboutir les premières réalisations, les autorités de l’État répètent, prudemment, que la mission du président de la République est bien « de définir la stratégie du pays et d’indiquer le cap à tenir pour accélérer le développement économique et social ». Macky Sall, en effet, avait tenu à faire lui-même le déplacement en France – du jamais vu – pour défendre devant les Partenaires techniques et financiers « son » plan d’émergence pour le Sénégal, lequel prévoit d’atteindre 7 % de croissance annuelle d’ici à 2018. Depuis, le Président ne rate jamais une occasion d’en rappeler les principales réformes, d’en vanter les bienfaits à venir, notamment lors des conseils des ministres délocalisés dans les différentes régions du Sénégal. Il n’hésite pas à recadrer les « retardataires » quand il ne décide pas de les limoger !

Bref, à l’instar de son prédécesseur, Abdoulaye Wade, dont il fut Premier ministre d’avril 2004 à juin 2007, Macky Sall a choisi l’option politique de mettre en oeuvre une série impressionnante de grands travaux dans le but de faire émerger le Sénégal d’ici à 2035. Et son volontarisme dès qu’il est question des chantiers du PSE, montre qu’il est déterminé à marquer le paysage sénégalais de son empreinte. Il n’hésite pas, en effet, à descendre sur le terrain des travaux pour poser la première pierre, casque sur la tête et truelle à la main. Le hic, selon les détracteurs de cette hyper personnalisation au plus haut sommet de l’État, c’est que les experts de McKinsey ont « vendu » au Sénégal un plan d’émergence clé en main, après l’avoir initialement conçu pour le Maroc, sans en garantir le service après-vente. Et les hauts fonctionnaires sénégalais, quand ils sont loin des caméras, se montrent dubitatifs quant aux véritables changements que ce PSE peut apporter, compte tenu de l’état actuel de l’économie.

Agacés par le climat électoraliste qui prévaut dans les cabinets, deux ans avant les prochaines présidentielles, ils arguent que le but recherché est celui d’une visibilité immédiate dans le cadre d’une politique axée sur les grands travaux, dont le chef de l’État a décliné les moindres détails pour 2015 lors de ses voeux à la nation. « Ce qui est visé, c’est la consolidation d’un électorat devant être convaincu que le Président travaille ! Pas la réalisation d’impopulaires réformes… », confie l’un d’entre eux. L’État prend le risque, de surcroît, qu’à trop vouloir mettre l’accent sur les chantiers du PSE, il ne finisse par alimenter les soupçons que ce sont les caisses du parti au pouvoir que l’on cherche à financer. Déjà, la construction d’une autoroute d’environ 120 kilomètres devant relier Thiès et Touba a fait l’objet de vives critiques. Le coordonnateur du forum civil, Birahim Seck dénonce un marché de gré à gré attribué aux Chinois. « Il n’y a pas eu d’appel d’offres mais une entente directe. Et le montant de 400 milliards de F.CFA que le gouvernement réfutait, aujourd’hui, on se rend compte qu’il a augmenté à 413 milliards ! », s’insurge-t-il. 

Dans un premier temps, les retombées fiscales du PSE risquent d’être presque nulles pour les caisses de l’État, la plupart des projets bénéficiant de mesures d’exonération fiscale.

Plus mesuré, Moubarack Lô, qui fut directeur adjoint de cabinet de Macky Sall avant de prendre ses distances avec l’équipe au pouvoir, rappelle que « les liens entre les hommes politiques et les entrepreneurs qui gagnent des marchés publics font, partout dans le monde, l’objet de constantes rumeurs ». Pour cet expert de l’émergence, « quel que soit le véritable fondement de la réalisation de nouveaux chantiers – et à condition qu’il ne s’agisse pas d’éléphants blancs – personne ne peut nier qu’ils créent de la valeur et des ouvrages de longue durée », sous forme, notamment, de nouvelles infrastructures. En termes politiques, plus les retombées pour les populations sont tangibles, plus les chances pour leur grand ordonnateur d’être réélu sont grandes, afin justement de lui permettre d’achever ces grands travaux. Aujourd’hui, poursuit Moubarack Lô, « le Sénégal souffre d’un double déficit ». Il porte, d’une part, sur le manque de dynamisme économique : « La croissance économique n’a pas dépassé 3,2 % en moyenne ces dix dernières années, parmi les plus faibles en Afrique de l’Ouest, dans un contexte de désindustrialisation rampante et de crise paysanne. » D’autre part, le déficit porte sur l’offre sociale, « notamment pour les villages, communautés rurales et zones urbaines et périurbaines qui manquent encore de routes, de postes de santé, d’eau potable, d’électricité et d’opportunités de revenus et d’emplois ». 

Si la plupart des 27 projets prioritaires et l’exécution des 17 réformes identifiées dans le PSE sont qualifiés de « bonnes idées » qui « méritent d’être réalisées sur le moyen et le long terme », certains économistes déplorent que les vraies urgences du pays soient reléguées au second plan. Parmi elles, figurent la levée des contraintes qui bloquent la productivité, la compétitivité et la croissance économique du Sénégal depuis des décennies, la promotion de la production manufacturière et industrielle – seule susceptible d’absorber la masse de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail – négligée dans le PSE, ainsi que la promotion du potentiel technologique, la modernisation agricole et la réduction durable de la pauvreté par le biais d’initiatives innovantes. 

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