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Société

Sénégal : FassE, investir dans le capital humain des quartiers populaires

À Dakar, le projet pilote FassE permet d’améliorer la santé des habitants et d’offrir de nouvelles perspectives d’emplois aux jeunes et aux femmes. 

Par NAF

C’est une petite place qui abrite une mosquée, dans le quartier populaire de Fass, à Dakar, réputé pour son marché. La mairie et le centre de santé s’y côtoient, au coeur d’une commune de 80 000 âmes qui regroupe les quartiers de Fass, Colobane et la Gueule Tapée.

À la mairie, on se réjouit de la mise en oeuvre du projet « FassE », avec un grand E pour « émergence ». 

Ce quartier a été retenu par l’UNFPA en raison de ses indicateurs démographiques, sociaux et économiques, et car il représente le Sénégal et l’Afrique en miniature.

Le projet vise à réaliser la capture du dividende démographique à l’échelle de cette commune pilote, en investissant dans le capital humain. Il est destiné à être répliqué ailleurs, notamment en Guinée. 

Axé sur la santé de la mère et de l’enfant, ainsi que sur la santé sexuelle et reproductive, le projet FassE vise à construire un tout nouveau centre de soins moderne sur le site de l’actuel poste de santé, pour en relever le plateau médical et le doter d’une maternité.

De plus en plus, ces leaders d’opinion écoutés et respectés préconisent la fin des mariages précoces, plaident pour la scolarisation des filles et diffusent un message de contrôle et d’espacement des naissances.

« Les équipements sont déjà là et les populations se montrent enthousiastes », commente Samba Baldé, le secrétaire général de la commune. « Le projet, souligne-t-il, est arrimé au PSE (Plan Sénégal émergent) gouvernemental et comporte quatre composantes : la santé sexuelle et reproductive ; la lutte contre la déperdition scolaire ; l’autonomisation des femmes ; l’employabilité des jeunes. »

Des ateliers de formation d’une capacité de cinquante apprentis sont organisés par sessions de trois mois, pour des métiers allant de la mécanique à l’artisanat, en passant par la réparation de téléphones portables. 

Des besoins tangibles 

« Le projet va nous permettre d’être en contact avec des populations vulnérables, dans des quartiers où la pauvreté est importante et où l’enjeu consiste à faire augmenter le taux de fréquentation », explique Amadou Sow, l’infirmier-chef du poste de santé de Fass, qui donne des consultations et prescrit des médicaments.

Outre la vaccination des enfants, les femmes enceintes pourront bénéficier d’une consultation prénatale à Fass, sans être obligées de se rendre à l’hôpital Abass Ndao ou à Colobane. Le poste de santé a pour l’instant des capacités d’accueil limitées et ne dispose que d’une sage-femme.

Les visites s’y font actuellement au rythme de cinquante personnes par jour, avec des pics de fréquentation lors de la saison des pluies, quand on doit faire face à la hausse des cas de paludisme, de dermatose et les maladies diarrhéiques des enfants de moins de cinq ans, provoquées par les eaux stagnantes.

ENCADRE

La fatwa qui change tout 

« Historique ». C’est ainsi que la presse a qualifié la toute récente fatwa prononcée par Salah Abbas, grand imam adjoint de l’université Al-Azhar du Caire, l’institution qui fait référence dans l’islam sunnite. « Le mariage est basé sur le consentement, lequel exige que la jeune femme ait atteint l’âge de la maturité et la raison pour qu’il soit valablement donné. L’âge de 18 ans marque le stade où une femme peut valablement exprimer sa volonté de se marier. Il garantit qu’elle puisse jouir de ses droits fondamentaux à l’enfance, à l’éducation et à la capacité d’assumer la responsabilité du mariage ».

Tout un symbole : cet avis juridique a été rendu le 19 juin 2019 à Dakar, lors du premier Sommet africain sur les mutilations génitales féminines et le mariage d’enfants. 

Cette fatwa va tout changer, dans le travail déjà entrepris par les chefs religieux et les « communicateurs traditionnels » que sont les griots, marabouts et chefs traditionnels.

De plus en plus, ces leaders d’opinion écoutés et respectés préconisent la fin des mariages précoces, plaident pour la scolarisation des filles et diffusent un message de contrôle et d’espacement des naissances.

Conscients des enjeux, dans des régions où les taux de fécondité restent élevés (5,5 enfants par femme en moyenne en Afrique de l’Ouest) et le recours aux méthodes modernes de contraception encore faible (13 % en Afrique de l’Ouest et centrale contre 22 % au sud du Sahara), ils sont activement encouragés par l’UNFPA-WCARO.

Dans la foulée d’une première concertation régionale en 2015, à Dakar, avec le clergé chrétien et musulman, une cohorte de 42 imams et prédicateurs a été formée en avril 2018 à Al-Azhar, au Caire.

Ils ont approfondi leur connaissance des textes de l’Islam relatifs à l’espacement des naissances et la responsabilité des parents. Une centaine de chefs traditionnels à la tête d’organisations nationales ont formé, fin novembre 2018 à Dakar, un réseau régional destiné à échanger bonnes pratiques et expériences. 

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