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Société

Santé : des progrès à confirmer

Santé : des progrès à confirmer
  • PubliéAugust 12, 2022

Au-delà du constat, salué par la presse africaine, d’une forte hausse de l’espérance de vie en vingt ans, le récent rapport de l’OMS pointe les progrès réalisés par l’Afrique en matière de couverture de santé, et émet quelques recommandations à l’adresse des dirigeants.

 

Les pays africains se sont engagés à faire en sorte que chacun bénéficie des services de santé de qualité dont il a besoin sans être confronté à des difficultés financières. Il s’agit ici de l’ODD (Objectif de développement durable) numéro 3. En ciblant cet objectif, les pays peuvent investir de manière transversale dans leurs systèmes de santé, et garantir ainsi des retombées pour plusieurs catégories de services. Autant d’ambitions analysées par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), dans son rapport sur le suivi de la Couverture maladie universelle.

Les résultats semblent spectaculaires : l’espérance de vie en bonne santé en Afrique est passée de 47,1 ans en 2000 à 56,1 ans en 2019, tandis que l’indice de couverture des services est passé de 24 à 46 au cours de la même période.

D’abord un constat encourageant : au cours des deux dernières décennies, l’Afrique a enregistré d’importants progrès, mesurés par l’indice de couverture des services (ICS). En 2019, en effet, les 47 États membres affichaient des scores compris entre 28 et 75. Sept d’entre eux possédaient un indice de couverture élevé (de 60 et plus), 29 un indice compris entre 40 et 59, et 12 un indice bas, compris entre 20 et 39. Aucun pays n’affichait un indice de couverture très bas, inférieur à 20.

Les scores les plus élevés ont été enregistrés dans les sous-régions d’Afrique australe et septentrionale. Cependant, c’est dans la sous-région d’Afrique de l’Est que la progression a été la plus forte entre 2000 et 2019, avec une embellie de 24 points d’indice. Viennent ensuite les sous-régions d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe, qui ont gagné 23 points d’indice.

Pas de miracle : l’OMS constate « la forte corrélation » entre les progrès enregistrés et le revenu national de chaque pays, qui laisse à penser : « Il existe un lien étroit entre le niveau de revenu et la couverture des services de santé essentiels. »

Au cours des vingt dernières années, l’Afrique a pu augmenter ses dépenses directes de santé. Dans le même temps, de nombreux pays sont parvenus à réduire l’incidence des dépenses « catastrophiques » en santé. Dans les deux tiers des pays où les dépenses directes de santé des populations dépassent 10 % du budget du ménage, la proportion dépensée dépasse 25 %.

 

Améliorer la résilience

L’OMS en tire une conclusion : « Les pays africains gagneraient à instaurer un lien étroit entre leurs politiques fiscales et leurs politiques sanitaires. » Pour ce faire, il faudra que les recettes fiscales soient la source la plus pérenne de financement de la santé, d’où la nécessité pour les États africains d’accentuer leurs efforts en vue de l’amélioration des mesures fiscales indispensables au financement du secteur.

La pandémie de coronavirus a mis en évidence de nombreuses vulnérabilités dans les systèmes de santé africains, notamment des disparités dans la couverture des services de santé entre les riches et les pauvres, et des lacunes sur le terrain de la protection sociale. « Elle a également montré que la sécurité sanitaire et la couverture sanitaire universelle sont des aspirations indissociables et qu’il convient, par conséquent, de conjuguer les efforts déployés en vue de leur réalisation, tout en renforçant la résilience des populations. »

Don du sang au Congo

 

En analysant plus en profondeur, l’OMS constate que ce sont les composantes liées aux maladies infectieuses où l’amélioration a été la plus la plus rapide entre 2000 et 2019, avec une accélération marquée autour de 2005 grâce à la mise à l’échelle rapide du traitement du VIH, de la tuberculose et du paludisme. L’Organisation note également une progression significative dans le domaine des services de santé reproductive et de santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant.

En revanche, la progression est restée lente dans le domaine des maladies non transmissibles. Cet état de choses est imputable à la transition épidémiologique : avec l’apparition de nouvelles maladies chroniques, les services liés aux maladies non transmissibles ne cessent de gagner en importance et il est plus que jamais crucial d’assurer leur couverture.

 

Partager davantage l’expérience

Si la plupart des pays ont placé la réalisation de la couverture sanitaire universelle au centre de leurs stratégies nationales de santé, les progrès sont variés en ce qui concerne la mise en place de services équitables et de qualité et l’amélioration de la protection financière.

Il n’empêche, les résultats semblent spectaculaires : l’espérance de vie en bonne santé en Afrique est passée de 47,1 ans en 2000 à 56,1 ans en 2019, tandis que l’indice de couverture des services est passé de 24 à 46 au cours de la même période.

Bien sûr, la crise sanitaire vient perturber la prestation des services de santé essentiels, surtout pour les pays les plus pauvres, où des perturbations importantes ont persisté après la première année de la pandémie. Ailleurs, l’amélioration, en 2021 par rapport à 2020, s’est avérée bien mince.

« Il y a tout lieu de s’employer de manière plus concertée à recenser et à résoudre les problèmes liés à la protection contre les risques financiers », en conclu l’OMS. Qui estime que l’Afrique devrait concevoir « un mécanisme de partage d’expériences et d’apprentissage entre pairs, deux leviers indispensables qui permettront aux pays d’anticiper dans l’amélioration des résultats de leurs systèmes de santé, en particulier au niveau infranational ». L’OMS encourage enfin les pays à collecter davantage de données, avec un niveau plus fin d’analyse, afin de mieux déceler les inégalités à l’intérieur d’un territoire.

Nul doute que ce rapport sera au centre des discussions de la prochaine réunion du Comité Afrique de l’OMS, du 22 au 26 août à Lomé.

Lomé, capitale de la Santé en Afrique

@NA

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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